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Par Carenews INFO - Publié le 16 avril 2021 - 12:00 - Mise à jour le 21 avril 2021 - 17:21
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JRS France : l'inaccessible intégration des réfugiés

Travailler, étudier, se former, l’association JRS France souligne le retard français pour l’intégration des réfugiés dans son rapport « Bien accueillir les réfugiés et mieux les intégrer ».

Retard de la France pour l'intégration des réfugiés. Crédit : iStock
Retard de la France pour l'intégration des réfugiés. Crédit : iStock

 

L’association JRS France (Jesuit Refugee Service) trouve des solutions et accompagne les réfugiés et demandeurs d’asile pour qu’ils accèdent à des cours de français, à une formation professionnelle, à l’emploi, ou pour faire valider un diplôme. De ce travail quotidien, l’association en a tiré le rapport « Bien accueillir les réfugiés et mieux les intégrer », issu des difficultés et des blocages administratifs rencontrés par l’association et les demandeurs d’asile.

L’accès à l’emploi, premier facteur d’intégration

« Nous sommes convaincus de la dignité inaliénable des personnes », c’est par ces mots que Guillaume Rossignol, le directeur adjoint de JRS France, débute la conférence de presse qui fait suite à la publication du rapport. L’association constate qu’à leur arrivée en France, les demandeurs d’asile sont laissés de côté durant leur procédure de régularisation, qui ne fait que s'allonger ces dernières années. Il y a très peu d'efforts d’insertion de la part de l’Etat; or c’est à cet instant précis, à l’arrivée même sur le sol d’un pays étranger, que l’intégration est possible

Le premier facteur d’intégration est l’accès au marché du travail. Seulement le chemin pour obtenir un emploi est sinueux : six mois après son arrivée, le demandeur d’asile peut obtenir une autorisation de travail, pour cela il doit trouver un employeur de façon autonome, car il n’a pas d’accès à Pôle emploi. Il doit convaincre l’éventuel employeur de signer une promesse d’embauche et ensuite déposer une demande d’autorisation de travail aux autorités, demande dont la réponse est la plupart du temps négative pour les demandeurs d’asile accompagnés par JRS. 

Thomas Liebig, administrateur principal du pôle migration et intégration de l’OCDE pointe l’importance de l’accès au marché du travail pour une intégration réussie : « À son arrivée dans un nouveau pays, le migrant connaît un pic de motivation, qui baisse rapidement. » Plus tôt ils ont accès à l’emploi plus les résultats à l’intégration seront bons. Au contraire, si les demandeurs d’asile n’obtiennent pas de travail rapidement, ils se tournent vers l’emploi illégal et il est très difficile pour eux d’en sortir et de s’intégrer. 

« Tout démontre que nous ne tirons aucun profit d’une sorte de dureté, d’agressivité, d’harcèlement à l’encontre des demandeurs d’asile, et que la bienveillance facilite aussi bien l’application du droit lorsqu’il s’agit de reconduction à la frontière que d’intégration », explique Thierry Tuot, auteur du rapport sur la refonte des politiques d’intégration (2012). 

Améliorer l’accès au marché du travail

Mais alors que faut-il faire, quels sont les exemples qui fonctionnent ? Premièrement le rapport met en exergue la nécessité de faire évoluer le code juridique pour permettre l’accès effectif au travail. JRS préconise d’autoriser les demandeurs d’asile à travailler au bout de  six mois de procédure de régulation, de rendre cette procédure moins lourde et plus rapide pour leur permettre une entrée rapide dans le monde du travail, et d’autoriser également l’obtention des allocations de retour à l’emploi et de pouvoir cumuler cette allocation avec le revenu d’activité une fois un travail décroché. 

Il est impératif également de faire évoluer les politiques publiques. Le rapport souligne les bonnes pratiques à suivre des autres pays européens. À Malte, le service public de l’emploi Jobsplus, l’équivalent du Pôle emploi français, a mis en place le programme Brokerage Scheme qui permet aux employeurs en manque de main d'œuvre de faire appel aux migrants. Les Pays-Bas et la Finlande ont créé le programme Recommend a Refugee, qui permet la rencontre entre employeurs et migrants via une plateforme en ligne. JRS France effectue lui aussi un travail de fond, notamment avec son pôle angevin, qui a élaboré un système de mise en relation entre employeurs et migrants au sein du monde agricole. 

Un accès au cours de langue et à la formation

JRS France souligne les bienfaits de l’accès aux cours de langue dès la demande d’asile déposée. Cela améliore l’intégration, la compréhension culturelle et la volonté de s’incorporer dans une nouvelle société des demandeurs d’asile. Là encore, la France est en retard dans sa politique d’intégration. JRS souligne dans son rapport que « l’action 17 de la stratégie nationale d’intégration prévoyait d’expérimenter les cours de français pour les demandeurs d’asile relocalisés ou ayant obtenu un visa au titre de l’asile. Or, selon les chiffres que la DGEF a communiqués aux rapporteurs de l’Assemblée nationale (AN 2020), seulement 73 demandeurs d’asile ont bénéficié de ce dispositif. »

Dans son rapport, JRS préconise l’ouverture de parcours pour les personnes exilées à l’ensemble des formations professionnelles, et la mise en place d’un cours intensif de français dans l’enseignement supérieur pour obtenir la possibilité ensuite de rentrer à l’université, et la création de concours passerelles pour rentrer dans les CAP, BTS, ou DUT. 

« Les compétences apprises dans le cadre des formations suivies dans le pays d’accueil pourront servir le pays d’origine si il y un retour vers ce dernier. Cela servira économiquement le pays natal et aidera à la réintégration de la personne en question au retour dans celui-ci », explique Thomas Liebig. 

 

Florian Grenon

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