Comment la Fondation BNP Paribas veut soutenir l’innovation sociale
En accompagnant des initiatives telles que la Fédération française des trucs qui marchent, Viens voir mon taf ou Ashoka France, et en incitant à créer des alliances entre les acteurs publics, privés et associatifs, la Fondation BNP Paribas souhaite montrer que le mécénat peut être « un levier pour changer la donne ».
Des transports à la demande qui remplacent les bus et répondent mieux aux besoins des habitants. Une ferme municipale qui produit des légumes bio pour les cantines de la commune. Des thés dansants organisés pour recréer du lien intergénérationnel. Des compagnies théâtrales qui répètent dans des lieux municipaux vacants mis à disposition gratuitement par la mairie.
À Langres (Haute-Marne), à Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes), à Quimper (Finistère) ou à Versailles (Yvelines), voici quelques-unes des initiatives repérées par la « Fédération française des trucs qui marchent » et qui pourraient être dupliquées sur d’autres territoires. Comme le raconte Raphaël Ruegger, l’un des deux cofondateurs de cette association, « en mars 2020 je suis devenu conseiller municipal dans mon village de Neuvy-sur-Barangeon, dans le Cher. J’ai vu beaucoup d’élus désabusés, qui disaient "ça ne marchera pas" dès qu’une idée était proposée ». Alors consultant junior pour le cabinet de conseil Évidence, il en parle à son patron, Christophe Arnoux. En 2022, tous deux décident de créer l’association pour mettre en lumière des initiatives portées par des élus locaux et qui ont fait leur preuve sur le territoire, repérées notamment dans le cadre d’un « tour de France » en voiture.
Aujourd’hui, la Fédération recense 70 « trucs qui marchent » sur son site. Raphaël Ruegger en a fait un ouvrage, Le Tour de France des idées qui nous rapprochent, sorti en novembre 2025 aux éditions Buchet-Chastel, quelques mois avant les élections municipales de 2026, pour inspirer les programmes politiques.
Soutenir « les gens qui font les choses bien »
Cette initiative est soutenue par la Macif, AG2R-La Mondiale, Orange, ou encore Axa, mais aussi par la Fondation BNP Paribas. Comme l’explique sa déléguée générale, Isabelle Giordano, « nous voulons valoriser les gens qui font les choses bien, promouvoir l’innovation sociale et lui permettre de changer d’échelle. Nous voulons également montrer que le rôle d’un mécène, ce n’est pas forcément de faire du saupoudrage, mais que nous pouvons être un levier pour réellement changer la donne. »
Pour cela, la fondation souhaite inciter à plus de dialogue et de coalitions entre acteurs publics, entreprises privées et associations. « Nous avons besoin de repenser les alliances, pour créer des synergies », estime Isabelle Giordano. C’est dans cette perspective que, de plus en plus, la fondation met en lien les différentes initiatives qu’elle soutient, afin de voir ce qui peut naître de ces rencontres.
« Le réseau des jeunes sans réseau »
Parmi les associations soutenues par la fondation, Viens voir mon taf a pour objectif de « permettre aux élèves de faire des stages de 3e de qualité, en lien avec leurs souhaits d'orientation, et impactants à long terme ». Comme l’explique Mélanie Taravant, sa présidente et co-fondatrice, « le réseau est quelque chose d’extrêmement précieux. Or soit on l’a, parce que cela fait partie de notre capital culturel ; soit on ne l’a pas, et dans ce cas on ne nous dit jamais que c’est important d’en avoir et on ne nous explique pas comment en construire un. » Viens voir mon taf a donc pour vocation d’être « le réseau des jeunes sans réseau », en les mettant en relation avec des professionnels engagés et bienveillants, prêts à les recevoir en stage d’observation, avec un accompagnement spécifique de la part de l’association.
Résultat : 80 % des élèves passés par un stage trouvé par Viens voir mon taf revoient leurs ambitions scolaires à la hausse ; 80 % disent avoir gagné confiance en eux grâce à ce stage. Côté entreprises, 97 % d’entre elles se disent prêtes à accueillir de nouveau un stagiaire de 3e. 40 000 adolescents ont ainsi été accompagnés par l’association en dix ans.
« L’intérêt général est l’affaire de tous »
Autre association soutenue par la Fondation BNP Paribas : Ashoka France, créée en 2004-2005. L’organisation soutient le développement de l’entrepreneuriat social, et en a même inventé le concept. Ses programmes se déclinent en trois axes : identifier, soutenir et accompagner les entrepreneurs qui ont un impact sociétal significatif ; « révéler le pouvoir d’agir » des jeunes pour leur permettre de changer la société demain ; et mobiliser tous les acteurs qui influencent la transformation de la société, des pouvoirs publics aux acteurs de l’intérêt général, en passant par les entreprises ou les médias.
« Nous voulons montrer que l’intérêt général n’est pas seulement l’affaire de l’État, mais celle de tous, et que les entrepreneurs doivent y contribuer », argumente Elsa Da Costa, directrice générale de l’association et autrice du livre À nos coeurs vaillants. Manifeste pour une culture de l'engagement (Calmann Lévy, 2026). Pour cela, elle plaide pour le développement « d’une culture de l’engagement dès le plus jeune âge, pour que cela devienne une norme ». « L’engagement permet de trouver du sens, mais aussi d’avancer en collectif. Ne pas s’engager, c’est être indifférent au monde », ajoute-t-elle.
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Un appel pour inciter les citoyens à s’engager
« Nous avons besoin de créer un contre-récit pour inciter les gens à s’engager », abonde Raphaël Ruegger, de la Fédération française des trucs qui marchent. Pour cela, l’organisation va lancer avec la Fondation BNP Paribas, après les élections municipales, un appel citoyen à l’engagement.
« Nous devons notamment instaurer plus de dialogue sur ce sujet avec les jeunes », insiste Isabelle Giordano. C’est pour les inciter à s’engager davantage dans la vie de la cité que la fondation a lancé, en 2025, un programme « Engagement citoyen » : face à « une défiance qui s’installe, des repères qui vacillent, un sentiment d’abandon qui grandit », il vise à « accompagner les jeunes à débattre, à s’interroger à comprendre, et à trouver leur place dans la société, en tant qu’acteurs éclairés ».
Dans le cadre de ce programme, la Fondation BNP Paribas soutient 170 acteurs associatifs et éducatifs qui développent notamment des ateliers d’éducation aux médias et à l’esprit critique, des parcours pédagogiques sur la citoyenneté et le débat, et des modules de transmissions de la mémoire collective.
Camille Dorival 