Expérimenter, relier, accompagner : la Fondation groupe EDF engagée contre le décrochage post-bac
Face à la montée du décrochage post-bac et à la précarité étudiante, la Fondation groupe EDF soutient des initiatives nationales et territoriales pour sécuriser les parcours des jeunes. Expérimentation, passerelles et engagement des salariés : un mécénat au service de l’insertion et de l’égalité des chances. Entretien avec Caroline Lattaignant, cheffe de projets mécénat à la Fondation groupe EDF.
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Pourquoi la Fondation groupe EDF a-t-elle choisi de s’intéresser au décrochage post-bac, un sujet longtemps resté en marge des politiques publiques ?
Le point de départ, c’est notre double identité : nous sommes une fondation d’entreprise, à la croisée de l’intérêt général et consciente des enjeux des entreprises, notamment en matière d’emploi. Le sort des jeunes les plus fragiles est au cœur de notre action, et en parallèle, en tant que fondation d’un grand groupe industriel, nous savons à quel point les trajectoires de formation et d’insertion sont déterminantes.
Lorsque que nous nous sommes penchés sur la situation des jeunes après le bac, nous avons constaté un déplacement de la difficulté : la politique publique a largement réussi son objectif d’accès au baccalauréat — aujourd’hui 80 % d’une génération l’obtient — mais la sélection et les inégalités se sont reportées sur l’enseignement supérieur. Le rapport de la Cour des comptes publié en 2025 le souligne : malgré les efforts engagés depuis la loi du 8 mars 2018 relative à l’orientation et à la réussite des étudiants, la situation reste préoccupante. Nous avons donc cherché à comprendre ces réalités multiples et à identifier les causes où une fondation pouvait utilement intervenir.
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Vous parlez de « réalités multiples » du décrochage post-bac. Qu’avez-vous identifié comme causes principales ?
Le décrochage post-bac est difficile à appréhender, notamment parce qu’il n’existe pas de données homogènes de suivi à l’échelle nationale. Nous constatons que les établissements supérieurs s’attachent à accompagner leurs étudiants sans avoir de moyen de les suivre en cas de réorientation extérieure ou de rupture de parcours. L’articulation entre les différentes voies post-bac n’est pas aisée car les données ne sont pas accessibles d’un établissement du supérieur à l’autre. Par ailleurs, nous avons identifié trois grands niveaux de causes. D’abord des causes individuelles — liées à l’autonomie, à la confiance en soi, à la maturité. Ensuite, des causes d’orientation : des jeunes qui se retrouvent dans des filières mal choisies ou mal connues et qui ne sont finalement pas en adéquation avec leurs aspirations. Enfin, des causes socioéconomiques et matérielles, très concrètes : précarité financière, de logement, d’alimentation. À chaque cause correspond naturellement une réponse différente. La solution unique n’existe pas.
Notre rôle, c’est d’expérimenter et de créer des passerelles. »
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Comment cette approche se traduit-elle dans les projets que vous soutenez concrètement ?
Notre Fondation accompagne à la fois des projets associatifs ayant un impact national et des projets associatifs locaux, qui prennent en compte les difficultés multiples auxquelles les territoires sont confrontés.
Au niveau national, nous soutenons des structures qui ont un large rayonnement, comme la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE), qui regroupe un réseau de plusieurs milliers d’étudiants en métropole et en outre-mer. À ce niveau, nous agissons sur des freins majeurs et malheureusement trop « universels » comme la précarité : aujourd’hui, un étudiant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. Les dispositifs d’épiceries solidaires, de logement d’urgence ou de mentorat jouent un rôle clé pour sécuriser in fine leurs parcours d’études. Comment étudier correctement lorsque l’on saute des repas ou que la priorité est de trouver un toit ?
En complément, le mécénat territorial déployé par la Fondation groupe EDF, grâce à un réseau de correspondants dans toutes les régions métropolitaines et ultramarines, nous permet d’être au plus près des réalités locales. Les causes et les réponses pouvant varier d’une région à l’autre. Des programmes de césure active ou d’accompagnement à la réorientation comme ceux de Parenthèse Utile, de l’Année Lumière à Lyon, d’EVOCAE à Marseille et Toulon, du CNAM en collaboration avec l’Université de Cergy, ou encore de l’Institut de l’Engagement en Nouvelle-Aquitaine offrent un cadre propice pour permettre aux jeunes de construire un projet. Cette proximité géographique est essentielle, car la mobilité est souvent un frein déterminant.
Notre position en tant que fondation d’entreprise est celle de la complémentarité. »
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Le mécénat privé est souvent présenté comme indispensable à la survie de ces associations. Quel est votre regard sur cette complémentarité avec l’action publique ?
C’est un sujet complexe. Beaucoup d’associations ont historiquement reposé sur des financements publics, avec l’idée que leurs solutions finiraient par être reprises par les pouvoirs publics. Aujourd’hui, on observe une forme de tension liée à la raréfaction des ressources publiques.
Notre position en tant que fondation d’entreprise est celle de la complémentarité. Nous soutenons des projets agréés, qui s’inscrivent dans des cadres reconnus, et qui travaillent en lien avec les acteurs publics. Notre rôle est d’accompagner, d’expérimenter et de permettre des passerelles. Certaines initiatives montrent qu’en créant des espaces intermédiaires — programmes d’accompagnement, passerelles universitaires, engagement solidaire — on évite des ruptures de parcours et des « années blanches », tout en redonnant aux jeunes des perspectives concrètes. Nous encourageons aussi les regards et les actions croisées avec d’autres fondations, pour envisager ensemble les moyens les mieux adaptés.
Lorsque la Fondation groupe EDF et le Centre français des Fonds et Fondations s’associent pour organiser une après-midi de tables rondes autour du sujet du décrochage des bacheliers, notre intention est avant tout de favoriser la réflexion et le lien entre acteurs qui ne se connaissent pas forcément. De ces moments sont nés des rencontres et des collaborations dont nous nous réjouissons car elles sont dans l’intérêt des jeunes et de leurs parcours.
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Au-delà du financement, comment votre fondation mobilise-t-elle l’entreprise et ses salariés sur ces enjeux ?
Nous cherchons à être une fondation à la fois distributrice et opératrice. Le groupe EDF dispose d’un réseau d’ambassadeurs des métiers, des salariés volontaires qui témoignent de leur parcours, accueillent des jeunes, organisent des visites de sites. Cela peut lever des freins symboliques importants, notamment chez des jeunes qui n’ont pas les codes du monde de l’entreprise. Par ailleurs, l’engagement bénévole des salariés est une tradition forte du Groupe. Nous facilitons l’implication de celles et ceux qui souhaitent donner de leur temps : accompagnement, simulations d’entretiens, soutien scolaire, mentorat. Nous sommes présents sur l’ensemble du territoire et cet ancrage territorial est déterminant : c’est parce que les salariés du Groupe sont présents localement que ces actions prennent sens et sont efficaces.