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Par Carenews PRO - Publié le 23 août 2013 - 16:03 - Mise à jour le 11 février 2015 - 13:19
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En attendant la pluie

Tant bien que mal, le Mali essaie de tourner l’une des pages les plus sombres de son histoire. L’occupation de la partie nord du pays par les groupes armés et le conflit qui s’en est suivi a laissé une trace à l’encre sans doute indélébile dans le regard des gens. Mais, alors que l’attention du monde se focalise sur la présence ou non d’éléments djihadistes dans le nord, un autre problème demeure : la faim, endémique, qui tue plus certainement que la guerre.

En attendant la pluie

« Il ne pleuvra pas aujourd’hui. Comme hier, et comme avant-hier… » Ibrahima Dembele, le chef d’un petit village près de Ségou, à 200km de Bamako, est soucieux. La saison des pluies, qui était censée commencer en juin, se fait attendre. « Nous vivons dans une région essentiellement agricole, et sommes dépendants de la pluie pour nous nourrir. Cette année, il pleut peu, ou pas du tout. Le pire est à craindre. »

Le nord du Mali est essentiellement sec et aride. C’est le territoire des bergers. C’est aussi le fameux « Azawad », la zone occupée pendant près d’un an par les groupes armés. Le sud du pays, quant à lui, est agricole. La sécurité alimentaire au Mali est dépendante de ces échanges entre le nord et le sud, entre bétail et céréales.

« Avec le conflit, nous explique depuis Bamako Amadou Coulibaly, spécialiste de la nutrition pour une ONG locale, ce mécanisme d’échanges a été interrompu. Les éleveurs du nord ont vendu leur bétail et ont fui. Les agriculteurs du sud n’ont plus trouvé de viande sur les marchés, ou alors à des prix bien au-dessus de leurs moyens. De plus, ils n’ont plus trouvé de marché au nord pour vendre le surplus de leur production, donc n’ont pas pu générer de revenus suffisants pour leurs familles. Voilà comment on en est arrivé à cette situation d’insécurité alimentaire. »

De plus, le conflit a suivi de près une autre crise alimentaire : celle de 2011-2012, avec une explosion de la faim dans le pays dûe… A une mauvaise saison des pluies.

« Pour cette année, rien n’est encore perdu, poursuit M. Coulibaly. La saison des pluies a commencé tard, il est vrai, mais elle peut également se poursuivre plus tard, jusqu’à début octobre, par exemple. La récolte serait alors retardée, mais pas forcément mauvaise. »

« Ce jeudi c’est l’Aïd, la fin du Ramadan, raconte M. Dembele, le chef de village. Nous prierons pour que la pluie tombe. Et que nous puissions avoir une bonne récolte pour, enfin, reprendre une vie normale ».

Il y a deux semaines s’est déroulé le second tour de l’élection présidentielle, si stratégique pour le futur du pays. Lorsqu’on lui pose la question de savoir s’il entretenait des espoirs par rapport au scrutin, et au président-élu Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), M. Dembele se contente de répondre : « Je suis issu de 25 générations de chefs de village. Mes ancêtres étaient ici bien avant que la politique moderne existe. Leur seule préoccupation était de nourrir leur peuple. C’est aussi la mienne aujourd’hui. Alors à moins que le nouveau président puisse faire tomber la pluie… »

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