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Par Carenews INFO - Publié le 21 janvier 2026 - 12:13 - Mise à jour le 21 janvier 2026 - 12:58 - Ecrit par : Célia Szymczak
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Des ONG et députés réunis pour mettre fin aux projets « d’usines terrestres de saumon »

27 ONG de protection des océans, des animaux, de l’environnement et des droits humains soutiennent une proposition de loi signée par 103 députés, visant à instaurer un moratoire sur les élevages de saumon terrestres. Associations et élus dénoncent les impacts écologiques et sociaux de ces installations, dont deux sont prévues en France à ce jour.

Une manifestation a eu lieu contre le projet de Gironde, le 18 janvier. Crédit : Cyril Nahon
Une manifestation a eu lieu contre le projet de Gironde, le 18 janvier. Crédit : Cyril Nahon

 

« Un projet innovant pour un élevage responsable et durable en France » : c’est la promesse de l’entreprise Pure salmon, avec une ferme aquacole au Verdon-sur-Mer (Gironde). Un bâtiment de 7,5 hectares, dans lequel doivent être produites 10 000 tonnes de saumon par an : les poissons seront élevés dans des bassins terrestres.  

Pour les ONG de protection de l’environnement, de l’océan et des animaux, ce type « d’usines terrestres de saumon » est une aberration sociale et environnementale. 27 d’entre elles – dont Bloom, la Fondation pour la nature et l’homme, la Ligue des droits de l’homme ou Oxfam – soutiennent une proposition de loi transpartisane, signée par 103 députés de partis de gauche et de droite (La France insoumise, Europe Écologie les Verts, mais aussi le Parti socialiste, Ensemble, le Modem ou Les Républicains). Le texte compte un article unique, visant à instaurer un moratoire sur les autorisations pour les élevages de saumon « dont la totalité du grossissement est prévue dans des installations aquacoles à circuit fermé », pour dix ans.  

Un autre projet, Local ocean, est dans le viseur des associations et des députés. Il a obtenu une autorisation de la préfecture en 2024 pour être installé à Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais. 

 


Lire également : Comment choisir son poisson pour consommer durablement ? 


 

Des risques pour le bien-être animal 

 

Ce sont des ouvrages « complètement démesurés », aux yeux de la députée Anne Stambach-Terrenoir (Haute-Garonne, La France insoumise), corédactrice de la proposition de loi avec son homologue Damien Girard (Morbihan, Europe Écologie les Verts). Les députés et ONG ont réuni les journalistes à l’Assemblée nationale, le 21 janvier, pour leur exposer les problématiques identifiées.  

Premier enjeu à leurs yeux : l’impact environnemental. Les installations se caractérisent par des « besoins en eau et en énergie (...) colossaux », pour renouveler l’eau, la désaliniser ou encore la maintenir à une température adaptée. 

De plus, ces installations « menacent les écosystèmes » en raison de « l’évacuation d’importantes quantités d’eaux usées » contenant de la boue, de l’azote et du phosphore. Le tout dans « le parc naturel marin l’estuaire de la Gironde et les Pertuis charentais, qui est une zone classée et protégée », dans le cas du projet Pure salmon. « C’est un milieu vivant dont dépendent des espèces en danger critique », alerte Marine Calmet, présidente de l’association Wild legal. « Quand on est attaché à un territoire aussi magnifique que celui-ci, on ne laisse pas s’installer de telles hérésies », appuie Benoît Biteau, député EELV de Charente-Maritime.

« Notre rejet observera une charge inférieure aux normes en vigueur (...) en traitant l’azote et le phosphore », indique Pure salmon sur son site.  

 

Des risques pour les filières économiques locales 

 

Pour les députés, cette situation augmente aussi les risques de « contamination » des huîtres élevées dans la zone où l’installation du projet Pure salmon est prévue. Le rejet d’eau plus chaude risque également de « fragiliser les coquilles des huîtres et des moules », tout en favorisant « le développement de certains prédateurs ». 

Une menace pour la filière d’élevage des coquillages : « pour quelques dizaines d’emplois qui seraient hypothétiquement créés, on est prêt à mettre en danger toute une filière », fustige le député Damien Girard. Les porteurs de Pure salmon prévoient la création de « 250 emplois directs » ; ceux de Local ocean annoncent 70 emplois.  

 « Un des gros risques » est que Pure salmon décide de passer d’une production de saumon à une production de truite, ce qui causerait « la mort de toutes les petites piscicultures françaises », souligne par ailleurs Esther Dufaure, co-fondatrice de l’ONG de protection des océans Seastemik. 

 

Contribuer à la déforestation ?  

 

« Ce type de projet industriel ne permettra pas de garantir une forme de souveraineté ou d’indépendance alimentaire », déplore par ailleurs Anne Stambach-Terrenoir. Les œufs de saumon proviennent d’Islande et les poissons, carnivores, doivent être alimentés avec du poisson importé.  

Celui-ci provient souvent d’Afrique de l’Ouest, où ces exportations sont « déjà en train de mettre en péril les pêcheurs locaux » et les « filières aval », notamment celle liée au fumage du poisson, détaille François Chartier, chargé de campagne océan pour l’ONG Greenpeace. Les petits poissons pêchés pour nourrir les saumons d’élevage pourraient pourtant servir à l’alimentation des habitants de ces zones. « La sécurité alimentaire [y] est plus que menacée », soutient-il. Le tout en contribuant à la surpêche. 

Face à cette situation, l’industrie salmonicole mondiale s’oriente parfois vers la végétalisation de l’alimentation des saumons, avec du soja, peut-on lire dans l’exposé des motifs. Or, outre le fait que ces poissons sont carnivores, le soja provient d’Amérique du Sud où il contribue à la déforestation, ce qui revient à « déplacer l’impact environnemental », argumente également François Chartier.  

 

Des risques de mortalité de masse 

 

Dans les installations d’élevage terrestres, les saumons sont « majoritairement entassés à des densités extrêmes dans de gigantesques cages marines », peut-on lire dans l’exposé des motifs. Ces densités sont « extrêmement nocives pour les saumons » et « très loin de leur milieu naturel », puisqu’il s’agit de poissons migrateurs, pointe Lauriane Charles, chargée des campagnes pour Welfarm, une ONG engagée pour le bien-être animal.  

« Les saumons souffriraient considérablement de cette situation puisque ce sont des êtres sentients capables de ressentir la douleur consciemment d’après des études scientifiques », alertent les députés dans l’exposé des motifs. De plus, « la moindre défaillance des équipements peut engendrer un épisode de mortalité de masse », avancent-ils. Pure salmon revendique un système d’élevage permettant de « répondre à l’ensemble [des] critères » sur lesquels repose le bien-être animal, comme l’absence de faim, de stress, de douleur ou de peur. 

 

Repenser notre consommation  

 

« Il faut vraiment se bagarrer pour que le développement de ces usines ne se fasse pas », insiste Jimmy Pahun, député Modem du Morbihan. « Dans notre alimentation au quotidien, il faut qu’on fasse des efforts. Il faut qu’on consomme moins de saumon », ajoute-t-il, invitant à se tourner vers d’autres poissons pêchés dans les eaux nationales. La France est le quatrième pays qui consomme le plus de saumon dans le monde. Saumon qui est, en quasi-totalité, du poisson d’élevage importé. 

« L’enjeu, si on veut faire vivre nos territoires côtiers, ce n’est pas de continuer à consommer plus, c’est de consommer mieux », résume Damien Girard, d’EELV. Pour lui, cela passe « probablement » par la diminution de la quantité de poisson consommée et par le soutien à la « pêche artisanale et durable ». Plus de 70 % des produits de la mer consommés en France sont importés, fait-il valoir. 

« En France, nous n’avons pas besoin de saumon pour vivre », abonde Carole Kinnaert, vice-présidente de l’association de protection des océans Longitude 181. « Nous appelons, dans la perspective des élections municipales, les candidats à ne plus proposer de saumon dans les cantines scolaires », propose à ce titre François Chartier au nom de Greenpeace France. 

 

Une consultation citoyenne 

 

« Nous remercions les députés pour leur accueil et leur soutien », a commenté Maxime de Lisle, co-fondateur de l’ONG Seastemik. Il qualifie le caractère transpartisan de la proposition de loi de « signal fort », soulignant l’aspect « assez inédit », de la coalition d’ONG de protections de l’océan, de l’environnement, des animaux ou encore des droits humains.  

Pour lui, « il y a un consensus politique et citoyen contre ces projets de ferme-usine ». L’enquête publique organisée du 15 décembre 2025 au 19 janvier 2026, en application d’obligations légales, pour recueillir des avis citoyens sur le projet Pure salmon a obtenu 20 000 contributions, un record selon les ONG. La quasi-totalité des opinions formulées sont, selon elles, négatives (98 %).  Une manifestation a réuni 1 000 personnes au Verdon-sur-Mer le 18 janvier. 

Seastemik a alerté le préfet de Gironde sur les risques environnementaux liés au projet, mais aussi « l’Elysée, le ministère de la transition écologique, le ministère de l’agriculture, la direction générale des affaires maritimes, de la gestion de pêche et de l'aquaculture ». L’ONG a aussi appelé la ministre chargée de la mer et de la pêche, Catherine Chabaud, à « positionner de manière très rapide » et à s’opposer à ces installations. Pour poursuivre les débats, il faut encore que les députés réussissent à inscrire cette proposition de loi à l’agenda parlementaire, ce qu’ils essaient déjà de faire depuis mars dernier.  

 

Célia Szymczak 

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