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Par Carenews INFO - Publié le 12 février 2020 - 10:25 - Mise à jour le 17 février 2020 - 09:47
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Axel Dauchez : « Make.org, c’est le job de ma vie »

À la tête de la Civic Tech florissante Make.org, l’entrepreneur Axel Dauchez aimerait bien sauver la démocratie représentative. Sa méthode ? Consulter et mobiliser largement la société civile sur les points de consensus, là où la politique tend à diviser. Alors que les élections municipales se tiendront les 15 et 22 mars prochains, il nous détaille les activités de son entreprise citoyenne.

Axel Dauchez, président de Make.org reçoit le prix « Talent Award for Democracy » de France Digitale. Crédit : DR.
  • Make.org est-elle une plateforme de « lobbying citoyen » comme on peut le lire dans les médias ?

Non, car nous partons du principe que les pouvoirs publics n’ont plus la capacité d’agir sur la société. Notre objectif n’est pas d’infléchir la politique. Nous voulons orchestrer des coalitions massives à partir de la société civile pour résoudre des problèmes de société, à la place ou en parallèle des pouvoirs publics. En période électorale, nous mobilisons aussi des millions de personnes pour que les débats publics se concentrent davantage sur la « part commune », c’est-à-dire sur ce qui fait consensus, et non sur les clivages. En amont des élections européennes, nous avons ainsi demandé à 40 millions d’Européens de proposer leurs solutions pour réinventer concrètement l’Europe.

  • Quelles victoires avez-vous obtenues jusqu’ici ?

On mène actuellement neuf « Grandes Causes », des mobilisations massives en faveur de l’intérêt général qui rassemblent chacune 500 000 personnes, 50 associations et cinq grandes entreprises. Le but est de concevoir et de mettre en œuvre ensemble les actions qui résultent de nos consultations pendant trois ans. Nous menons donc plus de 50 actions en parallèle, nous avons rassemblé plus de 250 associations, 35 grandes entreprises, une quarantaine de médias, ce qui nous permet d’avoir des impacts gigantesques. Par exemple, dans le cadre de notre « Grande Cause » sur les violences faites aux femmes, nous avons permis aux femmes victimes d’avoir accès à des chambres d’hôtel invendues. Il y a en effet 90 000 chambres d’hôtel qui ne trouvent pas preneur chaque jour en France, soit trois fois plus que le nombre d’hébergements d’urgence disponibles. 

Cette année, nous avons aussi piloté une formation à distance pour les fonctionnaires de police avec la Police nationale et les associations féministes. Près de 10 000 agents pourront en bénéficier. L’État, lui n’en formait que 1 000 par an. Nous ne menons que des actions systémiques, déterminantes à impact national et avec des résultats concrets dès trois ans, qui mobilisent la totalité des corps de la société civile : citoyens, associations et entreprises. 

  • À l’occasion des municipales, quelles actions menez-vous ?

À Bordeaux, Nantes et Grenoble, nous avons consulté 10 % de la population ainsi que les associations et les entreprises. Ce qui nous permettra bientôt de savoir quels sont les dix sujets par ville sur lesquels tous les corps constitués sont d’accord. Ensuite, avec la presse quotidienne régionale, nous allons provoquer un débat télévisé entre tous les candidats. À cette occasion, ils expliqueront comment ils s’engageront concrètement sur ce qui est une évidence pour les gens. Ça sera un débat sur le comment et non sur le pourquoi. C’est une vraie révolution dans la dialectique politique qui se nourrit habituellement de clivages. 

  • Quel est votre modèle économique ?  

En ce qui concerne les Grandes Causes de trois ans, cinq à dix entreprises sont nos partenaires. Elles engagent leurs collaborateurs et financent le programme jusqu’au développement des actions et leur test de marché. Notre fonds de dotation Make.org Foundation vise pour sa part à lever des fonds philanthropiques pour financer le déploiement national des actions validées. De cette manière, plusieurs millions d’euros sont investis dans des causes. 

  • Quels sont les statuts de Make.org ?

Make.org est une SAS et Make.org Foundation un fonds de dotation. Nous avons pensé au début devenir une ONG, mais nous avons renoncé pour préserver notre indépendance. Car l’indépendance ne se limite pas aux statuts. La FIFA est certes une association, mais pas un modèle de vertu. Tout l’enjeu est d’être autonome de manière à ne pas avoir besoin de l’argent des autres et que cela soit compatible avec l’impact que nous visons. Pour le garantir, nous avons mis en place un conseil éthique, composé de deux utilisateurs de la plateforme tirés au sort et de trois personnalités qualifiées indépendantes, qui valide toutes nos décisions. Tous les trois mois, il réalise un audit complet de l’entreprise et émet un rapport de conformité. 

  • Qui sont vos actionnaires ?

Trois fonds d’impact que sont Citizen Capital, Investir&+ et Esfin Gestion, un fonds technologique qu’est OneRagtime et quelques family offices.

  • En quoi consistent les consultations que vous menez pour les entreprises ?  

Notre modèle de transformation de la société permet de réconcilier des acteurs différents. Nous avons donc décidé de l’appliquer à des logiques for good en tant que prestataire pour les entreprises et les administrations. Nous leur proposons de grandes consultations internes, parfois avec 250 000 salariés, et des plans d’actions. Nous avons par exemple consulté deux millions de fonctionnaires pour mieux travailler ensemble dans la fonction publique. Avec la Fondation d’entreprise Ramsay santé, nous avons demandé aux jeunes quelles étaient leurs priorités en matière de santé. Pour le SIAL (salon international de l’alimentation), nous avons interrogé des experts de tous les pays pour savoir comment produire une alimentation saine et durable pour des milliards d’individus. 

  • Les entreprises s’intéressent-elles de plus en plus à l’avis de leurs salariés ? 

Les entreprises parlent de transformation depuis 20 ans. Mais celle-ci a été majoritairement latérale. Elles ont fait de l’open innovation, elles ont acheté ou vendu des boîtes. Le sujet de la coconstruction avec les collaborateurs n’est pas nouveau, mais jusqu’ici les outils étaient inadaptés. Était-ce aux collaborateurs de décider ou au comité exécutif ? On consultait mais on ne donnait pas toujours de retour aux participants. De notre côté, nous sommes capables de faire participer 80 % de l’entreprise. Nous pouvons ainsi faire émerger des actions au croisement de la stratégie et des propositions des collaborateurs, qui seront donc naturellement portées par le corps social. Comme avec les consultations citoyennes, nous cherchons à identifier les consensus, les sujets sur lesquels tout le monde est d’accord. L’activation des consensus met l’entreprise en mouvement, réconcilie les collaborateurs et permet de traiter plus sereinement les clivages. 

  • Après avoir été directeur général de Deezer ou encore président de Publicis France, le monde de l’entreprise classique vous manque-t-il ? 

J’ai changé douze fois de boîte. Depuis très longtemps, je me sens bien dans les petites ou moyennes entreprises à très forte croissance dans un monde où tout est à inventer. Je ne pense pas être très efficace lorsque je dois travailler dans des grands rouages. La grande nouveauté, c’est que c’est la première fois que j’ai un job engagé. Avant, j’avais des jobs aventureux. J’ai désormais la possibilité de mêler les deux. La raison pour laquelle je me lève chaque matin, c’est pour l’impact qu’on peut avoir sur la société. Et ça, c’est une vraie drogue. C’est le job de ma vie.

Propos recueillis par Hélène Fargues 

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