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Par Le RAMEAU - Publié le 12 mai 2026 - 10:59 - Mise à jour le 12 mai 2026 - 10:59
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(RE)APPRENDRE A CONDUIRE LE CHANGEMENT !

La Gazette de ce mois de mai retrace le cheminement qui a permis de modéliser puis d’outiller les conditions d’un changement systémique. Fort de deux décennies de recherche empirique, il est possible de disposer d’un traitement de choc pour (ré)apprendre à piloter des réponses concrètes et adaptées face à l’ampleur des défis actuels. Retraçons le chemin collectif parcouru pour en comprendre la valeur individuelle et collective.

La conduite du changement repose sur 3 conditions : un cap clair et partagé, une trajectoire équilibrée (i.e. économique) et frugale (i.e. écologique), ainsi qu'une capacité à valoriser l'action engagée. Comment faire concrètement dans un monde en profonde transformation ?

Une démarche innovante pour piloter un changement devenu systémique

20 ans de recherche empirique sur les alliances d’intérêt général innovantes ont fait émerger une démarche innovante : Les MEDOC des Transitions. Inspiré du chemin du médicament, elle a pour objectif d'aider les décideurs publics et privés à fixer un cap ambitieux et à piloter une trajectoire cohérente avec nos défis communs. Les MEDOC se sont :

  • Les Méthodes : la démarche permet d’abord à chacun de choisir la méthode la plus adaptée à sa situation et à sa maturité.
  • Les Exemples : la diversité des exemples - déclinés par profil d'acteurs, domaines d'action et échelons territoriaux - permet ensuite à chacun de s'inspirer des pratiques innovantes pour se situer.
  • Les Données : grâce aux programmes d’études quinquennaux de l’Observatoire des partenariats, la robustesse des données et le suivi de leurs évolutions dans le temps permettent de disposer d'un outil d’aide à la décision pour fixer son cap en toute connaissance de son écosystème, des tendances structurelles et des fragilités.
  • Les Outils : éprouvés par la pratique de terrain et évalués, les outils capitalisés permettent d’élaborer, de piloter et d’évaluer sa trajectoire d'action, en s'adaptant à ses besoins de s'informer et de se former pour agir efficacement.
  • Les Compétences : au-delà de sensibiliser aux nouvelles pratiques, il est essentiel de savoir valoriser et développer les pratiques émergentes.

A l’occasion du 20ème anniversaire du laboratoire de recherche empirique, Le RAMEAU vient de publier la cartographie des MEDOC des Transitions. Il s’agit du premier volet des trois publications prévues en 2026. Cette publication de synthèse invite à une vision partagée du changement nécessaire (Cf. vidéo « Qu'est-ce qu'une vision ? »), et à la (re)définir au « premier kilomètre » des réalités locales (Cf. vidéo « Territoire en commun : l’intérêt général à portée de main »). Elle décrypte ainsi le mouvement de co-construction du bien commun.

Récit des méthodes élaborées grâce à la pratique des pionniers !

Depuis 2006, la recherche empirique capitalise et modélise de nouvelles méthodes. En fonction de la maturité de chacun, elle permet à tous de passer à l'action en s'appuyant sur ses propres pratiques. Accélérer les transitions nécessite un « jouer collectif » qui (ré)concilie économie et intérêt général. Il revient donc à chacun de savoir se positionner dans cette transformation systémique afin de pouvoir pérenniser sa propre action.

Dans une période d’incertitude, les conditions pour éprouver une méthode sont triples. D'abord, il convient de s’appuyer sur une démarche rigoureuse d'écoute et d'expérimentation sur un temps suffisamment long pour être cohérent avec les cycles d'innovation…. Attention aux effets de mode ! Ensuite, la modélisation de la méthode doit passer par 4 étapes : sa co-expérimentation avec des pionniers de divers profils, sa reconnaissance institutionnelle comme levier d'intérêt général, sa mise en débat avec des acteurs académiques, puis sa déclinaison opérationnelle pour permettre à chacun de se l’approprier librement. Il faut enfin mutualiser et alimenter très régulièrement la capitalisation afin de faire évoluer en permanence les modes opératoires. Ce travail sur la durée garantie une solidité d’approche, de la captation des « signaux faibles » jusqu’à la diffusion et l’animation de démarches apprenantes.

Entre 2012 et 2016, quatre méthodes ont ainsi été modélisées pour répondre aux besoins qualifiés par la pratique. Chacune répond à un objectif stratégique du faire alliance : coopérer efficacement, (re)définir sa trajectoire socio-économique, piloter l’innovation sociétale et co-construire des Projets de territoire résilients et audacieux. Ces quatre objectifs expliquent le développement significatif des coopérations multi-acteurs depuis 20 ans.

En synthèse, l’évolution de la dernière décennie est la suivante :

  • Coopérer efficacement pour créer de la valeur, 2012. C'est en 2012 que le premier référentiel du RAMEAU sur les partenariats stratégiques a été décliné en guide pratique avec l’ORSE pour éclairer sur la typologie des partenariats qui articulent performance et engagements. Des pratiques responsables au mécénat, en passant par les coopérations économiques et les alliances d'innovation sociétale, les différents modèles de partenariats ont été décryptés, des enjeux aux pratiques innovantes. Une décennie plus tard, l'étude IMPACT - Entreprises et Territoires en a mesuré les avancées : de 36% d'entreprises engagées en 2015, nous étions passés à 57% en 2021. Face à ce développement, les étudiants du Cnam ont été invités à co-élaborer un nouveau guide pratique plus adapté aux « premiers pas » à faire pour développer de nouvelles coopérations à forte valeur ajoutée. Publié en 2023, il a été décliné dès l'année suivante en plateforme « Coopérer efficacement ». Cette dernière est notamment animée au travers des sessions trimestrielles de présentation de la base IMPACT-Alliance qui référence plus de 1000 exemples inspirants et plus de 500 écosystèmes territoriaux qui jouent collectif (cf. replay de la session du 28 avril).
  •  (Re)Définir sa trajectoire socio-économique, 2014. Après 7 ans de recherche empirique sur les spécificités des modèles socio-économiques d'intérêt général, c'est en 2014 que les 3 piliers de l’émergence de nouveaux équilibres ont été décryptés. Les leviers financiers au travers d'une note collective sur la diversité des modèles, la valeur de l'engagement au travers d’un rapport interministériel sur l'engagement des actifs, et les alliances au travers du premier rapport quinquennal de l'Observatoire des partenariats. Ce triple regard convergeait vers une nouvelle appréhension des trajectoires socio-économiques où le levier financier est « encadré » en amont, par la valeur des engagements mobilisées pour agir, et en aval, par de nouvelles alliances stratégiques pour en démultiplier l'impact. En 2019, le référentiel « modèles socio-économiques d'intérêt général » a décrypté les transformations profondes de tous les modèles publics et privés. La manière d'hybrider les modèles socio-économiques devenait dès lors stratégique pour réinventer des trajectoires durables et inclusives. C’est dans cet esprit que la mission ministérielle 2019-2022 « Accélérer les alliances stratégiques entre associations, entreprises et collectivités territoriales » a été initiée. Elle en fera la démonstration en mobilisant plus d’une centaine de réseaux, publics & privés, nationaux & territoriaux. Après le lancement dès 2020 d’un cycle de webinaires pour illustrer la diversité des nouveaux équilibres, la mise en ligne de la plateforme « Trajectoires socio-économiques » et la signature de la Charte d'engagement réciproque du « faire alliance » marqueront en 2023 deux avancées institutionnelles. L’an dernier, le rapport conclusif « Vers de nouveaux modèles économiques » a invité chacun à en tirer les enseignements et à s'appuyer sur les résultats capitalisés en « Commun(s) » pour transformer son propre modèle en fonction de ses responsabilités et de sa maturité.
  • Piloter l'innovation sociétale, 2015. En juin 2015, la publication au Conseil économique, social et environnemental (CESE) du référentiel l'investisseur sociétal en action marquait une étape décisive de la reconnaissance de la valeur des travaux de recherche empirique.  Elle a permis de capter très tôt les « signaux faibles » de l’urgence de réinvestir dans l'intérêt général tout en contribuant à son propre développement. En une décennie, il était alors devenu l'apanage des pionniers qui en ont démontré non seulement la faisabilité, mais aussi la valeur ajoutée réelle. A partir de la diversité de ces expériences, le guide pratique « L’investissement sociétale en Action » a été publié en 2018, puis les 7 savoir-faire essentiels ont été déclinés en 2025 au sein de la plateforme « Piloter l'innovation sociétale : valoriser et développer ses compétences ».  La création du Fonds i en 2018 et celle du fond ODD17 en 2020 ont illustré la mobilisation d'investisseurs sociétaux autour de projets pilotés en Commun(s). Ces engagements ont permis de prototyper des solutions innovantes, de leur émergente à leur déploiement, aujourd’hui accessibles à tous.
  • Co-construire des Projets de Territoire résilients et audacieux, 2016. Après l'investissement sociétal, il restait une marche à franchir : celle du pilotage de l'intérêt général au « 1er kilomètre » des besoins, des ressources et des envies d'engagement. En 2016, après 10 ans d'expérimentations territoriales, le référentiel « Co-construire en territoire » a été lancé au CESE, sous le Haut patronage du Président de la République. Associé à un MOOC réalisé avec l’ESSEC pour en faire la pédagogie, ainsi qu’au lancement d'un premier centre de ressources numériques pour capitaliser les pratiques innovante, ce référentiel constituait un triptyque pour mettre en œuvre concrètement de nouvelles coopérations locales. Cette démarche s’inscrivait dans la continuité du rapport « Intérêt général : nouveaux enjeux, nouvelles alliances, nouvelle gouvernance ». En 2018. Le travail de 10 territoires pilotes a permis de créer la plateforme « L'innovation territoriale en Actions ! » en partenariat avec le Réseau des catalyseurs territoriaux, la Banque des Territoires et le Groupe la poste. A la convergence entre l'action publique, les démarches citoyennes et l'engagement territorial des entreprises, cette plateforme souligne l'enjeu de l'émergence d'une ingénierie territoriale pour animer les coopérations locales qui accélèrent les transitions : la « catalyse territoriale ». Convaincu de l'importance de développer un espace de dialogue en « Commun(s) » pour réinventer nos modèles d'intérêt général à partir de ces réalités locales, Le RAMEAU propose alors au cabinet du président de la République la création d'une Fondation des Territoires. Impulsée par les ministres Jacques Mézard et Jacqueline Gourault, cette fondation permettra l’émergence de nouveaux dialogues qui seront notamment illustrés en 2020 lors de la crise sanitaire, et en 2024 lors de l’anniversaire des 10 ans du Réseau des catalyseurs territoriaux. Le 14 avril dernier, le webinaire « Agir ensemble en Territoire : quelles méthodes ? » partageait un regard croisé sur l’état des lieux des coopérations territoriales (à voir en replay).

 

Ces 4 objectifs stratégiques qualifiés et outillés convergent dès 2018. Ils incarnent un chemin d’apprentissage du « faire alliance » pour créer de la valeur en « Commun(s) ». Il convient alors de passer de la connaissance empirique à la compétence stratégique pour en permettre le déploiement, et favoriser ainsi l’accélération des transitions. Les pays du Sud avaient eu la bonne intuition d’exiger qu’un 17ème Objectif de Développement Durable soit ajouté en une nuit pour la signature de l’Agenda 2030. La preuve était faite que les alliances d’intérêt général favorisaient à la fois la performance, l’innovation et la confiance.

L'Institut pour la recherche de la Caisse des dépôts et Le RAMEAU ont dès lors engagé une démarche de mobilisation des acteurs académiques. Leur implication au travers de la recherche, de l'enseignement et de leur Responsabilité Sociétale d’Etablissement (RSE) consolide ce qui est co-construit avec les acteurs de terrain. Aux côtés des institutions, ils ont le pouvoir de renforcer ces nouvelles tendances structurelles issues de la pratique des acteurs.

Le temps du changement : du cadre commun à l'action en « Commun(s) »

2019 a marqué une nouvelle étape dans les résultats de la recherche empirique. Après 14 ans de travaux, soit 2 cycles d'innovation, le temps était venu de proposer un cadre systémique. Les conditions étaient alors réunies : sur le plan de la vision, de l'action et de la gestion.

Concernant la vision partagée, l'étude IMPACT – Citoyens réalisée par Comisis-OpinionWay montrait alors que le « devoir d'alliance » qualifié et mesuré en 2015 s'était progressivement transformé en une « envie d'alliance ». Les Français pensaient alors que face aux fragilités qui s’entrechoquent et se multiplient, de nouvelles alliances entre acteurs publics et privés sont une réponse pertinente, notamment si elles émergent localement. Sur le plan de la modélisation des pratiques d’actions innovantes, le référentiel « l'évaluation partenariale en pratique » permet alors de décrypter les enjeux et les impacts des nouvelles alliances sur la performance, l'innovation et la confiance. Enfin, du côté de la gestion de l'intérêt général, deux démarches institutionnelles sont engagées : l'une avec les ministres de la cohésion des territoires pour préfigurer la fondation des territoires, et l'autre avec les ministres de la Jeunesse et de la vie associative pour co-élaborer une feuille de route ministérielle afin d’accélérer les alliances stratégiques.

2019 marquait donc une année charnière pour co-élaborer avec les acteurs académiques un cadre commun de la transformation systémique de tous les acteurs, dans tous les domaines, sur tous les Territoires. Son objectif était double : réussir ainsi à accélérer les transitions, et valoriser la diversité des formes d'engagement public et privées. Il fut co-construit avec les acteurs académiques au travers d’Ateliers praticiens-chercheurs, et publié lors du colloque européen de recherche Part’Inno à Lyon (cf. visuel de l’article).

Il a encore fallu 7 ans pour passer de la modélisation d'un cadre systémique à la formalisation de l'ensemble des « MEDOC » qui répondent à la diversité des situations et des besoins au « premier kilomètre » des besoins, des ressources, et des envies d'engagement. Publiée le 9 avril à l’occasion du séminaire de recherche « Territoires, organisations & engagements : quelles trajectoires ? », la cartographie des MEDOC des Transitions prend une connotation toute particulière. Le schéma ci-dessous retracent les étapes de ce processus de validation collectif qui a permis de parvenir à ces résultats.

Le chemin de recherche empirique 2016-2026

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Dans cette démarche apprenante, notons que 2021 a été une année charnière. C’est en effet l’année où la proposition de loi d’expérimentation du droit d’alliance d’intérêt général a été déposée à l’Assemblée Nationale, où la plateforme de capitalisation mutualisée odd17.org a été mise en ligne, et où la Charte du faire alliance a été co-construite avec les Territoires, sous l’égide de la Fondation des Territoires.

Dès lors, quatre chemins ont été initiés pour faciliter le déploiement de nouvelles alliances :

  • Du côté académique, les données de l’étude d’impact du faire alliance en France, menée de 2018 à 2022, ont été déclinées en cahier de recherche avec l’Institut pour la Recherche de la Caisse des Dépôts pour faire la pédagogie des impacts de performance, d’innovation et de confiance des alliances d’intérêt général, puis pour décrypter la diversité des trajectoires territoriales pour les mettre en œuvre.
  • Du côté des acteurs publics, les vadémécums de l’ANPP-Territoires de Projet sont devenus l’occasion chaque année d’éclairer les avancées lors du Congrès des maires.
  • Du côté des acteurs « pionniers » des nouvelles alliances, la Fondation des Territoires publie une note stratégique annuelle pour capitaliser les démarches innovantes.
  • Du côté des initiatives citoyennes, les dossiers annuels de JURIS Associations sur les modèles socio-économiques d’intérêt général et sur les coopérations territoriales rendent compte des exemples inspirants pour illustrer les nouveaux modèles en émergence.

Aujourd’hui, au moment où les nouvelles gouvernances territoriales prennent leur fonction, les conditions sont réunies pour accélérer la territorialisation des transitions. Cela passe notamment par une valorisation et un développement de nouvelles compétences. Pour y contribuer activement, le Fonds ODD 17 initie 3 cycles : innover en Territoire, coopérer efficacement et hybrider son modèle socio-économique (cf. article « 3 cycles pour innover ensemble ! »). C’est l’opportunité pour chacun de choisir celui qui lui correspond le mieux et de se situer dans ce mouvement de co-construction du bien commun qui s’intensifie malgré – ou peut être grâce à – un contexte géopolitique de plus en plus instable.

Nous ne pourrons pas dire aux générations futures que nous ne savions pas, pas plus qu’il n’y avait aucune autre solution possible. Alors, enfermement sur soi ou ouverture à de nouveaux modèles qui (ré)concilient économie et intérêt général ? A chacun de choisir son combat !

Pour en savoir plus sur comment articuler innovations technologiques, sociales et territoriales, bonne lecture de la Newsletter « Savoir piloter et valoriser l’innovation sociétale ».

 

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