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Par Fondation Paris Habitat - Publié le 12 avril 2021 - 14:21 - Mise à jour le 26 avril 2021 - 08:33
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Face à la crise, la Fasti s’adapte pour continuer à soutenir des femmes déjà très vulnérables

La Fédération des Associations de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s, ou Fasti, expérimente un dispositif de soutien aux femmes en situation de vulnérabilité durant la période de périnatalité, baptisé La Ronde des Femmes. Comme de nombreuses associations, elle a dû adapter son fonctionnement pour intégrer des mesures sanitaires mais surtout pour faire face aux conséquences de la crise sur ses bénéficiaires, durement touchées.

Local de la Fasti, Paris 20ème
Local de la Fasti, Paris 20ème

 

Soutenue par la Fondation Paris Habitat, la Ronde des femmes est un projet expérimenté par la Fasti depuis 2017, dans le 20èmearrondissement de Paris, pour accompagner les femmes en situation de grande précarité pendant la période de périnatalité. L’association a d’abord créé un groupe de parole pour ces femmes dont beaucoup sont immigrées, souvent logées dans des centres d’hébergement du 115 ou dans des hôtels, et parfois sans droits à la sécurité sociale ouverts au démarrage de leur grossesse. Depuis 2020, l’expérimentation intègre également des ateliers d’art thérapie, animés par une artiste peintre. “Avec le groupe, on crée de la solidarité : les femmes peuvent échanger entre elles, sur leurs difficultés quotidiennes et sur les questions liées aux bébés. Pour leur donner accès aux informations spécifiques dont elles ont besoin, on y fait aussi intervenir des partenaires. Par exemple, nous faisons venir une représentante de crèche, des sages-femmes sur la préparation à l’accouchement, une avocate pour les informer sur les demandes d’asile…”, explique Lola Chevallier, coordinatrice des Actions Femmes à la Fasti. “Comme on ne peut pas tout traiter en groupe, on les accompagne individuellement si nécessaire, en faisant en sorte qu’elles soient actrices de leur parcours.” Avec l’art-thérapie, le projet a aussi pour but de les aider à s’exprimer autrement, à retrouver confiance en elles, et de les valoriser avec la réalisation d’une œuvre collective exposée sur la façade des locaux de l’association et présentée aux habitants du quartier.

 

Toutes les vulnérabilités ont été exacerbées par la crise

 

Comme toutes les populations en situation de précarité, la crise sanitaire et le premier confinement au printemps 2020 ont eu un fort impact sur les bénéficiaires de la Ronde des Femmes. “Toutes les vulnérabilités ont été exacerbées par la crise”, observe Lola Chevallier. “La situation a accentué leur isolement. Lors du premier confinement, elles ne pouvaient pas sortir de leur hôtel ou de leur centre, le contexte était très angoissant pour elles, d’autant plus en étant enceinte ou avec un nourrisson, et d’autres enfants qui ne pouvaient plus aller à l’école, à la cantine... Certaines associations qui les soutenaient ont dû fermer. Même les préfectures étaient closes, ce qui a été une grosse source d’angoisse pour celles qui étaient en procédure de demande d’asile ou en attente d’un titre de séjour… Pour elles, la stabilité tant espérée, avec notamment l’accès au droit au logement, s’éloignait.

La Fasti a elle aussi dû fermer ses actions collectives. Mais elle a tout fait pour garder le contact avec les femmes qui constituaient le groupe de parole à ce moment-là. Par téléphone, l’équipe de l’association les a rassurées, leur a donné des informations pour expliquer les mesures sanitaires, les attestations, ce qui était autorisé – comme se rendre à un rendez-vous médical pour qu’elles continuent à se faire suivre – ou encore les associations qui continuaient de fonctionner, par exemple pour l’aide alimentaire ou pour trouver des vêtements de bébé. Les femmes du groupe pouvaient alors elles-mêmes devenir des relais d’information auprès d’autres femmes. Dès qu’elle a pu, l’association a aussi rouvert ses locaux, deux jours par semaine. Elle ne pouvait pas y accueillir de groupes mais cela lui a permis par exemple de distribuer des masques.

Par ailleurs, suite à des mises à l’abri pour des personnes qui avaient été évacuées de camps, plusieurs jeunes mères ont été hébergées dans un gymnase du 20ème arrondissement, géré par une autre association. La Fasti s’y est rendue pour identifier les besoins, par exemple de vêtements ou de goûters pour les enfants qui n’avaient pas été prévus.

 

“Heureusement tous les acteurs comprennent la situation, notamment nos mécènes”

 

Avec le déconfinement, il a fallu passer de la gestion de l’urgence à la réorganisation. La Fasti a d’abord pu reprendre les accompagnements individuels, puis progressivement – et par intermittence depuis septembre 2020 – les activités collectives avec le groupe de parole et les ateliers d’art-thérapie. Après un nouvel arrêt en novembre, les activités ont repris en février et continuent pour le moment, en groupe restreint et en respectant les protocoles sanitaires.

Dans ce contexte, l’accompagnement individuel s’est renforcé. L’association a ainsi vu émerger de nouvelles problématiques. “Par exemple, avec les protocoles sanitaires mis en place dans les administrations, la dématérialisation a pris de l’ampleur et nous sommes très sollicités car les femmes que nous accompagnons ont des difficultés à simplement accéder aux services publics. J’ai eu le cas d’une femme qui n’arrivait pas à joindre les services sociaux. Un accès internet est devenu indispensable pour fixer certains rendez-vous. Nous avions déjà quelques ordinateurs à disposition des femmes du groupe de parole et nous réfléchissons à les rendre encore plus accessibles car le numérique peut être une véritable barrière”, explique Lola Chevallier.

Pour le moment, les ateliers continuent donc et les permanences de l’association sont maintenues. Mais l’association n’a pas fini de s’adapter. “Heureusement tous les acteurs comprennent la situation, notamment nos mécènes. Nous avons beaucoup échangé avec la Fondation Paris Habitat, nous avons décalé les échéances prévues pour le projet”, précise Lola Chevallier. Elle a ainsi repoussé à la fin d’année un temps d’échange sur la Ronde des Femmes avec le réseau des ASTI (Associations de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s, présentes sur tout le territoire). Elle y partagera les résultats de l’expérimentation et l’impact constaté sur les femmes, en vue d’un déploiement du dispositif dans le réseau des ASTI après que la Fédération ait joué le rôle de laboratoire.

 

 “Nous essayons de renforcer certains partenariats. Nous avons par exemple initié en 2020 des échanges avec des professionnels sur la problématique des femmes qui n’ont pas d’hébergement à la sortie de la maternité.”

 

Et puis l’association continue d’avoir des projets. Comme chaque année, elle espère participer au Forum Femmes Action, décalé de mars à juin, qui réunit de nombreuses associations de son quartier d’implantation, et au cours duquel la fresque réalisée par le groupe de femmes sur la façade de la FASTI est présentée. Le thème 2021 de cette œuvre collective : les rêves de la grossesse. Elle prépare également un recueil de paroles de femmes sur les périodes de confinement et comment elles les ont vécues, pour interpeller sur leurs difficultés.

Parallèlement, la Fasti continue de partager au-delà de son réseau : “Nous essayons de renforcer certains partenariats. Nous avons par exemple initié en 2020 des échanges avec des professionnels sur la problématique des femmes qui n’ont pas d’hébergement à la sortie de la maternité. Nous dialoguons avec des PMI, des maisons de santé, des travailleurs sociaux, des médecins de ville, la maternité de l’hôpital Tenon…Nous avons aussi rencontré des équipes de centres d’hébergement d’urgence pour apprendre à se connaître mutuellement et qu’elles puissent orienter des femmes vers notre groupe de parole.En septembre 2021, en partenariat avec la Fondation Abbé Pierre, nous aimerions également organiser une rencontre avec des professionnels de santé pour les sensibiliser à la question des mamans et bébés en hébergement précaire, en faisant intervenir des femmes, raconte Lola Chevallier. Qu’ils sachent par exemple que lorsqu’une femme manque un rendez-vous de suivi de sa grossesse, c’est peut-être parce qu’elle devait se rendre à une distribution alimentaire, qu’elle n’avait peut-être plus de crédit sur son téléphone pour décaler le rendez-vous, qu’on l’a déplacée dans un nouveau centre d’accueil et qu’elle est trop loin… Le but étant qu’ils aient conscience des difficultés particulières auxquelles elles font face.

 

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Comment nous accompagnons le projet La Ronde des femmes de la Fasti ?

La Fondation Paris Habitat soutient financièrement le projet pour permettre sa mise en œuvre concrète et couvrir des dépenses telles que la rémunération de l’intervenante extérieure pour les ateliers d’art-thérapie, l’achat de matière et fournitures pour les ateliers, les charges de personnel pour la coordination du projet et l’animation des activités et réunions…  

 

Découvrez l'interview de Lola Chevallier, coordinatrice des Actions Femmes à la Fasti, réalisée à l'occasion des Rencontres de la Fondation Paris Habitat en 2020 :

Pour voir toutes les vidéos des Rencontres de la Fondation Paris Habitat diffusées fin 2020 et découvrir les autres lauréats du premier appel à projets en vidéo, rendez-vous sur la chaîne YouTube de Paris Habitat.

 

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