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Par Télémaque - Publié le 10 avril 2026 - 11:28 - Mise à jour le 10 avril 2026 - 12:13
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Le mentorat pour favoriser les choix d'orientation des jeunes - 3 questions à Agathe Gabillaud

Le mentorat peut-il réellement briser l'autocensure des élèves issus de milieux modestes ? Agathe Gabillaud, docteure en psychologie sociale, vient de consacrer sa thèse à l'impact de cet accompagnement sur les choix d'orientation. En comparant les trajectoires de jeunes suivis par l'association Télémaque à celles d’un groupe témoin, ses travaux apportent une preuve scientifique de l'efficacité du dispositif. Elle revient pour nous sur son parcours et ses résultats.

3 questions à Agathe Gabillaud
3 questions à Agathe Gabillaud

Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser au mentorat ?

Je me suis intéressée dès la licence aux inégalités sociales. En master, j’ai pu valider mon titre de psychologue après deux stages dans des associations de mentorat. Le mentorat étant une approche de plus en plus valorisée par les politiques publiques en France, j’ai donc voulu poursuivre dans la recherche pour étudier son impact sur l’orientation scolaire des jeunes.

J’ai fait une thèse CIFRE en partenariat avec l’association Télémaque et le Laboratoire de Psychologie et d’Ergonomie Appliquées (LaPEA) à l’Université Paris-Cité sous la direction de Laurent Sovet, Maître de conférences, et Franck Zenasni, Professeur des universités. Ma thèse se situe au croisement de mon expérience en tant que chercheuse en psycho-sociale et des problématiques concrètes rencontrées par Télémaque autour de l’orientation des jeunes issus de milieux modestes. La particularité de ce programme est aussi qu’il accompagne les jeunes sur le long terme, ce qui est propice pour suivre les jeunes tout au long de leur parcours scolaire.

Pourquoi l’autocensure touche-t-elle particulièrement les jeunes issus de milieux modestes ?

L’autocensure est un mécanisme par lequel le jeune va limiter ses choix d’orientation par anticipation d’un échec. Au cœur de ce phénomène, il y a ce qu’on appelle l’auto-efficacité, ou sentiment d’efficacité personnelle, théorisé par le psychologue Albert Bandura en 1982. C’est la croyance qu’on a en sa propre capacité à réussir dans un domaine précis. Un jeune peut se dire « je ne peux pas postuler en école d’ingénieur parce que je ne suis pas le meilleur de ma classe en maths ».  

Les jeunes de milieux modestes sont exposés à ce phénomène parce qu’ils cumulent un faisceau de pressions : les représentations sociales associant certaines filières à certains milieux, un sentiment de décalage par rapport à des pairs perçus comme plus favorisés culturellement, etc.

Comment le mentorat déjoue les mécanismes d’autocensure ?

Le mentorat agit sur plusieurs leviers et c’est ça qui le rend efficace.

Le 1er levier c’est l’ouverture socioculturelle. Quand un jeune participe à des sorties culturelles, rencontre des professionnels de secteurs variés, fréquente d’autres environnements, il déconstruit ses représentations de ce qui est « pour lui » ou « pour les autres ». L’étude révèle que les jeunes Télémaque qui se sentent très à l’aise culturellement obtiennent une moyenne générale jusqu’à 3 points supérieure à celle des jeunes du groupe témoin qui ne se sentent pas du tout à l’aise culturellement.

Le 2ème levier se situe dans des choix d’orientation plus ambitieux. Les jeunes accompagnés par Télémaque s’orientent davantage vers des études longues et des parcours sélectifs. 82% d’entre eux envisagent au moins un bac+3, contre 55% dans le groupe contrôle, et 50% visent un bac+5, contre seulement 27% des jeunes du groupe contrôle.

Nous avons aussi observé que l’effet du mentorat se voit sur les inégalités de genre : 39% des filles suivies par Télémaque s’orientent vers des filières scientifiques contre 26% dans le groupe contrôle.

 

Pour aller plus loin, retrouvez l'interview d'Agathe Gabillaud pour l'Académie MEDEF.

 

Méthodologie de l'étude
L’étude d’Agathe Gabillaud a été menée de novembre 2023 à juin 2024. Ont été comparés : un groupe de jeunes accompagnés par Télémaque (553 filleuls et 148 Alumni Télémaque soit 27% des filleuls et 19% des Alumni) et un groupe contrôle. Ce groupe contrôle composé de 761 jeunes présente des caractéristiques similaires (âge, niveau scolaire, type d’établissement fréquenté, etc.) à celles des jeunes accompagnés par Télémaque. La marge d’erreur est de 3,5% ; la recherche admet généralement des taux autour 5%.
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