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Par Carenews INFO - Publié le 3 février 2026 - 12:10 - Mise à jour le 3 février 2026 - 12:27 - Ecrit par : Célia Szymczak
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Boire du café peut-il être durable ?

La production et la consommation de café ont d’importants impacts sociaux et environnementaux. Cependant, il existe des moyens de les limiter, avec des réglementations, et en sélectionnant le café que nous buvons.

Atteintes aux droits humains, dégradation de la biodiversité, pollution des eaux... Les conséquences de la production de café sont nombreuses. Crédit : iStock.
Atteintes aux droits humains, dégradation de la biodiversité, pollution des eaux... Les conséquences de la production de café sont nombreuses. Crédit : iStock.

 

Filtre du matin, expresso de fin de repas, latte à emporter... Le café est largement ancré de nos habitudes. Huit Français sur dix en boivent deux tasses par jour en moyenne, selon un sondage OpinionWay pour Delta cafés.  

« Il y a une contradiction entre des consommations quotidiennes, courantes, répétées des milliards de fois, et des impacts invisibilisés derrière », estime Blaise Desbordes, directeur de Max Havelaar France. Cette ONG, qui porte le label commerce équitable, a commandé à la société Basic un rapport sur l’impact social et environnemental des produits importés, dont le café, avec Greenpeace et l’Institut Veblen.  

Des violations des droits humains 

 

Publié en avril, celui-ci met d’abord en lumière le caractère « problématique » de la filière concernant des questions sociales. Au Brésil, premier producteur mondial – autour de 40 % -, « beaucoup de café, est cueilli dans des conditions qui s’apparentent à du travail forcé selon les définitions du Bureau international du travail », explique Pierre Wolf-Mandroux, auteur de La jungle du café, enquête sur un trafic mondial (Plon, 2025), ouvrage écrit en trois ans, dont une année sur le terrain. « Il n’y a qu’une centaine d’inspecteurs du travail dans le pays », explique-t-il.  

Plusieurs rapports d’ONG décrivent des situations similaires, qui s’étendent dans d’autres pays producteurs : des « violations généralisées du droit du travail dans des plantations de café en Colombie, y compris celles certifiées par les principaux programmes de durabilité », ou l’exposition de « fermiers qui fournissent le café » de Nestlé et Starbucks à « des pratiques opaques, des violations des droits humains et une marginalisation systémique qui perpétue la pauvreté dans les communautés rurales » au Mexique.  

Un accaparement de la valeur 

 

En outre, « la plupart des producteurs de café sont des petits producteurs, et une grande partie d’entre eux ne gagne pas un revenu décent », alerte Pierre Wolf-Mandroux. Le journaliste incrimine directement les multinationales. « Les pays occidentaux ont de gigantesques usines de torréfaction, qui leur permettent de gagner énormément d’argent avec un produit qui ne pousse pas sur leur sol. Sa valeur est multipliée par cinq après cette étap e», dénonce-t-il.  

« Le prix du café augmente : la bonne nouvelle, c’est donc qu’il y a la place pour payer les producteurs correctement », abonde Blaise Desbordes de Max Havelaar, qui dénonce la spéculation.  

 

 « Les pays occidentaux ont de gigantesques usines de torréfaction, qui leur permettent de gagner énormément d’argent avec un produit qui ne pousse pas sur leur sol. Sa valeur est multipliée par cinq après cette étape »

Pierre Wolf-Mandroux, auteur de La jungle du café, enquête sur un trafic mondial

 

Des cultures de « plein soleil » problématiques 

 

Le café fait par ailleurs partie des trois filières d’importation les plus émettrices de gaz à effet de serre, parmi celles analysées dans l’étude du Basic. « La phase de production de café vert [avant la torréfaction] contribue, en fonction des modes de production et de leur intensité, aux alentours de 50 à 60 % de l’impact environnemental total », détaille Cécile Chéron-Bessou, chercheuse au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD). Elle fait partie des auteurs d’un article scientifique faisant la synthèse d’études évaluant l’impact environnemental du café. 

La culture de café a parfois conduit à une déforestation importante, première cause de son impact climatique et responsable de la dégradation des écosystèmes. C’est le cas avec les méthodes dites « de plein soleil », destinée à fournir des rendements importants, en particulier au Brésil.  Ces monocultures sont irriguées, avec une consommation d’eau notable. « Sinon, ce n’est pas possible de maintenir des rendements suffisants », note Cécile Chéron-Bessou. 

Un autre enjeu réside dans l’utilisation d’engrais de synthèse. Ils sont coûteux pour les producteurs, peuvent être fabriqués à partir d’énergies fossiles et conduisent à des pollutions des eaux et des sols. « Dans certaines régions caféières, les concentrations de nitrates dépassent largement les normes de potabilité de l’OMS », pointent notamment les auteurs de l’étude du Basic pour les ONG.  

Dans certaines régions caféières, les concentrations de nitrates dépassent largement les normes de potabilité de l’OMS »

Rapport du Basic pour Greenpeace, Max Havelaar France et l'Institut Veblen, avril 2025

 

Le café vertueux reste peu consommé 

 

Une partie du café est néanmoins cultivé en agroforesterie, sous l’ombrage d’autres arbres. Ces systèmes, en plus de contribuer à la préservation de la biodiversité, limitent la déforestation et l’utilisation d’intrants. Ils « permettent de créer un microclimat et de faire effet tampon sur les variations climatiques », donc d’éviter une trop forte consommation d’eau, indique Cécile Cheron-Bessou. Ces arbres servent parfois à des cultures alternatives – Pierre Wolf-Mandroux cite par exemple des « poivriers, manguiers ou bananiers » -,  qui permettent aux producteurs de « varier leurs revenus ».  

Mais les techniques moins dommageables pour l’environnement ne sont pas majoritaires dans nos achats. « Le café bio et équitable représente à peine 6 % des plus de 300 000 tonnes de café vert consommées en France chaque année », indiquent les auteurs de l’étude du Basic pour les ONG. 

« Le mieux, c’est de ne pas créer de déchet »

 

Une autre étape importante a lieu après la récolte. En général, le café est soit séché au soleil ou plus rarement dans des fours, ce qui nécessite de l’énergie, soit lavé, ce qui consomme de l’eau. Avec pour conséquences, dans le cas du café lavé non biologique, l’appauvrissement de la biodiversité aquatique, la « prolifération d’algues toxiques et d’agents pathogènes », la « contamination des puits utilisés pour l’eau potable » et des « risques accrus de maladies liées à l’eau », constatent les auteurs de l’étude du Basic.  

Le transport, lui, contribue dans une moindre mesure au changement climatique – 12 % du total au maximum, avec une médiane à 3 %, selon Cécile Cheron-Bessou. Le café est majoritairement importé par bateau. Toutefois, lorsqu’il est transporté par avion, cette part monte jusqu’à 73 %, même si la quantité acheminée de cette manière reste « négligeable ».  

De la même manière, le café en capsule est deux fois plus mauvais pour le climat que le café moulu destiné aux cafetières filtres : sa contribution à l’impact environnemental passe de 9 à 18 %. « Même les capsules recyclables représentent des déchets supplémentaires qu’il faut gérer. Du transport est ajouté pour les collecter », souligne Cécile Cheron-Bessou. « Le mieux, c’est de ne pas créer de déchet ».  

 


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Payer le prix juste 

 

À titre individuel comment continuer à siroter notre breuvage favori dans les meilleures conditions ? « Il faut éviter à tout prix Starbucks et Nestlé », insiste Pierre Wolf-Mandroux.  Le journaliste met en cause « l’opacité » des multinationales du café. « Les entreprises font tout pour qu’on ne sache pas exactement d’où vient leur café. Elles profitent du fait qu’il y ait beaucoup d’intermédiaires, notamment des grosses coopératives, pour masquer la ferme d’origine », dénonce-t-il. 

L’appelation bio certifie une utilisation limitée d’intrants, mais  les systèmes d’agroforesterie ne sont pas toujours faciles à identifier. Pierre Wolf-Mandroux conseille par ailleurs de se tourner vers Fairtrade international, le seul label qu’il recommande, un « système plutôt vertueux ». Le café est censé être acheté à des producteurs organisés en coopérative à un prix minimum garanti, avec une prime de développement destinée à financer des projets collectifs économiques, sociaux et environnementaux. Les conditions de travail doivent être « décentes », selon des critères établis par un cahier des charges.  Des obligations environnementales sont également fixées.  

Pour le reste, notamment dans le café dit « de spécialité », plus haut de gamme : « plus c’est transparent, plus c’est bon signe : il faut savoir d’où vient le café, quel producteur et demander à son torréfacteur quelle part du prix du café va au producteur », préconise Pierre Wolf-Mandroux. 

Mais les bonnes pratiques on un coût. « On doit voir le café comme une opportunité de soutenir des petits producteurs qui ont des pratiques agroécologiques, en l’achetant à meilleur prix », soutient le journaliste. Et dans ce cas, pas la peine de se priver. « On peut tout à fait répondre à la demande, même dans dix ou vingt ans, si on produit en agroforesterie  », promet-il.

Des législations européennes pour améliorer la traçabilité

Plusieurs textes européens s'appliqueront au café et auront probablement un impact sur sa production.

La directive sur le devoir de vigilance adoptée en 2024 vise à rendre les grandes entreprises responsables des incidences négatives causées sur les droits humains et l’environnement, sur toute la chaîne de valeur, c’est-à-dire des fournisseurs à la vente. Une loi similaire existe déjà en France. Pierre Wolf-Mandroux juge ce principe utile en théorie, mais doute des effets de son application. « Il existe un devoir de vigilance au Brésil : c’est une législation qui est très rarement utilisées, qui demande beaucoup d’enquête ou de preuves », constate-t-il. En France, il faut qu’un acteur se saisisse du texte pour poursuivre une entreprise en justice . Le texte européen ne devrait s’appliquer qu’à partir de 2029.

D’un autre côté, le règlement européen contre la déforestation a pour but d’interdire la commercialisation de produits provenant de terres récemment déboisées, notamment de café, en obligeant les entreprises à collecter des données, évaluer et limiter les risques. « On regarde ce règlement d’un œil très favorable », salue Blaise Desbordes, tout en plaidant pour la prise en compte de la situation des petits producteurs et leur accompagnement. « La réglementation risque de favoriser les gros producteurs qui ont déforesté par le passé. Et il est facile de mentir sur l’origine du café », tempère également Pierre Wolf-Mandroux.

À noter, un autre règlement européen, adopté en novembre 2024, a pour ambition d’interdire la vente de produits issus du travail forcé au sein de l’Union européenne.

 

Célia Szymczalk 

 

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