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Par Carenews INFO - Publié le 24 juin 2026 - 14:00 - Mise à jour le 24 juin 2026 - 14:00 - Ecrit par : Camille Dorival
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10 ans de Label Emmaüs : une alternative sociale et solidaire face aux géants du numérique

Depuis 2016, Label Emmaüs, boutique en ligne du Mouvement Emmaüs, offre une alternative éthique et solidaire aux géants du e-commerce. La structure a déjà créé plus de 1 000 emplois, formé 4 000 personnes aux métiers du digital et permis le réemploi de 2,3 millions d’objets.

L'équipe de Label Emmaüs et ses partenaires réunis pour les 10 ans de la structure, le 18 juin 2026 à l'Académie du climat, à Paris. Crédit : Carenews.
L'équipe de Label Emmaüs et ses partenaires réunis pour les 10 ans de la structure, le 18 juin 2026 à l'Académie du climat, à Paris. Crédit : Carenews.

 

 

« Merci à tous ceux qui ont cru en la capacité de l’économie sociale et solidaire de partir à l’assaut du Web et de proposer une alternative crédible aux grandes plateformes numériques. » C’est avec ces mots que Maud Sarda, présidente du directoire, entame les festivités qui marquent les 10 ans de Label Emmaüs.

Créé en 2016 sous forme de société coopérative d’intérêt collectif (Scic), Label Emmaüs est la boutique en ligne du Mouvement Emmaüs. Y sont vendus à bas prix des objets de seconde main collectés par Emmaüs mais aussi par des partenaires de l’ESS, comme des ressourceries, des antennes de la Croix-Rouge, du Secours catholique ou de Territoires zéro chômeur de longue durée. Les objets sont sélectionnés, mis en ligne, emballés et envoyés par des salariés en parcours d’insertion.

 

1 000 emplois créés, 2,3 millions d’objets réemployés

 

« En 10 ans, nous avons créé plus de 1 000 emplois, dont la moitié en parcours d’insertion, et permis le réemploi de 2,3 millions d’objets », se félicite Maud Sarda. « Nous avons également formé 4 000 personnes, dans nos entrepôts logistiques, sur notre marketplace, mais aussi à travers nos écoles, qui forment gratuitement des demandeurs d’emploi aux métiers du e-commerce. » La coopérative compte en effet désormais trois écoles formant aux métiers du digital, à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), à Marseille et à Roubaix. Une quatrième école doit ouvrir prochainement à Lyon. 

« Emmaüs est le premier acteur du réemploi en France, avec 300 structures qui composent le mouvement et 500 points de vente, rappelle Tarek Daher, le délégué général d’Emmaüs France. Il était donc logique que nous nous posions, il y a 10 ans, la question du numérique. »

 


Lire également : « Nous sommes convaincus que notre modèle est plus pertinent que jamais », Tarek Daher, délégué général d’Emmaüs France 


 

« Nous avions toutes les raisons d’aller dans le mur »

 

Pourtant, la création de Label Emmaüs n’a pas été évidente. « Il y a eu beaucoup de résistances au sein du mouvement », se remémore Tarek Daher. Essentiellement pour deux raisons, estime-t-il. « D’abord parce que le gâteau du réemploi n’est pas énorme, que beaucoup de concurrents sont apparus depuis dix ans, et que tout nouvel acteur inquiète ». Ensuite, Emmaüs « se revendique comme un mouvement de la rencontre, ce qui est contradictoire avec l’idée d’une plateforme en ligne », souligne-t-il.

« Nous avions donc toutes les raisons d’aller dans le mur, fait-il remarquer. À cause de ces résistances, mais aussi parce que nous incarnons David contre Goliath dans l’univers du numérique, et parce que les consommateurs sont habitués à des expériences utilisateurs parfaites, qui demandent de gros investissements que nous n’avons pas les moyens de financer ».

« Le numérique, c’est la loi du plus fort et des pratiques les plus indignes, contre lesquelles on n’arrive pas à légiférer, comme l’a montré les discussions récentes autour de la proposition de loi anti fast-fashion », abonde Maud Sarda. « Et pourtant, nous avons prouvé qu’un modèle fondé sur la solidarité et l’inclusion était viable, malgré la concurrence sévère du Bon coin, d’Amazon ou de Vinted ». Elle ajoute que le taux de satisfaction des clients est très élevé, avec un score moyen de 9,1 sur 10. « Nous enregistrons moins de 4 % de rétractation sur les objets que nous vendons », souligne-t-elle également.

 

Des pionniers sur le numérique

 

Label Emmaüs n’est pas la seule activité du Mouvement Emmaüs en lien avec le numérique. Depuis 2013, Emmaüs Connect a pour mission d’accompagner les personnes en difficulté avec les outils numériques. Créée en 1992, l’entreprise d’insertion Les Ateliers du bocage, également membre du mouvement, collecte et reconditionne des smartphones et ordinateurs.

« Nous avons été pionniers sur le numérique », résume Tarek Daher. « Nous avons fait de la Tech for good sans la nommer ainsi, en utilisant de la technologie pour faire du bien. »

Dix ans après sa création, Label Emmaüs continue d’innover et anticipe une nouvelle étape importante pour se développer : en 2027, la boutique en ligne s’ouvrira aux particuliers. Ceux-ci pourront y vendre des objets de seconde main, avec la possibilité de reverser tout ou partie de leurs gains à la plateforme solidaire.

 

Camille Dorival 

 

Emmaüs s’engage contre l’extrême droite

« S’il y a un principe sur lequel nous n’avons jamais flanché, c’est notre engagement contre l’extrême droite. Nous avons toujours affirmé cet engagement, même si cela a pu nous faire perdre quelques contrats », souligne Maud Sarda.

De même, Emmaüs France a voté, lors de sa dernière assemblée générale, en juin 2026, une motion contre l’extrême droite. « L’extrême droite représente […] une véritable menace pour l’avenir du Mouvement (coupes dans les budgets des politiques publiques d’insertion et d’hébergement d’urgence, refus d’agréments publics, etc.) mais aussi et surtout pour les personnes accueillies au sein de ses structures (personnes exilées, personnes en situation de précarité) », estimait la structure dans un communiqué de presse daté du 15 juin.

En votant cette motion, le mouvement s’engage à inciter activement les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales et à voter, à « dénoncer l’imposture sociale » représentée par l’extrême droite, à « dénoncer les préjugés stigmatisant la pauvreté et promouvoir un modèle de société accueillante, solidaire et écologique ».

« Dans un contexte d'extrême droitisation des idées au sein de la société, nous observons déjà les conséquences sur les personnes en situation de précarité, les libertés associatives et les politiques publiques de lutte contre la pauvreté. Il était primordial qu'un mouvement de solidarité tel qu'Emmaüs se positionne et participe à la bataille culturelle pour défendre et promouvoir un modèle de société plus solidaire et écologique, qui profite à toutes et tous », a déclaré Bruno Morel, président d’Emmaüs France, à l’issue de l’assemblée générale.

 

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