[ENTRETIEN] Olivier Ibañez, conseiller mécénat du Centre des Monuments Nationaux

[ENTRETIEN] Olivier Ibañez, conseiller mécénat du Centre des Monuments Nationaux
Olivier Ibañez a un parcours atypique dans le sérail des fundraisers des grandes institutions culturelles françaises. Cet ancien athlète de pentathlon (médaille d’or de coupe du monde 1999, médaillé d’argent au championnat du monde 1995, présélectionné aux Jeux Olympiques) a mis au service de la culture tout ce que son expérience sportive lui a appris. Il voit en effet, entre le sport et la culture, beaucoup de points communs, ce qui lui permet de mener avec entrain et dynamisme la mission délicate de trouver des fonds pour le CMN, institution hétéroclite et unique dans le paysage patrimonial français. Le Centre des monuments nationaux est un établissement public placé sous la tutelle du ministère de la Culture et de la Communication. Il conserve, restaure et gère une centaine de monuments, au nombre desquels figurent l’Arc de triomphe, la Conciergerie, l’abbaye du Mont-Saint-Michel... Grâce à un système solidaire de péréquation, les six principaux monuments bénéficiaires permettent d’entretenir et d’ouvrir au public l’ensemble du réseau. Avec plus de 9 millions de visiteurs par an, le CMN est le premier opérateur public culturel et touristique français. Olivier est également co-fondateur de la branche française de l'initiative Awesome Foundation. La Awesome Foundation Paris attribue mensuellement un don autour d'un projet "génial" dans le domaine culturel, social ou sportif.


Quel parcours vous a mené à vous engager dans le mécénat auprès du Centre des Monuments Nationaux?

Mon parcours au sein de la profession est sans doute atypique puisque je suis issu du milieu du sport de haut niveau. J’ai en effet fait partie de l’équipe de France de Pentathlon moderne et mené une carrière en tant que SHN [ndlr : Sportif de haut niveau] pendant près de vingt ans. Puis dans le cadre de ma reconversion, j’ai accompagné des sportifs de haut niveau dans leurs projets de carrière sportive et de carrière professionnelle en trouvant des solutions de partenariat ou de sponsoring et des emplois conventionnés. J’ai exercé cette fonction auprès du Conseil général du Val de Marne puis au Lagardère Paris Racing. J’ai également été consultant auprès de Canal+ pour les Jeux Olympiques de Pékin puis de Londres, et dans le secteur du développement en haute montagne en tant que responsable des partenariats à Tignes et Val d’Isère. Entre temps j’ai suivi un cursus à Science Po Paris. Les relations avec les entreprises et la recherche d’efficience dans le monde sportif développées dans ces diverses activités m’aident beaucoup dans le secteur culturel où je travaille désormais et qui me passionne. En passant du sport à la culture, j’ai évolué naturellement de l’univers du sponsoring à celui du mécénat et de la philanthropie.

Ce choix fait il y a trois ans est l’un des plus importants de ma carrière. À travers les cents monuments du réseau du CMN, leur diversité absolue, un spectre incroyable allant du néolithique à l’époque moderne, c’est un univers incroyable que je croise chaque jour et qui répond à mes aspirations pluridisciplinaires. Enfin, tous les aspects du mécénat sont traités au sein du CMN.

Quel est le profil de ceux qui soutiennent le Centre des Monuments Nationaux ?

Ce sont des profils très divers car nous intervenons dans des domaines eux-mêmes très variés, qu’il s’agisse de programmation culturelle (exposition St-Louis, lectures, concerts et danse dans les monuments, expositions de photos, d’art contemporain de la collection Pinault et de JR au Panthéon, Sarkis au château d’Angers) ou de restauration du patrimoine (restauration des vitraux de la Sainte-Chapelle, château d’Azay-le-Rideau, Villa Cavrois à Lille, villa Savoye à Poissy, chantier du Panthéon). Nous recevons trois types de soutien : du mécénat de compétences, du mécénat en numéraire et du mécénat en nature. Une opération réussie à mon sens est celle qui bénéficie de l’ensemble de ces mécénats autour du même sujet. Nos mécènes nous restent fidèles car nous travaillons dans un grand principe de continuité avec une vision prospective à court, moyen et long terme. Grâce à la prospection, nous offrons l’opportunité à de nouveaux mécènes de nous rejoindre : particuliers, entrepreneurs ou entreprises. Ce sont de grands groupes, mais pas seulement, car de nombreuses entreprises de petite ou de moyenne taille, soutiennent les monuments liés à leur histoire ou à leur environnement. C’est particulièrement le cas pour le château d’Angers ou la villa Cavrois à Lille. Mais les particuliers ne sont pas en reste. Nous avons lancé en 2012 une opération de crowdfunding « devenez Tous Mécènes » en partenariat avec MY Major Company qui reste une référence avec 2 500 donateurs pour la restauration de plusieurs monuments dont le Panthéon, le Mont-St-Michel, la cité de Carcassonne et le Domaine de Saint-Cloud.

Le CMN cherche également désormais à construire des partenariats dans le domaine sportif.  Nous discutons avec les grandes marques liés au sport ainsi que les groupes comme A.S.O qui est notre partenaire dans le cadre du tour de France par exemple mais également lors du marathon de Paris.

Comment percevez-vous l’évolution de la philanthropie ces dernières années ?

Le mécénat consiste à soutenir et faire vivre des projets, à créer du lien en construisant de véritables ponts vertueux entre le secteur public et le secteur privé. Il faut se remettre en question en permanence, déterminer des objectifs, mettre en place des moyens, innover, être force de proposition afin de fidéliser les mécènes et d’écrire avec eux une histoire dans la durée. Car il n’y a pas de mécénat possible sans synergies. « La grandeur d’un métier est peut être avant tout d’unir les hommes », selon Saint-Exupéry. En ce moment où la conjoncture est plus difficile, le mécénat continue à progresser au CMN car nous tentons  d’individualiser les projets en faisant du sur-mesure. Nous menons une réflexion sur le mécénat de demain, car celui-ci est en pleine évolution. Le mécénat participatif en est un des aspects, il évolue et nous travaillons à y revenir avec un beau sujet. Car n’oublions pas que le mécénat est un engagement sociétal, un soutien éclairé et que chaque don compte !

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