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Par Carenews INFO - Publié le 13 mai 2026 - 10:59 - Mise à jour le 13 mai 2026 - 11:08 - Ecrit par : Célia Szymczak
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À l’ENS, 200 élèves et chercheurs demandent l’arrêt du mécénat des entreprises fossiles, d’armement et phytosanitaires 

Dans une pétition, un collectif interne appelle l’École normale supérieure (ENS) à cesser ses partenariats avec des entreprises appartenant à certains secteurs. Les signataires exigent aussi une plus grande transparence sur ces liens, ainsi que la fin des contreparties accordées aux entreprises.

La direction de l'ENS assure que l'indépendance de la recherche est garantie. Crédit : iStock.
La direction de l'ENS assure que l'indépendance de la recherche est garantie. Crédit : iStock.

 

Des étudiants et chercheurs de l’ENS se mobilisent contre les financements apportés par des entreprises à cette grande école publique, qui forme aux métiers de l’enseignement et de la recherche. Le collectif Transparens porte une pétition intitulée « L’ENS n’est pas à vendre », dans laquelle il met en cause une « mise sous dépendance des multinationales ». Il revendique 220 signatures « dont 30 % de chercheur·euses », sur environ 2 900 étudiants et 650 enseignants-chercheurs. 

Dans son viseur en particulier : les « chaires de mécénat », des projets de recherches financés par les entreprises. Ces « ingérences survalorisent certains objets de recherche déséquilibrant le paysage intellectuel au profit des thèmes porteurs d’une certaine vision du monde », considère Transparens. Ses membres pointent par exemple la « chaire espace », financée par neuf mécènes dont des entreprises de l’armement, « avec pour mission de redorer l'image de la conquête spatiale, et subtilement des enjeux stratégiques donc militaires qui y sont associés ». 

 


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Des sujets de recherche « fléchés » 

 

« L'ENS rejoint une longue liste d'établissements qui perdent peu à peu en indépendance, à mesure que les partenaires privés imposent leur récit », abonde le collectif Eies – pour « entreprises illégitimes dans l’enseignement supérieur ». Ce dernier « cartographie les liens d’influence des entreprises privées dans l’enseignement supérieur ». Dans un communiqué diffusé fin avril, il soutient et relaie les revendications exprimées. Les chaires sont « plus perméables à l'influence des mécènes que le serait une unité de recherche classique, avec de nombreux sujets de recherche fléchés par les grandes entreprises », détaille Eies. La recherche est financée à 80 % par des ressources propres, répond la direction de l’ENS.  

À l’école de la rue d’Ulm, les fonds apportés par les entreprises financent également d’autres actions, notamment des bourses. En 2025, 4,8 millions d’euros de dons ont été collectés par la Fondation de l’ENS, dont 2,3 millions auprès des entreprises. 

 

La fin des contreparties exigée  

 

Dans sa pétition, Transparens demande « la transparence totale sur les partenariats de l’ENS et les activités de la fondation ».  

Le collectif exige également l’exclusion « systématique des partenariats » avec les entreprises de l’armement, de l’industrie fossile et des phytosanitaires, ce qui intègre selon lui « les banques, assureurs et fonds d’investissement associés ». Il s’oppose également aux partenariats avec des entreprises condamnées par la justice, pour des faits de corruption ou d’atteinte à l’environnement par exemple. 

Transparens appelle en outre à « la non-reconduction des mandats des membres du conseil d'administration issus du privé lucratif » et à « l’arrêt des contreparties offertes aux entreprises ». En effet, les dons réalisés par des entreprise ouvrent droit à une contrepartie de la part des organisations recevant les dons, de façon limitée et encadrée par la doctrine fiscale. Concrètement, il peut par exemple s’agir en fonction du montant, d’un logo apposé sur des supports de communication ou d’une invitation à des événements pour rencontrer les chercheurs. 

 

 Un « travail en cours » à l’ENS 

 

Contactée, la direction de l’ENS indique qu’elle « ne partage pas l’idée (exprimée dans la pétition) que toute forme de collaboration avec des partenaires privés poserait problème. Les liens avec le monde socio-économique sont en accord avec les missions de l’école et contribuent aux relations nécessaires entre science et société. » 

« Le mécénat est encadré pour garantir toute l’indépendance de la recherche », assure-t-elle. « L’ENS procède à la communication des conventions [des] chaires, dans les cadres et les procédures adéquats. Une demande en ce sens d’une association étudiante est en cours de traitement », ajoute la direction de l’école, tout en déclarant se tenir « à la disposition de sa communauté pour discuter avec elle des sujets qui la préoccupent ». Une réunion a eu lieu entre la direction et Transparens, qui n’a pas souhaité commenter.  

« Des procédures et des référents existent déjà et un travail est en cours » avec le conseil d’administration et le conseil scientifique de l’école « pour préciser encore les critères d’acceptabilité du mécénat d’ici l’été », indique enfin la direction.  

 

Célia Szymczak 

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