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Par Carenews INFO - Publié le 11 juin 2026 - 11:00 - Mise à jour le 11 juin 2026 - 11:26 - Ecrit par : Célia Szymczak
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Coupe du monde de football : doit-on abandonner les compétitions sportives internationales au nom de l’environnement ?

La Coupe du monde de football, qui débute le11 juin, est décriée pour son impact environnemental. Mais les événements sportifs internationaux de ce type peuvent devenir durables, à conditions de faire évoluer largement leur modèle, selon les spécialistes interrogés.

La réduction du nombre de compétitions internationales pourrait être inévitable. Crédit : iStock.
La réduction du nombre de compétitions internationales pourrait être inévitable. Crédit : iStock.

 

La Coupe du monde de football 2026, lancée le 11 juin, sera « la plus polluante de l’histoire de la compétition », prévient l’ONG Fossil free football. Bilan annoncé par Scientists for global responsibility, une autre ONG : 9 millions de tonnes de CO2, soit « quasiment le double de la moyenne des Coupes du monde organisées entre 2010 et 2022 ». À titre de comparaison, cela représente un peu plus des émissions totales de Chypre en 2024. Un record entraîné par la croissance du nombre d’équipes (32 à 48), de matchs (64 à 104) et par leur tenue dans seize villes de trois pays différents (Canada, États-Unis et Mexique). Le cabinet Greenly, lui, évalue l’empreinte carbone de l’événement à 7,8 millions de tonnes, soit plus que les émissions totales du Luxembourg.

L’impact n’est pas seulement climatique : Fossil free football insiste sur la consommation d’eau attendue, liée par exemple aux systèmes de refroidissement destinés aux fans, comme les stations de brumisation, ou à la « demande accrue » dans les hôtels locaux. Les grands événements sportifs portent aussi atteinte à la biodiversité, directement ou indirectement, par exemple par les perturbations qu’ils suscitent pour la faune et la flore ou à cause des pollutions qu’ils génèrent, rappelle l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).   

Des impacts qui entrent potentiellement en contradiction avec les objectifs environnementaux fixés à l’échelle internationale, visant à préserver l’habitabilité de la planète. Alors, faut-il arrêter d’organiser ces événements ?  

 

Il y a une surenchère de compétitions, lointaines et fréquentes. C’est un déséquilibre pour les athlètes, avec des risques pour la santé, et un déséquilibre environnemental »

Calvin Coulibaly-Pinault, membre des Climatosportifs

 

Les transports, problématique clé

 

« Il faut un changement total de modèle », considère Calvin Coulibaly-Pinault, du collectif Les Climatosportifs. « Il y a une surenchère de compétitions, lointaines et fréquentes. C’est un déséquilibre pour les athlètes, avec des risques pour la santé, et un déséquilibre environnemental », argumente le représentant de cette association, réunissant des sportifs souhaitant « rendre compréhensibles les liens entre le monde du sport et les enjeux sociaux et environnementaux », autour « de valeurs de partage, d’inclusivité et d’action ».  

« La Coupe du monde est importante, elle rassemble, créée des vrais liens entre les individus. Mais son modèle, par rapport aux limites écologiques et sociales, n’est pas possible », déclare le sportif de 29 ans. Une position que son association applique à tous les événements sportifs internationaux, y compris par exemple aux Jeux olympiques d’hiver, eux aussi décriés pour leur impact environnemental.   

 


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Pour ce qui est du climat, en général, la clé du problème réside dans les déplacements. Notamment ceux des spectateurs. Ils représentent 87 % des émissions de gaz à effet de serre des matchs internationaux de football et de rugby sur la saison 2022-2023, selon les calculs du Shift project dans le rapport « Décarbonons le sport » publié l’année dernière. C’est beaucoup plus que la construction et l’entretien des infrastructures (1 %), l’alimentation et les boissons (1 %) ou les déchets (moins de 0,5 %).  

Si les calculs portent exclusivement sur ces deux disciplines, « les ordres de grandeur sont similaires pour quasiment tous les événements internationaux », indique Alan Lemoine, co-pilote du rapport. Pendant les Jeux olympiques de Paris 2024 par exemple, les déplacements ont constitué la principale source d’émissions de gaz à effet de serre (1,24 million de tonnes, dont 1 million pour les spectateurs, sur 2,09 millions environ).  

 

Limiter le nombre de compétitions 

 

Pour assister à des compétitions ayant lieu dans d’autres pays, les supporters et les équipes prennent l’avion, un moyen de transport particulièrement émetteur et particulièrement difficile à décarboner. 1 % des matchs de football et de rugby sont extra-européens et 5 % européens, mais ils représentent respectivement 28 % et 27 % des émissions liées aux déplacements dus à la pratique de ces disciplines. Les spectateurs extra-européens représentaient 9 % du total du public lors des Jeux olympiques de 2024, mais sont responsables de 80 % des émissions liées au transport. Et « d’ici à 2050, nous n’arriverons pas à la neutralité carbone pour l’aérien », soutient Alan Lemoine, en s’appuyant notamment sur d’autres travaux du Shift project.  

 


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Dans ces conditions, un élément paraît indispensable : réduire les déplacements internationaux. Cela passe par une diminution « du nombre de compétitions, d’équipes, de participants et de spectateurs », commence Alan Lemoine, ce qui a un effet positif sur « presque tous les indicateurs de durabilité », comme la biodiversité ou la consommation de ressources, selon l’Ademe.  

Il est également possible d’organiser des compétitions de façon « géographiquement plus concentrée », explique Alan Lemoine. En rugby, lors de la Coupe des nations du Pacifique, un tournoi entre les Fidji, Samoa, Tonga, le Japon, les États-Unis et le Canada, les équipes s’opposent au cours de deux poules régionales pour minimiser les trajets sur longue distance pendant cette phase de la compétition. Un moyen de « réduire l’empreinte carbone du tournoi et de maximiser le temps de récupération des joueurs », explique la fédération internationale de rugby, World Rugby

 

90 % des efforts peuvent être faits sans toucher aux schémas de compétitions »

Alan Lemoine, chargé de projet sport au Shift project

 

Des leviers plus faciles à actionner  

 

« De nombreuses mesures sont possibles, adaptées aux spécificités et aux contraintes », continue avec optimisme Alan Lemoine. « On ne va pas exclure des régions du monde des Jeux olympiques, par exemple. Mais on peut par exemple réserver une partie de la billetterie pour les spectateurs nationaux », suggère-t-il. Des fan zones, localement, peuvent être mises en place pour garantir une bonne expérience aux spectateurs sans qu’ils soient présents sur les lieux de la compétition. Après avoir mené des consultations auprès des acteurs du football et du rugby professionnel dans le cadre du rapport, Alan Lemoine reconnaît cependant la difficulté à faire évoluer les instances internationales sur ce sujet et remarque que « les enjeux économiques priment ». 

En ce qui concerne le climat, « 90 % des efforts peuvent être faits sans toucher aux schémas de compétitions », note encore le chargé de projet du Shift project. Parmi les autres leviers à actionner identifiés par le think tank : favoriser les transports en commun, le covoiturage, les mobilités actives et décarbonées ; végétaliser l’alimentation, la rendre plus locale et saisonnière ; ou encore isoler les bâtiments et favoriser la sobriété énergétique.  

 

S’intéresser aux sponsors  

 

Du côté des Climatosportifs, des propositions similaires sont soutenues. Leur représentant, Calvin Coulibaly-Pinault, invite également à organiser des compétitions là où des infrastructures existent déjà. Un moyen de réduire l’impact climatique, mais aussi la consommation de ressources et l’artificialisation des sols.  

Il est nécessaire de « travailler avec les sponsors pour s’assurer de clauses d’engagements environnementaux claires », ajoute-t-il. En outre, « il faut que les choix de sponsors soient plus alignés avec les enjeux écologiques ». La publicité offerte par des événements d’ampleur augmente la consommation des produits qu’ils commercialisent, potentiellement néfastes pour l’environnement. Ainsi, Fossil free football s’attend au rejet de 30 millions de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre en raison du partenariat entre la Fifa et Aramco, la compagnie pétrolière saoudienne, pour la Coupe du monde de football. En 2024, l’ONG environnementale Greenpeace France dénonçait des soutiens des JO, citant Air France, Air Liquide, Coca-Cola ou Toyota, des « ultra pollueurs, champions des énergies fossiles », « du plastique ou des industries lourdes ».   

Pour parfaire le tableau, l’Ademe suggère de « limiter la production sur les tenues et produits dérivés », ainsi que d’identifier et « bannir les références les plus émissives » en privilégiant « les produits éco-conçus ».  

 

Des changements inévitables ?  

 

Une question subsiste. L’atténuation du changement climatique justifie-t-elle de s’attaquer à ces compétitions internationales, souvent jugées fédératrices pour la population ? « La masse des émissions provient des milieux amateurs », constate Alan Lemoine. Mais il rappelle que « le milieu professionnel inspire le milieu amateur dans les messages portés ». 

Sans compter le fait que le changement climatique affecte déjà les compétitions. Et la situation va s’empirer. « En 2050, la température s’approchera des 50 degrés de plus en plus souvent l’été. Bon courage pour le Tour de France ! Il y a des risques sanitaires extrêmement forts », affirme Alan Lemoine. « On arrive au pied du mur. Des événements sont déjà annulés ou reportés à cause du changement climatique », confirme Calvin Coulibaly-Pinault. En faisant évoluer les choses, tout le monde pourrait donc être gagnant.  

 


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Célia Szymczak 

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