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Par Carenews PRO - Publié le 4 juin 2020 - 17:15 - Mise à jour le 4 juin 2020 - 17:15
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Fondations abritantes et fondations abritées : comment ça marche ?

Comment fonctionne le tandem fondation abritante / fondation abritée ? Quels sont les intérêts des uns et des autres à travailler ensemble et le jeu en vaut-il la chandelle ? William Renaut fait le point.

Crédit photo : Peter Snow.

On le sait peu, mais les fondations abritées représentent la majorité des fondations françaises : 55 %, une proportion en légère augmentation depuis 2001 (33 % si l’on inclut les fonds de dotations). Dans son étude sur le sujet, le Centre français des Fonds et Fondations (CFF) dénombrait ainsi 1 600 fondations abritées (+200 % depuis 2001) pour 2 750 fondations tous statuts confondus.

Le même rapport dénombrait 80 fondations abritantes au total (65 fondations reconnues d’utilité publique, cinq fondations de coopération scientifique et dix fondations partenariales). Pourtant, leurs réalités sont hétérogènes : en effet, la Fondation de France regroupe plus de la moitié des fondations abritées (820) et les quatre autres plus importantes en comptent 430. Cinq structures regroupent ainsi près de 80 % des structures sous égide.

(S’)Abriter, pour quoi faire ?

Pour les fondations abritantes, les motivations sont doubles : lever des fonds additionnels auprès de grands donateurs qui souhaitent être associés à la sélection et à la mise en œuvre des projets qu’ils soutiennent. C’est pourquoi certaines fondations créées par des associations (Secours Catholique, Apprentis d’Auteuil…) proposent voire imposent qu’une partie des dons soient fléchés vers leur association « mère ». 

Les différents acteurs (voir encadré) créateurs de fondations abritées n’ont ni les mêmes besoins ni les mêmes motivations. Pour les associations, la création d’une fondation abritée correspond à un palier dans la structuration de leur stratégie de fundraising. Pour les entreprises et pour les individus, les points positifs de l’abri sont tout autres mais se recoupent parfois :

  • la légitimité : « Pour les entreprises, créer une fondation sous l’égide d’une fondation abritante c’est avoir un label de sérieux, d’expertise. Cela leur apporte aussi une vraie légitimité », explique Céline Laurichesse de l’agence Assemble, conseil en mécénat d’entreprise. Un élément également cité par les créateurs de fondations sous l’égide de la Fondation Caritas France, spécialisée dans la philanthropie familiale.
  • La connaissance du terrain et des projets : « la Fondation Caritas qui avait identifié un besoin de formation aux métiers de la cuisine et nous a proposé un projet tout à fait pertinent, cohérent avec notre intention initiale », confie Bruno Hatt, créateur de fondation sous l’égide de la Fondation Caritas France.
  • Un accompagnement sur les aspects juridiques, administratifs, fiscaux… « Cela permet aux entreprises de concentrer leurs ressources humaines sur l’expertise et la gestion de projet », ajoute Céline Laurichesse. Un aspect également valorisé par les familles créatrices de fondations.

Parmi les autres motivations : le fait de rejoindre un réseau, l’accueil et l’écoute des fondations abritantes, la communauté de valeurs entre fondateurs et fondation abritante.

Les modes d’actions des fondations abritées

En 2013, 63 % des fondations sous égide avaient une dotation tandis que 37 % étaient des fondations de flux. C’est-à-dire que les fondations qui utilisaient les intérêts générés par un capital ou dépensaient ce dernier pour agir étaient majoritaires. Investissant principalement le marché obligataire (67% de leurs actifs y sont investis), elles ont notamment vu leur capacité d’action s’amoindrir avec la baisse des taux. Et la tendance s’inverse : ce sont maintenant principalement des fondations de flux qui sont créées. Au-delà de la mobilisation d’un capital, les fondations utilisent donc de nouveaux outils : les fondateurs sollicitent leurs réseaux pour lever des fonds, se rassemblent pour financer des projets plus ambitieux, voire se tourne vers l’investissement à impact social.

Loyer, état des lieux… les conditions de l’abri

Les fondations abritantes apportent un ensemble de services aux structures qu’elles abritent. Naturellement, ces services ont un coût sur lequel les fondations abritantes sont parfois peu disertes. Les différents services apportés sont facturés à l’acte (mise en place d’une page de collecte en ligne ou via des pourcentages pris sur les flux entrants ou sortants). Une autre condition importante, c’est la présence d’un représentant de la fondation abritante au comité de la fondation abritée. Cette dernière ne disposant pas de personnalité morale, la fondation abritante est garante, aux yeux de l’État, de la bonne gestion des entités qu’elle a sous son égide. 

Par delà ces aspects techniques et au-delà de quelques grandes généralistes, les fondations abritantes ont tendance à se spécialiser sur une cause ou un secteur particulier (lutte contre la pauvreté, entrepreneuriat, recherche…). Cette spécialisation permet de construire une véritable expertise et d’apporter, en plus des projets, des éléments permettant aux fondateurs de nourrir leur réflexion. Par exemple, les fondateurs vont être invités à entendre des grands témoins ou des intellectuels travaillant un sujet particulier. Un autre prolongement de ce travail d’animation se trouve aussi dans les formations (fundraising, communication…) que les fondations abritantes proposent régulièrement à leurs abritées.

Les fondations abritantes, un service pour les riches ?

Il est certain que la fondation abritée n’est pas un outil à la portée de tous. Néanmoins, en fonction des structures abritantes, les montants demandés pour la création ou les frais perçus diffèrent. À la Fondation Caritas France, il vous faudra contribuer à hauteur de 60 000 euros sur trois ans minimum. Un montant qui s’établit à 200 000 euros sur cinq ans à la Fondation de France.

En ce qui concerne les frais perçus, la plupart des fondations demandent de s’acquitter d’un montant annuel minimum (2 500 euros à la Fondation Caritas France et à la Fondation de France) voire de frais de dossier à la création (800 euros à la Fondation Notre Dame). La plupart des fondations prélèvent également un pourcentage sur les flux sortants/entrants et/ou un montant forfaitaire annuel, une façon d’encourager leurs fondations à maintenir un minimum d’activité. À noter que plusieurs fondations abritantes créées par des associations exonèrent de frais les dons réalisés à leur structure « mère ».

Le partenariat entre les fondations abritantes et leurs « abritées » fait de ces tandems des acteurs à part entière, au service du bien commun. L’augmentation du nombre de fondations abritantes et leur spécialisation de plus en plus fine permettent aux fondateurs de trouver une structure qui leur ressemble tant pour les aspects techniques qu’en termes de valeurs.

Les créateurs de fondations abritées

- Les fondations créées par des personnes privées souhaitant apporter leur concours à des projets de terrain. Elles représentent 72 % des fondations abritées.

- Les fondations créées par des entreprises représentent 18 % des fondations abritées afin de mettre en oeuvre leur politique de philanthropie corporate.

- Les fondations créées par des organismes sans but lucratif (7 %), dans le but de bénéficier des avantages fiscaux offerts par la fondation abritante, de lever des fonds pour leurs projets et de s’insérer dans un réseau de pairs et de philanthropes.

- Les collectivités territoriales, les organes d’Etat et les fondations (1 % chacun) sont également créateurs de fondations abritées. La Fondation Caritas France a par exemple créé une fondation sous égide de l’Institut de France, laquelle remet chaque année un prix de recherche en sciences sociales sur les questions de pauvreté.

William Renaut 

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