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Par Carenews INFO - Publié le 14 avril 2026 - 17:22 - Mise à jour le 14 avril 2026 - 17:43 - Ecrit par : Léanna Voegeli
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46 % des Français font face au racisme, selon une étude

Réalisé par l’Ifop pour la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), le sondage dresse un état des lieux des violences et des discriminations à caractère racial en France.

Selon le sondage de l'Ifop réalisé pour la Licra, certaines victimes de discriminations raciales mettent en place des stratégies d'évitement. Par exemple, 39 % ont évité certaines rues ou zones. Crédit : iStock
Selon le sondage de l'Ifop réalisé pour la Licra, certaines victimes de discriminations raciales mettent en place des stratégies d'évitement. Par exemple, 39 % ont évité certaines rues ou zones. Crédit : iStock

 

Près d’un Français sur deux (46 %) déclare avoir déjà été victime d’agressions ou de discriminations à caractère raciste au cours de sa vie. C’est ce que révèle une étude de l’Ifop réalisée pour la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Publiée le 9 avril, elle dresse un état des lieux des violences et des discriminations à caractère racial en France. 

« Ce chiffre global recouvre trois profils distincts : 14 % ont été victimes uniquement d’agressions, 8 % uniquement de discriminations, et 24 % ont subi les deux formes cumulées - ce qui signifie qu’une victime sur deux a été exposée simultanément à des violences et à des traitements injustes dans l’accès aux droits ou aux services », précisent les auteurs de l’étude. 

24 % des sondés ont fait l’expérience d’un comportement raciste au cours des cinq dernières années. Sur les douze derniers mois, 15 % confient avoir subi au moins une forme de discrimination raciale.   

Les minorités visibles majoritairement touchées 

 

Les formes d’expression de l’agression raciste sont dominées par les atteintes verbales : moqueries ou propos vexants (25 %), insultes (24 %), menaces (14 %). Les vols et les dégradations (11 %) ainsi que les violences physiques (9 %) font partie des autres atteintes. En matière de discrimination, la tenue vestimentaire et le look (14 %) est le premier motif évoqué, « devant les origines ethniques ou culturelles (12 %), la région ou le pays d’origine (12 %), le nom ou le prénom (11 %) et la couleur de peau (10 %). » 

L’exposition aux violences et discriminations racistes touche majoritairement les minorités visibles : elle concerne 80 % des personnes perçues comme « noires », 70 % de celles perçues comme « arabes » et 60 % des personnes « métisses », contre 39 % des personnes perçues comme « blanches »

« La part des personnes perçues comme “noires” ayant subi une agression raciste dans leur vie (49 %) est deux fois et demie plus élevée que celle des personnes perçues comme “blanches” (19 %). Cette surexposition des minorités visibles se manifeste avec une acuité particulière pour les violences physiques et les menaces, où les personnes perçues comme “noires” ou “arabes” sont exposées à des taux deux à trois fois supérieurs à ceux de la population blanche », détaillent les auteurs du sondage. 

« Les “blancs” qui ont des origines sont bien plus susceptibles d’avoir vécu des discriminations. Quand seuls 6 % des “blancs” Français de naissance disent avoir vécu des discriminations sur leurs lieux de travail, c’est le double chez les non-Français de naissance », peut-on également lire. 

Une exposition marquée chez les 15-17 ans 

 

L’étude désigne l’appartenance religieuse comme le deuxième facteur de surexposition à ces violences. Les musulmans (79 %) et les juifs (69 %) présentent les taux les plus élevés, « devant les bouddhistes (64 %) et les protestants (57 %), tandis que les catholiques (43 %) se situent en deçà de la moyenne nationale. » « Si 24 % des musulmans disent avoir subi des discriminations en raison de leur tenue, c’est le cas chez 41 % de ceux portant un vêtement religieux. Cette discrimination basée sur les marqueurs visibles de religiosité s’exprime notamment dans le quotidien des musulmans portant des vêtements religieux. Par exemple, ils sont deux fois plus nombreux à déclarer subir des discriminations dans les transports (37 % contre 18 %). » 

En matière d’espaces d’exposition au racisme, le milieu scolaire arrive en première position pour 11 % des sondés, qui ont fait l’objet de discriminations au sein de leur établissement. Cette proportion atteint 35 % des personnes perçues comme « arabes » et 34 % de celles perçues comme « est-asiatiques ».  

Aussi, « 18 % des victimes de discriminations en milieu scolaire ont déjà changé d’établissement en raison de ces risques, dont 31% des juifs. » L’Ifop souligne la précocité de cette exposition. Selon l’étude, 27 % des 15-17 ans ont déjà été victimes de discriminations raciales en milieu scolaire. Cette prédominance chez les jeunes « est encore plus marquée parmi ceux issus de groupes minoritaires : 46 % chez ceux perçus comme “est-asiatiques” et 41 % chez les musulmans. » 

Autre grand théâtre des discriminations raciales : le milieu professionnel. 10 % des interrogés confient avoir fait l’objet de tels traitements dans le monde du travail. Cela concerne 30 % des personnes perçues comme « noires » et 28 % de celles perçues comme « arabes »« 26 % des victimes ont déjà changé d’employeur en raison de ces risques, dont 36 % des musulmans [...]. Les discriminations sur le lieu de travail sont encore plus fortes parmi les actifs : 35 % chez les personnes perçues comme “« noires” » et 33 % chez les musulmans », expliquent les auteurs du sondage.  

Un fort impact sur la santé mentale des victimes 

 

Pour se protéger des risques de racisme, 52 % des victimes déclarent avoir adopté des comportements d’évitement. C’est notamment le cas de 81 % des victimes juives. Par exemple, 39 % se sont mis à l’écart de certaines rues ou zones, mais aussi 19 % ont évité d’afficher une apparence susceptible de révéler leurs origines. Aussi, 9 % ont renoncé à se rendre un commissariat alors qu’ils en avaient besoin.  

« L’évitement des espaces publics touche des profils très différents avec la même intensité : 58 % des victimes juives et 43 % des personnes se percevant comme “blanches” ont évité certaines rues ou zones - révélant des différentes géographies du sentiment d’insécurité raciste qui traversent l’ensemble du spectre ethno-religieux de la société française », peut-on lire. 

Les violences et discriminations raciales ont des conséquences « profondes et durables », notamment sur la santé mentale des concernés. Parmi les victimes, 24 % ont fait part de périodes d’anxiété ou d’états dépressifs. Ces états concernent 47 % des personnes juives. 7 % des sondés confient avoir déjà eu des pensées suicidaires, chiffre qui atteint 15 % chez les juifs. 

Autre fait notable : l’envie de quitter la France concerne 22 % des victimes, « une proportion qui atteint 55 % chez les victimes juives et 30 % chez les victimes d’agressions physiques »« Chez ceux qui ont vécu une agression physique les chiffres sont encore plus importants : 67 % pour les juifs et 54 % pour les musulmans. » 

 

Léanna Voegeli 

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