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Par Carenews PRO - Publié le 26 novembre 2019 - 11:30 - Mise à jour le 26 novembre 2019 - 17:52
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Notre-Dame de Paris : dans les coulisses d'une collecte de fonds historique

Se mobiliser vite et efficacement, se doter de moyens techniques solides et sécurisés, penser mobile… La collecte de fonds en faveur de Notre-Dame de Paris est riche d’enseignements pour les professionnels du mécénat et du fundraising.

La cathédrale Notre-Dame de Paris, avant l'incendie. Crédit photo : IakovKalinin.

Jamais on ne s’était autant mobilisé pour le patrimoine en France. Avec 850 millions d’euros de promesses de dons, la collecte de fonds en faveur de la cathédrale Notre-Dame de Paris fait figure d'événement historique. Les familles Arnault, Pinault et Bettencourt ont promis 400 millions d’euros, Total 100 millions d’euros et des centaines de milliers de particuliers de France et du monde entier ont donné 30 millions d’euros en quelques jours seulement.

La chaire philanthropie de l’ESSEC a levé le voile sur cette opération de fundraising hors norme le 19 novembre à l’occasion d’un séminaire « lunch and learn ». Antoine Martel, CEO de l’entreprise iRaiser Group, dédiée à la collecte de fonds et Jérémie Patrier-Leitus, délégué général en charge des relations institutionnelles, des relations publiques et du mécénat Notre-Dame de Paris au ministère de la Culture ont ainsi livré leur vision de l’événement. 

Agir vite, collecter plus

Pour Antoine Martel, qui a participé à la collecte sur le plan opérationnel, le principal enseignement à retenir est d’agir vite : « Aujourd'hui il y a une fenêtre médiatique, si vous la ratez, les gens passent à autre chose ». En ce qui concerne Notre-Dame, 68 % des fonds collectés l’ont été 48 heures après l’incendie de la cathédrale, survenu le 15 avril. 

La Fondation du Patrimoine, par exemple, est la première à avoir relayé les appels à la générosité. Elle a très vite mis en place un formulaire de don en ligne, qui a été largement relayé par les médias et les réseaux sociaux. C’est donc elle qui capté le plus de dons du public (60 %). 

« Tout le monde peut être concerné par une urgence, pas seulement les associations urgentistes comme Médecins sans frontières (MSF). Il me semble important de prendre des  décisions rapidement, car plus on attend, moins on collecte des fonds, ou d'autres prennent le lead », explique Antoine Martel.

Le CEO d’iRaiser Group souligne également la nécessité de se doter de solutions de collectes professionnelles et sécurisées. Dans les premiers jours de la mobilisation en faveur de Notre-Dame, les serveurs ont dû supporter 15 000 connexions par seconde. Sans compter les cyberattaques – une centaine – selon Antoine Martel.

Penser mobile 

Le don digital, notamment via smartphone, a été plébiscité par les donateurs. Mais sur les deux millions de personnes qui se sont rendues sur les formulaires de paiement, seuls 10 % ont effectivement mis la main à la poche. En cause : des formulaires avec des champs trop nombreux et un manque de diversité dans les moyens de paiement proposés :  « la possibilité de payer par PayPal, Amazon Pay et Apple Pay a été proposée trop tardivement », regrette Antoine Martel.

Pour Jérémie Patrier-Leitus, qui est depuis le début aux premières loges de cette vaste opération de mécénat, « il faut prendre en compte le portage politique et médiatique de cette catastrophe ». En effet, 23 heures après la catastrophe, le président de la République Emmanuel Macron a lancé un appel à la souscription nationale. Un dispositif ad hoc pour défiscaliser les dons des particuliers à 75 % jusqu’à 1 000 euros a également été mis en place. Dans un souci de transparence, le gouvernement avait même labellisé quatre fondations : la Fondation du Patrimoine, la Fondation de France, la Fondation Notre-Dame de Paris et le Centre des monuments nationaux.

Une gouvernance inédite

« On a rassemblé avec cette collecte l'ensemble des outils du mécénat », constate Jérémie Patrier-Leitus. Plusieurs entreprises ont doublé les dons de leurs salariés, mené des opérations d'arrondi sur salaire et certaines ont offert du mécénat de compétences, à l'instar de Vinci ou d'Orange. Par la loi du 29 juillet 2019, un établissement public administratif a été créé sous la tutelle du ministère de la Culture pour piloter les opérations de reconstruction de la cathédrale, et donc l’affectation des dons recueillis. 

Organiser un projet de restauration d’un bâtiment public, financé par des fonds privés pose évidemment des questions de gouvernance. «Nous avons innové, plaide Jérémie Patrier-Leitus. Nous avons créé un comité du donateur, qui sera une des quatre instances de gouvernance de l'établissement public, pour représenter les petits comme les grands donateurs. »

Alors que les modalités de fonctionnement de ce comité n’ont pas encore été fixées, on comprend alors à quel point l’épisode de la collecte de Notre-Dame sera fondateur dans le renouvellement des relations avec les mécènes. « Ce mécénat est caractérisé par des contreparties très limitées. Le ministère de la Culture s'engage à reconnaître le nom du mécène mais ne garantit pas de visites privées, ni l’apposition de plaques », défend en tout cas Jérémie Patrier-Leitus. 

Hélène Fargues 

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