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Par Carenews PRO - Publié le 8 novembre 2019 - 10:25 - Mise à jour le 8 novembre 2019 - 11:08
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[TRIBUNE] Pour que les associations et fondations suscitent l’intérêt… général !

Les députés réunis en commission ont donné leur feu vert mercredi à la réduction du taux de défiscalisation du mécénat d'entreprise de 60 % à 40 % pour des dons supérieurs à deux millions d'euros. Le dispositif, qui concerne 78 grandes entreprises, ne s'appliquera pas aux dons faits aux associations d'aide aux plus démunis relevant de la « loi Coluche ». Il envoie toutefois un nouveau signal négatif pour la générosité selon Laurent Terrisse et Xavier Gay, associés fondateurs de l’agence LIMITE, qui appellent à une mobilisation positive.

Crédit photo : DR.

Ces jours-ci, les associations et fondations ont démontré leur combativité et leur unité pour alerter les grands médias qui leur ont d’ailleurs manifesté un intérêt inédit. Et si on œuvrait pour que ce début de mobilisation de l’opinion se transforme en grand élan national ?

Plusieurs médias de première importance ont relayé récemment les appels du secteur de l’intérêt général à surseoir aux mesures du projet de loi de finances 2020 tendant à restreindre les encouragements fiscaux aux grands mécènes. Ce relai inédit des médias non spécialisés est le fruit d’une convergence des actions de tous les collectifs représentant les acteurs de la générosité [1]. 

Une mobilisation rare

Mais il est peut-être également dû au fait que les journalistes commencent à percevoir une incompréhension, voire un agacement grandissant face à de mesquines mesures de restrictions, là où il devrait y avoir une grande politique d’investissement. Les colloques et conférences sur le sujet [2] ont pris cette année une tournure de mobilisation quasi militante dont nous n’avons jamais été témoins depuis plus de 30 ans que nous aidons les causes à se faire entendre. Tous ont été l’occasion de rappeler avec force la fonction vitale des fondations, des mécènes et des donateurs pour la survie de milliers d'associations de terrain, de chercheurs et d’artistes.

En effet, depuis deux ans et demi, le secteur de l’intérêt général est la victime collatérale de mesures qui le déstabilisent : suppression des emplois aidés, hausse de la CSG, suppression de l'ISF… S’ajoute à cela l’évolution de la doctrine de subventions aux associations dans une logique d’incitation à « l’autofinancement ». Une logique – soulignait Charlotte Debray [3] au Forum national des associations et fondations – qui risque de conduire à l’affaiblissement de la chaîne de production des biens communs que celles-ci apportent à nos concitoyens en souffrance.

Une cécité culturelle

Apparemment fruit d’une cécité culturelle plutôt que d’une volonté planifiée, cet ensemble de mesures finit par constituer une politique dont le résultat pourrait être désastreux pour les centaines de milliers d’associations et les millions de bénévoles que tout le monde connaît individuellement, mais dont on parle peu sur la place publique. Et par voie de conséquence pour des millions de bénéficiaires de ces acteurs qui, certes, n’ont pas une grande part de voix, mais sont la mauvaise conscience et l’origine du sentiment de précarité qui nous mine.

On comprend donc que l’incompréhension commence à laisser place à un sourd mécontentement. L’attention nouvelle que rencontre celui-ci dans les médias fait un peu écho à l’avant-crise des gilets jaunes, il y a un an, ou aux signaux faibles qui ont précédé celles des EHPAD, des urgences, des pompiers, etc. Nous ne sommes certes pas à la veille d’une « grève générale » des associations, des bénévoles, des donateurs et des mécènes, mais les alertes se multiplient. Le monde de l’intérêt général ne comprend pas qu’au lieu de l’encourager, on le traite par-dessus la jambe.

Un potentiel à investir

Comme le souligne l’analyste politique Jérôme Fourquet [4], seuls l’écologie et l’engagement associatif grâce à la philanthropie – a fortiori la convergence des deux – peuvent permettre d’espérer ouvrir un nouvel horizon collectif pour reconstruire des ponts entre les îles de l’archipel qu’est devenue la société française.

D’ailleurs, comment envisager qu’une société de vigilance soit vivable sans le contrepoids d’une société de bienveillance ? Comment espérer stimuler la confiance économique et l’investissement sans soutenir vigoureusement l’engagement pour le vivre ensemble de ceux qui ont des solutions et le souci des autres ?

Tous les acteurs de l'intérêt général sont prêts à donner encore plus de leur énergie, de leurs moyens d’agir et de leur temps pour réparer notre société malade. La campagne de France Générosités et le Giving Tuesday sont l’illustration de cette volonté collective.

Un besoin de mobilisation

Et le potentiel est considérable : nos enquêtes, comme toutes les études, prouvent que des millions de Français et des dizaines de milliers d’entreprises sont prêts à donner plus de temps et d’argent. Les 7,5 milliards d’euros de dons des particuliers et des entreprises pourraient rapidement doubler, voire tripler. À condition, pour ceux qui n’ont pas la culture associative comme pour ceux qui le font déjà, qu’une mobilisation générale les y encourage.

Un grand programme d’investissement dans la bienveillance et l’engagement sera aussi, voire plus rentable que tous les plans de soutien aux entreprises et à la finance. Car les seconds rateront si le pays est à nouveau paralysé. Et le premier est la condition sine qua non qu’ils ne le soient pas. Au dernier Mécènes Forum d’Admical, l'économiste Philippe Aghion démontrait qu’il n’y a pas d’innovation et de création de valeur économique sans innovation sociale-environnementale et création de biens communs.

Donner envie, créer l’élan 

Certains ministres et députés de la majorité ont compris ce malaise et ce potentiel, tout en avouant avoir du mal à se faire entendre. C’est pourquoi les tribunes et mises en garde des grands acteurs représentant le secteur de la générosité sont essentielles. Il est en effet crucial que le secteur des associations et de la philanthropie passe d’une culture de la modestie à un « savoir se faire entendre ». De plus en plus de journalistes sont prêts à faire ce récit du monde réel et de l’utile : « Le journalisme [...] doit considérer les problèmes qui hurlent certes, mais aussi prendre en compte les solutions qui murmurent. »

Mais ces appels ne seront pas suffisants, car pour être écouté il faut communiquer et pour mobiliser il faut proposer. Après avoir alerté sur les risques encourus si le tissu de l’engagement se délitait sur tous les territoires, il s’agit à présent de donner envie et de créer un élan autour d’un projet de société du care aussi ambitieux que celui de la startup nation.

Laurent Terrisse et Xavier Gay 

* Associés fondateurs de l’agence LIMITE, ils accompagnent depuis respectivement 32 et 12 ans les acteurs de l'intérêt général et de la philanthropie dans la mobilisation de leurs publics.

 


[1] Admical, AFF, Centre français des Fonds et Fondations, France Générosités, Les entreprises pour la Cité, Mouvement Associatif, etc.

[2] Journée européenne des Fondations, Mécène Forum, Forum National des Associations & Fondations, etc.

[3] Secrétaire générale de la Fonda, think-tank du secteur associatif depuis 40 ans.

[4] Intervention lors de la dernière réunion du Think-Tank Pasteur de la Philanthropie.

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