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Par Carenews PRO - Publié le 17 septembre 2013 - 09:19 - Mise à jour le 11 février 2015 - 13:19
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[Tribune] Syrie: et maintenant, que faire?

Le rapport des inspecteurs de l'ONU, rendu hier, est accablant. Selon Ban Ki-moon, le Secrétaire Général de l'organisation onusienne, "il donne le frisson". Et accuse surtout le régime de Bachar Al-Assad d'avoir utilisé des armes chimiques contre les civils. Désormais, toutes les options sont permises, et même celle du désarmement sous l'égide de l'ONU, impensable il y a deux semaines. Explications.

[Tribune] Syrie: et maintenant, que faire?

"Des armes chimiques ont été utilisées sur une échelle relativement grande au cours du conflit syrien, contre des civils, y compris des enfants". Cette fois, l'information est claire. Les inspecteurs de l'ONU ont rendu hier leur rapport au conseil de sécurité. Mais ce n'est pas tout. Selon  la Commission d'enquête de l'ONU sur les violations des droits de l'homme en Syrie, pas moins de 14 autres attaques chimiques présumées auraient eu lieu depuis 2011. 

Cette fois, la ligne rouge semble clairement franchie. Mais désormais, que faire? 

De semaine en semaine, la situation évolue. Il y a deux semaines, des navires de guerre américains étaient déployés en Méditerranée, le Premier Ministre britannique demandait au parlement d'adopter un texte autorisant le recours légal à la force, et la France s'organisait pour se joindre à cette coalition visant à protéger les civils, avec en toile de fond la destitution du régime Al-Assad. 

Depuis, les choses ont quelque peu évolué. Le parlement britannique a rejeté le projet de son premier ministre et, bien que la France et les Etats-Unis semblent toujours privilégier le recours à la force, la Russie de Poutine, allié indéfectible du régime syrien, a mis sur la table une autre option: l'inventaire et le démantèlement de l'arsenal chimique du régime d'ici à mi-2014. Si cette solution ne fonctionnait pas, le recours à la force serait inéluctable. 

Beaucoup d'observateurs se sont demandés pourquoi cette nouvelle option avait pris tant d'ampleur. La raison est simple: en annonçant que si les "lignes rouges" comme l'utilisation d'armes chimiques étaient franchies, le président américain n'hésiterait pas à intervenir militairement en Syrie. Cette réponse militaire s'est précisiée au cours des dernières semaines, elle aurait (aura?) lieu sous formes de frappes ciblées, sans envoyer de troupes au sol. 

Il y a fort à parier que malgré le soutien de la Russie qui n'irait tout de même pas jusqu'à riposter militairement pour soutenir un régime alaouite minoritaire inéluctablement voué à sa perte, et l'Iran, autre allié du régime d'Assad, cette intervention sera couronnée de succès. Une fois Assad parti, un processus de transition démocratique serait mis en place, comme ce fut le cas en Tunisie, en Libye et en Egypte, autres pays du "Printemps Arabe", ainsi qu'on appelait ce mouvement à l'aube de 2011. Mais très vite, le "Printemps" est devenu "Hiver". Dans les trois pays, les révolutions ont, pour l'instant, du mal à être de véritables transitions démocratiques. La Tunisie, ancien jardin de la France, affronte chaque jour des groupuscules armés sur son territoire, la Libye est en situation d'anarchie totale et l'Egypte vient de vivre une deuxième révolution. Dans ce cas, comment faire confiance à cette méthode de "Printemps Arabe" dopé à l'adrénaline occidentale, quatarie et saoudienne? Lorsque l'on sait que beaucoup de brigades faisant partie de l'Armée Syrienne Libre ont fait allégence à Al-Qaida, le doute est plus que jamais permis. 

Voilà pourquoi le démantèlement des armes chimiques en Syrie constitue une solution plus que valable pour sortir de cette crise qui a fait depuis le début plus de 100 000 morts. Le régime ne serait pas artificiellement renversé, donc plus de risque d'ingérence - L'issue du conflit, rendu à sa dimension conventionnelle déciderait du sort du pays, et surtout, l'ONU reprendrait le leadership de la situation. 

En 1946, à la conférence de San Francisco, Eleanor Roosevelt et les représentants des grandes puissances mondiales ne s'étaient-ils pas donné pour objectif, en créant l'organisation, le désarmement dans la paix? 

Au cours des cinquante dernières années, l'ONU a été décriée, mise à mal par la volonté hégémonique de certaines grandes puissances, ou par un conseil de sécurité dont beaucoup voudraient changer les noms sur les cinq sièges principaux (Etats-Unis, Angleterre, Russie, Chine, France, les "vainqueurs" de la deuxième guerre mondiale). Oui, l'ONU a commis des erreurs, s'est montrée trop faible ou inefficace, parfois. Mais n'est-ce pas à l'humanité de faire perdurer les principes de cette organisation pour permettre une résolution des conflits sans effusion de sang? 

C'est exactement ce qu'il se passe aujourd'hui avec la Syrie. Il existe une solution "propre", onusienne, et la possibilité d'une désescalade de la violence, toute relative, certes, mais qui aurait le mérite d'éviter un possible embrasement du Moyen-Orient.

Et la balance semble désormais pencher de ce côté. Cette solution diplomatique serait honorable pour tous, et rendrait à l'ONU ce crédit si vital que la guerre en Irak lui a pris. 

Koffi Annan aimait à répéter que, si les Nations Unies n'existaient pas, sous une autre forme ou sous un autre nom, le monde aurait inventé les Nations Unies. 

Les circonstances actuelles vont-elles lui donner raison?

 

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