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Par Soqo* - Publié le 29 juillet 2026 - 14:42 - Mise à jour le 29 juillet 2026 - 14:54
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Stratégie nationale de l'ESS adoptée : entre ambition nationale et réalités de terrain

Adoptée le 9 juillet 2026 par le seul vote de l'État, les représentants de l'ESS ayant préféré s'abstenir, la première Stratégie nationale de l'économie sociale et solidaire a été publiée le 16 juillet dernier. 108 actions, un budget dédié, des objectifs chiffrés à 2030 : le texte est dense. Reste à savoir si ces engagements se traduiront sur le terrain, là où entreprises, associations et collectivités n'ont pas toujours attendu l'État pour construire ensemble. Décryptage par Soqo*, bureau de création de projets à impact.

Crédit : ©MEFSIN Celia Bonnin.
Crédit : ©MEFSIN Celia Bonnin.

Un vote qui en dit long

Le 9 juillet, le Conseil supérieur de l'ESS (CSESS) examinait la première Stratégie nationale dédiée au secteur, réclamée par l'Union européenne depuis 2023. Résultat : 8 voix pour, 42 abstentions. Les 8 voix favorables sont celles des représentants de l'État ; les 42 abstentions, celles de l'ensemble des réseaux de l'ESS.

Ce choix ne traduit pas un rejet du texte. Le président d'ESS France, Benoît Hamon, l'a expliqué sans détour : la décision a été mûrement réfléchie, face à une parole de l'État jugée trop dégradée pour être approuvée en l'état. Dans un communiqué commun, les réseaux ont dénoncé une dissonance entre les paroles et les actes, résumée par une formule : « on ne cultive pas un jardin sans eau ».

Une genèse mouvementée, un budget qui contredit le texte

Le contexte explique cette défiance. Une première version du document, rédigée par la Direction Générale du Trésor sans réelle concertation, avait été jugée trop peu ambitieuse à l'automne 2025 ; le ministre Serge Papin en avait confié la reprise à son délégué ministériel, Maxime Baduel, avec un travail de concertation élargi (70 consultations nationales, 2 000 contributions citoyennes).

Mais début juin 2026, le ministère annonçait une coupe de 4 millions d'euros sur les crédits de l'ESS, avant un rétropédalage, puis dévoilait de nouvelles restrictions budgétaires le 6 juillet (trois jours avant le vote).

L'exemple le plus net de ce décalage concerne les tiers-lieux. Parmi les actions de l'axe 1 « Renforcer la place et la structuration de l'ESS dans les politiques publiques nationales et locales » , la stratégie prévoit explicitement de « soutenir les tiers-lieux ». Or, quelques jours avant l'adoption du texte, le gouvernement actait la dissolution du Groupement d’Intérêt Public France Tiers-Lieux et une baisse de plus de 90 % en deux ans des crédits qui leur étaient dédiés. Sur ce point précis, le texte et le budget se contredisent presque terme à terme.

Ce que porte le texte

La stratégie s'organise en cinq axes, 28 orientations et 108 actions, avec 10 indicateurs à horizon 2030 :

  • Axe 1 — Pilotage et territoires : comité interministériel de l'ESS, correspondants ESS en région, renforcement des CRESS, soutien aux PTCE et aux tiers-lieux, et valorisation de la responsabilité territoriale des entreprises (RTE).
  • Axe 2 — Financement et investissement : « orange budgétaire » dédié à l'ESS dans les lois de finances, conventions renforcées avec Bpifrance et la Banque des Territoires, sécurisation de la subvention, stabilisation du cadre de la générosité, développement des achats responsables (ASER) et du mécénat de compétences.
  • Axe 3 — Grandes transitions : intégration de l'ESS dans les filières stratégiques (économie circulaire, alimentation durable, énergies renouvelables citoyennes), soutien à la reprise coopérative d'entreprises.
  • Axe 4 — Attractivité et influence : marque ESS, éducation à l'ESS, capitale française de l'économie sociale et solidaire.
  • Axe 5 — Rayonnement européen et international : défense des positions françaises dans le futur cadre financier européen, sécurisation des modèles mutualistes et coopératifs.

 

Objectifs à 2030 : porter l'ESS de 13,7 % à 15 % de l'emploi privé, faire passer les structures ESUS de 2 896 à 3 500, multiplier par dix les dons collectés via le Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS), ce livret d'épargne réglementé qui permet de flécher une partie de son argent vers des projets de l'ESS.

Ce qui manque encore, selon les acteurs

Interrogés par Carenews, le délégué général d'ESS France, Antoine Détourné, et le président de l'Udes, David Cluzeau, saluent un texte nettement amélioré par rapport à sa première version. En revanche, ils pointent l'absence d'objectifs précis et de financements dédiés, notamment pour les CRESS, qui n'obtiennent aucun moyen supplémentaire.

David Cluzeau ajoute deux angles morts : les associations, qui représentent 80 % des structures de l'ESS, restent sous-traitées dans le texte, et la taxe sur les salaires (réclamée en réforme depuis des années) n'a pas été intégrée aux 108 actions.

Ce que cela signifie pour les entreprises

Cette stratégie fixe un cap, avec une clause de revoyure en 2030. Sa réussite dépendra des budgets votés chaque année plus que du texte lui-même. En attendant, deux actions précises, situées dans deux axes différents, retiennent particulièrement notre attention chez Soqo*.

La première se trouve dans l'axe 1, à l'action « valoriser la responsabilité territoriale des entreprises » (RTE). Le texte y définit la RTE comme une relation mutuellement bénéfique entre l'entreprise et son écosystème territorial (collectivités, habitants, associations, acteurs économiques locaux), fondée sur l'idée que la pérennité d'une entreprise est indissociable de la vitalité de son territoire. L'État y prévoit d'encourager un dialogue structuré entre ESS et économie conventionnelle, d'accompagner les entreprises dans cette transformation, et même de valoriser la RTE dans l'attribution de certains financements publics et marchés publics.

C'est un changement de focale que nous observons déjà sur le terrain : de plus en plus d'entreprises ne demandent plus « comment limiter notre impact ? » mais « que construisons-nous avec le territoire qui nous accueille ? ».

La seconde se trouve dans l'axe 3, à l'action consacrée au développement du mécénat de compétences. Le texte le définit comme un don en nature : une entreprise met à disposition d'une structure de l'ESS le temps de travail de ses collaborateurs, sur un projet d'intérêt général. Un dispositif qui donne accès à des ressources structurantes (conseil stratégique, RH, communication, transformation numérique) que beaucoup d'associations ne pourraient mobiliser autrement, mais qui reste, selon le texte, l'apanage des grandes entreprises : 46 % des grandes entreprises mécènes y ont recours, contre seulement 12 % des PME et 4 % des ETI. Un écart que la stratégie entend justement combler.

Ce sont précisément ces deux logiques, l'ancrage territorial et le mécénat de compétences, que nous voyons se structurer, année après année, chez les entreprises que nous accompagnons. Chez Soqo*, nous les concevons à travers deux activités : la conception de projets à impact avec des entreprises, et l'accompagnement de maisons de luxe et d'agences événementielles vers des événements plus responsables.

C'est de cette double pratique, et des relations tissées avec le monde associatif qu'elle suppose, qu'est né en 2024 Le Qlub : un réseau d'associations engagées, pensé comme un pont structurant entre le monde associatif et celui de l'entreprise plutôt que comme une liste de bénéficiaires ponctuels.

Concrètement, cela va de projets d'ancrage territorial de long terme, à l'éco-conception d'événements en amont (choix des matériaux, des prestataires, sourcing responsable), jusqu'à la redistribution, aux associations du Qlub, des matériaux et décors qui finissaient en benne après un événement : une forme de mécénat en nature qui ne dit pas son nom, mais qui répond à la même logique que celle que la stratégie cherche à généraliser.

Ceci étant dit, ce sera intéressant d'observer, dans les mois qui viennent, si cette stratégie se traduit par de réelles évolutions sur le terrain ou si l'écart entre les intentions et les moyens, déjà visible au moment du vote, continue de se creuser.

Une bonne nouvelle, en somme : ces dynamiques n'ont pas besoin d'attendre un décret pour se déployer, et c'est peut-être elles, plus que le texte lui-même, qui donneront corps à l'ambition de 2030.

 

Vous êtes dirigeant, responsable RSE ou acteur associatif et souhaitez construire une collaboration concrète et ancrée dans votre territoire ?
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