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Par Carenews INFO - Publié le 2 septembre 2020 - 09:00 - Mise à jour le 2 septembre 2020 - 09:00
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Le Giving What We Can Pledge vous encourage à donner 10 % de vos revenus

Nul besoin d’être milliardaire pour donner une part significative de ses revenus à des causes d’intérêt général. En signant le Giving What We Can Pledge, près de 5 000 personnes à travers le monde ont fait le choix de donner 10 % de ce qu’elles gagnent, jusqu’à la retraite ou jusqu’à leur fin de vie. Pourquoi pas vous ?

L'association Giving What We Can a été fondée en 2009. Crédit image : VectorStory.

 

Le principe est simple : donner plus, et donner à des associations reconnues pour leur efficacité. Lancée en novembre 2009 par Toby Ord et William MacAskill, philosophes à l’université d’Oxford, l’association Giving What We Can (GWWC) défend « un monde dans lequel donner 10 % de nos revenus aux organisations les plus efficaces est la norme ». Gérée de façon bénévole jusqu’en 2012, GWWC est aujourd’hui pilotée par quatre salarié·e·s du Centre for Effective Altruism, principale structure de soutien et de développement du mouvement de l'altruisme efficace. Un an après son lancement, la communauté comptait 59 membres. Aujourd’hui, elle en compte 4885, dont 64 déclarent vivre en France. Si ce nombre peut paraître modeste, ensemble, les signataires ont déjà donné près de 127 millions de dollars à des organisations, et se sont engagé·e·s à donner plus de 1,8 milliard de dollars au cours de leur vie. Parmi les signataires, on trouve le lauréat du Prix Nobel d’économie Michael Kremer, les philosophes Peter Singer et Derek Parfit (décédé en 2017)... et beaucoup d’inconnu·e·s. 

1,8 milliard de dollars engagé

Le Français Tom Bry-Chevalier est la 1 169 ème personne à avoir rejoint la liste de Giving What We Can. En août 2015, lorsqu’il prend cet engagement, il est encore étudiant à Sciences Po. « À ce moment là, je n'avais pas de salaire. En revanche, j’avais l’allocation adulte handicapé qui me permettait d’être autonome financièrement. C’est une partie de ce revenu que j’ai commencé à donner. » Aujourd’hui, Tom Bry-Chevalier travaille pour l’association Altruisme Efficace France, dont il est responsable de la communauté et du développement, ainsi que pour Gourmey, startup de « foie gras sans gavage ni abattage ». Le jeune homme assure que son engagement financier n’a pas affecté sa qualité de vie. « Mon seul regret pourrait être de me rendre compte, plus tard, que je n’ai pas donné aux organisations les plus efficaces. Cela pourrait me décevoir. Mais dans tous les cas, cet argent aura mieux servi ainsi qu’à ce qu’il me servirait personnellement, à savoir certainement des dépenses de loisir. »

Une obligation morale ?

Un tel engagement peut paraître drastique. Mais l’est-ce vraiment ? Selon l’association, vivre avec 90 % plutôt que l’intégralité de ses revenus est à la portée de la plupart des habitant·e·s des pays développés, dans la mesure où cela ne représente pas un sacrifice remettant en question leur qualité de vie. « Le GWWC Pledge va à l'encontre de notre disposition naturelle à penser que, quelle que soit la quantité d'argent dont nous disposons, nous avons besoin de la totalité pour être heureux. » Plus encore, « loin de rendre leur vie misérable, certain·e·s membres de GWWC affirment que leur engagement à donner a rendu leur vie plus heureuse et plus épanouie ». « Bien sûr, vous pourriez utiliser cet argent pour acheter ou faire quelque chose qui vous procurerait un plaisir immédiat, explique Luke Freeman, qui dirige actuellement l’organisation. Mais je pense que le bénéfice retiré de l’engagement GWWC relève moins du plaisir hédoniste que du sens et de la satisfaction. Lorsque je pense aux choses importantes que j'ai faites dans ma vie, le fait que j'ai utilisé une partie de mes revenus pour aider des parents d'autres pays à protéger leurs enfants de maladies mortelles comme le paludisme, en leur fournissant des moustiquaires, est en tête de liste. Si j'avais dépensé cet argent pour moi et ma famille, nous n'aurions rien pu en faire d'aussi significatif. »

Une telle forme de solidarité à l’égard des plus pauvres, si elle est indéniablement une bonne action, pourrait même relever de l’obligation morale. C’est ce que défend le philosophe australien Peter Singer depuis 1971, année de parution de son texte Famine, affluence and morality. Une idée à laquelle souscrit Tom Bry-Chevalier. « Beaucoup de personnes sont réfractaires à l’idée que donner serait une forme d’obligation morale, percevant plutôt cet acte comme quelque chose de surérogatoire. De mon côté, je suis d’accord avec le fait qu’aider les gens qui ont beaucoup moins de ressources que nous est une forme d’obligation morale. Cela peut se faire de plusieurs manières, mais il me semble en tout cas qu’il faut le faire dans des proportions bien plus importantes que ce que la plupart d’entre nous faisons actuellement. »

Le GWWC Pledge est-il réservé aux riches ? Oui, d’une certain façon. Mais vous pourriez en faire partie. GWWC met à disposition sur son site un petit outil, How rich am I?, permettant de situer son niveau de vie par rapport au reste de la population mondiale. Ainsi, si vous vivez en France et touchez le salaire moyen du secteur privé (26 634 euros net par an en 2016, selon l’Insee), c’est que vous faites partie des 3,4 % personnes les plus riches de la planète. Et si vous décidiez de donner 10 % de vos revenus, c’est-à-dire environ 2 700 euros chaque année, vous feriez toujours partie des 4,3 % les plus riches, tout en ayant l’opportunité d’avoir un fort impact positif sur des causes au service de l’intérêt général.

Donner avec le cœur... et la tête

GWWC ne prescrit pas les organisations auxquelles donner, mais fait des recommandations issues de l’altruisme efficace, cet « art de réfléchir de manière critique à la manière de faire le plus de bien ». Il est ainsi conseillé de donner à des organisations reconnues pour leur efficacité par les évaluateurs d’ONG Givewell et Animal Charity Evaluators, ou encore de confier son argent à l’un des quatre fonds gérés par le Centre for Effective Altruism, qui les redirige ensuite en fonction des priorités et besoins identifiés.

C’est vers ces fonds que s’est tourné Tom Bry-Chevalier dans un premier temps. « Je ne voulais pas trop me prendre la tête, je me disais que j’allais laisser des gens plus compétents que moi amener cet argent là où il faut. » Les années qui suivent, le jeune homme s’implique davantage dans la distribution de ses dons. « Je donne toujours au moins à deux associations différentes, souvent Against Malaria Foundation et GiveDirectly. J’ai également donné à L214 lorsqu’elle était classée Standout Charity [« ONG remarquable », par Animal Charity Evaluators]. Il m’arrive également de donner à des associations pour lesquelles il n’y a pas forcément autant de données quant à l’efficacité, mais qui me semblent passionnantes et prometteuses. »

Un engagement public

Signer le pledge n’est pas contraignant juridiquement. Mais le fait que la liste des signataires soit publique est une forte motivation pour tenir dans la durée. Comme en témoigne Toby Ord, « il serait très embarrassant pour moi d'arrêter de le faire, ce qui me permet de m'y tenir facilement ». GWWC considère également le caractère public de la liste comme « un moyen efficace de faire connaître la cause, comme une pétition ou une manifestation. En montrant publiquement notre engagement à donner, nous espérons inciter les autres à nous rejoindre et contribuer à créer une culture dans laquelle le don est un élément normal et attendu de la vie de chacun ».

L’engagement peut toutefois être suspendu, ou annulé, si des événements imprévus ne permettent plus de donner sans que cela mette en difficulté le ou la signataire. Dans la liste publique, 24 noms ont ainsi été remplacés par la mention withdrawn [retiré]. « La raison la plus fréquente est qu'après quelques années, la situation financière ou familiale d'un membre change de façon inattendue, avance Luke Freeman. Nous voulons être flexibles et nous comprenons que certains membres se trouvent dans l'incapacité de tenir leur engagement. » Bien qu’il soit demandé aux signataire de déclarer chaque année leurs revenus et leurs dons sur une plateforme prévue à cet effet, cela n’est pas obligatoire. Il est donc possible qu’un nombre plus important de personnes ayant signé le pledge ne le respectent pas entièrement dans les faits. Et pour celles et ceux pour qui ne sont pas prêtes à faire le grand saut du « 10 % à vie », Giving What We Can a mis en place le Try Giving, qui permet de choisir une durée et un pourcentage de don moins élevé.

Axelle Playoust-Braure

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