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Par Carenews INFO - Publié le 25 mai 2026 - 17:54 - Mise à jour le 25 mai 2026 - 17:59 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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Grande distribution : des pratiques épinglées par un rapport sénatorial

Les sénateurs pointent des relations commerciales déséquilibrées dans le secteur de la distribution alimentaire, entraînant des conséquences négatives à la fois sur les producteurs et les consommateurs. Plusieurs associations appellent à des mesures concrètes.

Les parlementaires ont mené 189 auditions auprès de représentants des consommateurs, spécialistes de la grande distribution, filières de producteurs, syndicats agricoles et pouvoirs publics. Crédit : iStock / 4045
Les parlementaires ont mené 189 auditions auprès de représentants des consommateurs, spécialistes de la grande distribution, filières de producteurs, syndicats agricoles et pouvoirs publics. Crédit : iStock / 4045

 

La commission d’enquête du Sénat sur les marges des entreprises de la grande distribution et de ses fournisseurs a adopté son rapport le 19 mai. Depuis la constitution de la commission d’enquête le 10 décembre 2025, les parlementaires ont mené 189 auditions auprès de représentants des consommateurs, spécialistes de la grande distribution, filières de producteurs, syndicats agricoles et pouvoirs publics. Ils pointent « des tensions importantes » dans le secteur marqué par « un véritable rapport de force entre industriels et distributeurs qui tournent de plus en plus à l’avantage de ces derniers ».  

  

Une concentration de la grande distribution 

  

Premier constat, le secteur de la grande distribution est de plus en plus concentré. « Des restructurations majeures sont lancées par les survivants de la "guerre des prix" qui fait rage entre les réseaux, en particulier dans les années 2010-2019 », soulignent les auteurs du rapport. De 120 en 1968, le nombre de distributeurs est passé à 8 en 2024. Cinq groupes (Leclerc, Carrefour, Intermarché, Coopérative U et Auchan) détiennent plus de 80 % des parts du marché national, et trois centrales d’achat européennes négocient avec 400 000 exploitations agricoles et 23 000 entreprises industrielles, dont 98 % de PME-ETI.  

 


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Cette concentration joue en faveur des acteurs de la grande distribution, notent les sénateurs. « Leur influence sur la structuration de ce marché et plus largement sur le secteur agroalimentaire est d'autant plus significative que la grande distribution continue de concentrer la majorité des dépenses alimentaires des Français, et ce en dépit de l'émergence de nouveaux acteurs », analysent-ils.  

 

Des stratégies commerciales parfois néfastes 

  

Dans ce contexte, les sénateurs relèvent l’emploi de « méthodes de négociation assises sur la menace, l’intimidation et la contrainte », comme des menaces de diminution de commandes ou de déférencement, y compris sur des entreprises fournissant des produits frais et donc particulièrement vulnérables. Certaines stratégies commerciales, notamment des services commerciaux facturés aux industriels, accentuent quant à elles la déconnexion entre le prix affiché et le coût réel du produit

Les marges appliquées peuvent varier du simple au double pour un même produit, selon son mode de production. Par exemple, 20 % de la valeur d’une boîte de six œufs de poules élevées en cage revient à l’éleveur, contre 6,2 % pour des poules élevées au sol, 4,6 % en plein air et 0 % pour des œufs bios.  

 


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Des conséquences pour les producteurs et les consommateurs 

  

« Au-delà de la masse salariale, qui explique une partie des écarts de marge brute entre produits et rayon, la commission a pu relever que certains produits d'appel (grandes marques, produits de consommation courante) se voient appliquer des marges très faibles, voire nulles, quand, d'autres produits, moins sensibles au prix ou moins comparables, supportent des marges élevées », indiquent les sénateurs. « Si ce système permet d'attirer les consommateurs en maintenant une “image prix” compétitive, il est régulièrement critiqué notamment par les associations de consommateurs, car il conduirait les produits transformés à être mis en vente avec un taux de marge commerciale faible, voire nul, et à “sur-marger" des produits frais (ex : fruits et légumes) », appuient-ils. 

De plus, le déséquilibre se répercute sur la répartition de valeur. Selon le rapport, 40 % de la valeur de la chaîne alimentaire revient ainsi à la grande distribution contre 8 % aux agriculteurs,14 % aux industriels et transformateurs et 35 % aux importations. La position des forces des distributeurs « ne semble pas avoir d’effet favorable automatique sur le pouvoir d’achat des consommateurs », notent en outre les membres de la commission d’enquête.  

  

L’appel des associations à agir 

  

Pour résoudre ce déséquilibre, les sénateurs formulent 24 propositions « destinées à opérer un rééquilibrage indispensable pour l'avenir de notre agriculture et de notre industrie agroalimentaire ». Elles portent notamment sur l’accroissement de la transparence, la révision de la définition de la dépendance économique ou encore le renforcement du rôle de l’Observatoire français des prix et des marges (OFPM). 

De leur côté, 37 associations, dont Foodwatch, Familles rurales, Action contre la faim ou encore Greenpeace appellent à rendre obligatoire la vente en supermarché de 100 produits sains à prix coûtant par une loi d’urgence. « Cette mesure, concrète et réaliste, est nécessaire dans un contexte où manger sainement est devenu un luxe pour de trop nombreuses personnes. En France, une personne sur trois déclare sauter un repas par faute de moyens », dénoncent-elles.  

Elles saluent les propositions des sénateurs visant à rendre publique, chaque année, la comparaison entre l’évolution des prix de vente aux consommateurs et celle des tarifs négociés avec les fournisseurs ; à accroître la transparence sur les marges de la grande distribution sur les produits bruts, voire sur les produits transformés labellisés (bio, AOP, Label rouge) ainsi qu’à renforcer le rôle de l’OFPM.  

« Les conclusions de la commission d’enquête sénatoriale tombent à pic. Mais il faut aller beaucoup plus loin, avec des mesures concrètes et urgentes », appellent-elles.

 

Élisabeth Crépin-Leblond 

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