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Par Goodwill-management - Publié le 12 mai 2026 - 08:30 - Mise à jour le 12 mai 2026 - 08:30
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« La CSRD nous a fait progresser à pas de géant » : Céline Boiron, responsable RSE de la SACVL

Créée en 1954, la SACVL est une société d'économie mixte lyonnaise gérant environ 9 000 logements dans Lyon intra-muros (moitié logements sociaux, moitié logements libres) et 80 000 m² de surfaces tertiaires. Engagée dans une démarche RSE volontaire depuis 2012-2013 et récemment reconnue société à mission, elle s'était lancée dans une mise en conformité intensive avec la CSRD à l'automne 2024, avant d'en sortir avec le relèvement des seuils prévu par Omnibus. Céline Boiron, responsable RSE et communication, revient sur son expérience, les acquis durables et la démarche volontaire qu'elle a choisi de maintenir.

Interview Céline Boiron, SACVL - Crédits : Goodwill-management - Carenews
Interview Céline Boiron, SACVL - Crédits : Goodwill-management - Carenews

 

Structurer un rapport de durabilité et se conformer à la CSRD sans expérience de reporting RSE : comment la SACVL a pris en main le sujet ?

La SACVL mène une démarche RSE volontaire depuis 2012-2013, en dehors de tout cadre réglementaire. Durant plusieurs années, nous avons mis en place des actions pour réduire l'empreinte environnementale de notre parc ou améliorer notre impact social, notamment auprès de nos locataires. Lorsque la CSRD a été adoptée fin 2023, la SACVL est entrée dans le périmètre du reporting de durabilité avec deux critères sur trois dépassés (chiffre d'affaires et total bilan). Nous avons commencé à prendre en main le sujet à l'été 2024 et choisi Goodwill-management dès la rentrée pour nous mettre en ordre de marche.

Pour une organisation comme la nôtre, qui ne réalisait aucun reporting, cela a représenté un véritable Everest. Culturellement, la direction n'était pas préparée à raisonner en termes de double matérialité, de risques, d'impacts et d'opportunités liés aux enjeux de durabilité.

Et pourtant, vous ne regrettez pas cette période ?

Absolument pas. Le travail mené entre septembre et décembre 2024 a été intense, mais profondément structurant. En réalisant notre matrice de double matérialité, nous avons progressé à pas de géant : elle nous a permis d'identifier les angles morts de notre démarche RSE, mais aussi d'aligner l'ensemble de l'entreprise autour des enjeux de durabilité prioritaires pour notre activité.

C'est un outil de convergence autant que d'analyse. En parallèle, la SACVL préparait son passage en société à mission, ce qui nous a permis de constater que notre analyse de double matérialité et nos objectifs de mission étaient alignés à 99 %.

Ce qui a été innovant, c'est la façon dont la CSRD nous a obligés à raisonner en termes d'impact financier et d'impact de notre activité sur l'environnement. Pour un opérateur immobilier urbain, c'est un avant-après très fort.

Nous n'avions pas suffisamment pris en compte les questions d'adaptation au changement climatique, ni les politiques d'atténuation face à un dérèglement qui s'impose à nous tous. Pourtant, Lyon fait partie des agglomérations qui devraient se réchauffer le plus fortement d'ici la fin du siècle et les risques d'inondation concernent les deux tiers des communes d'Auvergne-Rhône-Alpes. Ce n'est pas abstrait pour un bailleur urbain.

 

Céline Boiron
Céline Boiron, responsable RSE et communication de la SACVL

 

Omnibus vous a fait sortir du périmètre obligatoire. Quelle a été la réaction en interne ?

Nous avons décidé immédiatement de maintenir la publication d'un rapport de durabilité comme ligne de mire. La marche était très haute : nous avions identifié près de 900 indicateurs à renseigner, en partant de zéro. En accord avec la direction, la SACVL va publier un reporting RSE volontaire selon le référentiel VSME pour la prochaine assemblée générale.

C'est un choix qui nous permet de capitaliser sur les travaux engagés dans le cadre de la CSRD, tout en dimensionnant notre effort de reporting à la taille de notre organisation.

Concrètement, qu'est-ce que cette démarche a changé dans vos pratiques ?

En peu de temps, nous avons réalisé un bilan carbone complet de notre parc immobilier, ce que nous n'avions jamais fait. Nous avons également évalué l'impact sur la biodiversité de l'ensemble de nos résidences, avec des plans d'action associés.

Nous avons aussi revu en profondeur un appel d'offres structurant : l'entretien des espaces extérieurs de nos résidences. Depuis les années quatre-vingt, les espaces verts en pieds d’immeuble étaient tondus à ras. Nous avons choisi de travailler avec un groupement qui s'est fixé un objectif de renaturation de 30 % des espaces en quatre ans, avec un travail de re-végétalisation (tontes différenciées) et de désimperméabilisation des sols. Ce changement de regard se traduit désormais directement dans nos critères de sélection des prestataires.

Réaliser un reporting volontaire nous impose par ailleurs de cartographier les aléas climatiques auxquels nos actifs sont exposés. C'est devenu un vrai levier d'aide à la décision : quelle résidence est située en zone inondable, particulièrement exposée à la chaleur, vulnérable sur le confort d'été ? Cette cartographie nous permet de prioriser les réhabilitations de façon stratégique, plutôt qu'intuitivement.

Que conseilleriez-vous aux responsables RSE qui sortent du scope de la CSRD après Omnibus ?

Trois choses. D'abord, ne jamais lâcher les démarches volontaires. Face à des variations législatives et réglementaires permanentes, la RSE est un continuum. Une démarche volontaire nous laisse aussi plus de marge pour nous concentrer sur nos priorités et avancer à notre rythme.

Ensuite, ne pas gâcher le travail déjà engagé. Toutes les entreprises qui avaient commencé à structurer leur RSE, à réaliser leur analyse de double matérialité, disposent d'un avantage considérable. Il faut le préserver.

Enfin, embarquer les collaborateurs. C'est une erreur que nous avons commise pendant des années : travailler trop au niveau du comité de direction sans associer suffisamment les équipes. Les collaborateurs sont tout à fait capables d'entendre parler d'adaptation et d'atténuation, ils retrouvent ces sujets dans leur métier au quotidien. Ce sont les premiers acteurs du changement.

 

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