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Par Carenews INFO - Publié le 7 juillet 2022 - 14:00 - Mise à jour le 7 juillet 2022 - 15:50 - Ecrit par : Lisa Domergue
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Activisme climatique, une histoire de famille

Mathilde, sa sœur et sa mère militent, en famille, depuis plus de trois ans. Pour Carenews, elles reviennent sur leur engagement, leurs convictions et leur détermination.

La marche du siècle, qui a eu lieu le 16 mars 2019, a réuni entre 145 000 et 350 000 manifestants. Crédit photo : Carenews.
La marche du siècle, qui a eu lieu le 16 mars 2019, a réuni entre 145 000 et 350 000 manifestants. Crédit photo : Carenews.

 

28 août 2018 au micro de France Inter. Le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, démissionne en direct. Celui qui « ne veut plus [se] mentir » explique alors : 

On s’évertue à entretenir un modèle économique, cause de tous ces désordres climatiques. (…) Nous faisons des petits pas et la France en fait beaucoup plus que d’autres pays, mais est-ce que les petits pas suffisent… la réponse est non.

Surprise générale, que Léa Salamé peine à cacher. Pour la famille Caillard, c’est un véritable « déclic », comme le raconte Mathilde, la cadette de 24 ans, en alternance chez Greenpeace. Sa mère, Véronique, psychologue à la retraite, se souvient : « Je me suis dit que s'il n’y a même plus ce ministre, auquel on croyait à l’époque, qui est là pour agir, cela devient catastrophique. »  

Des marches pour le climat à la désobéissance civile

Action, réaction. Elles décident de se joindre, avec Pauline, l’aînée, à l’une des premières marches pour le climat. « Ma sœur aînée a souhaité regarder les collectifs organisateurs pour rejoindre les groupes d’actions », poursuit Mathilde. 

C’est ainsi que Pauline rejoint Alternatiba, un collectif citoyen engagé pour le climat et la justice sociale. Petit à petit, Véronique et Mathilde aussi intègrent le mouvement. Pour « filer un coup de main » au début. Un peu de couture et la fabrication de masques « orang-outan » en papier mâché pour une action contre le géant pétrolier Total. Plus tard, elles participent à des actions de désobéissance civile.

Il n’est pas rare que Mathilde, Pauline et Véronique se retrouvent sur les mêmes mobilisations. Mathilde se souvient par exemple de celle baptisée « la République des pollueurs ». En avril 2019, près de 2 000 militants ont bloqué les tours d’EDF, Total, la Société Général et le ministère de la Transition écologique à la Défense : 

Ma mère était référente d’un groupe à la tour EDF, ma sœur coordinatrice à la tour Total. Mon père était venu prendre des photos et voir d’une tour à l’autre ce qu’il se passait. De mon côté, j’avais mes partiels à côté, à Dauphine, et entre deux examens, je suis passée à la Défense pour participer à l’action.

Une famille « atypique »

Une famille comme celle des Caillard ne passe pas inaperçue. Presque quatre ans plus tard, les trois femmes semblent être devenues les véritables mascottes de l’association. « La Base [l’ancien QG d’Alternative qui a récemment fermé], c’est un peu le prolongement de la famille », illustre Mathilde avec un sourire. « On est perçue comme une famille atypique, surtout que de nombreux militants sont en conflit ou en rupture familiale par rapport à leur engagement. »

Cet engagement ne s’arrête d’ailleurs pas aux portes de La Base. La « maison familiale », située en proche banlieue parisienne, est devenue un repère qui accueille et reçoit certaines réunions activistes. L’engagement de Mathilde, Pauline et Véronique s’infuse dans les discussions familiales. Par contre, lorsqu’une action s’organise, hors de question d’en parler, précise Véronique : « Pour des questions de sécurité, c’est très cloisonné et chacune respecte cette confidentialité. »

Engagées de mère en filles 

La démission de Nicolas Hulot a été un catalyseur de l’engagement militant de la famille Caillard, mais les parents de Mathilde et Pauline étaient déjà très sensibilisés aux questions environnementales, climatiques et sociales, « à une époque où ce n’était pas encore mainstream de parler d’écologie », ironise Mathilde. Par exemple, en 2005, Véronique et son mari ont participé à la création du mouvement pour la décroissance à Dijon. 

Mathilde et Pauline sont donc tombées dans l’engagement quand elles étaient petites. Enfants déjà, leurs parents les amenaient manifester pour le 1er mai. « Ils nous ont aussi emmenés en poussette quand il y a eu une manifestation de soutien aux sans-papiers de l’église Saint-Bernard », se souvient la cadette.

« Soutenir les jeunes générations »

L’engagement de Véronique ne date pas d’hier, mais qu’est-ce qui la motive à donner de son temps et de son énergie pour militer auprès de ses filles ? Pour l’ancienne psychologue, « il n’y a pas d’autres solutions, c’est vital »

Je ne suis plus toute jeune, mais quand je vois les jeunes se mobiliser et se désespérer de la non-réactivité du gouvernement, j’ai envie d’être à leurs côtés et les soutenir du plus que je peux. Je sais que la lutte est encore longue, que les petites avancées que nous avons sont très précaires, mais il ne faut pas lâcher, il faut continuer !

Espoirs et détermination

Cette jeunesse qui s’engage est-elle optimiste, naïve, désespérée ? Elle est « lucide », constate Véronique. Les résultats aux précédentes élections le prouvent, selon elle. Chez les 18-34 ans, Jean-Luc Mélenchon et son programme écologique et social sont arrivés en tête des votes lors du premier tour de la présidentielle. 

Mathilde aussi est optimiste, mais pour elle, la transition écologique et sociale devra passer par « un mouvement social puissant dans la rue ». Elle illustre sa conviction avec l’exemple de la fermeture du terminal T4 de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle :

Avec Alternatiba, j’avais participé, avec d’autres activistes, à l’éruption sur le tarmac de Roissy pour s’opposer au projet d’extension du terminal T4, un véritable projet climaticide. Cela a abouti, en février 2021, à l’abandon du projet. Le gouvernement s’est félicité pour l’avancée, mais en réalité elle n’aurait pas eu lieu s'il n’y avait pas eu de pression sociale avant.

Lisa Domergue  

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