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Par Carenews INFO - Publié le 13 octobre 2026 - 12:50 - Mise à jour le 13 octobre 2026 - 14:08 - Ecrit par : Célia Szymczak
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Face au défi environnemental, des entreprises veulent réinventer le dialogue social

La Convention des entreprises pour le climat (CEC) a déployé un parcours dédié au dialogue social et environnemental, suivi par les représentants de 38 organisations, ces denriers mois. Les conclusions ont été dévoilées le 8 octobre. La CEC entend prolonger sa mobilisation au sein d’une coalition.

Ingrid Kandelman, pilote du parcours de la Convention des entreprises pour le climat, lors de sa cérémonie de clôture le 8 octobre à Paris. Crédit : Laura Bonnet.
Ingrid Kandelman, pilote du parcours de la Convention des entreprises pour le climat, lors de sa cérémonie de clôture le 8 octobre à Paris. Crédit : Laura Bonnet.

 

« Comment accompagner ce collaborateur, parent, alors que les écoles ferment pendant la canicule ? Comment peut-on libérer nos pompiers réservistes ? », s’interroge Christelle Dijoux, cheffe de service « performance extra-financière » de l’Aéroport de Bordeaux. « Quel est le rôle de l’entreprise, jusqu’où peut-elle aller, quand le changement climatique bouleverse les salariés au-delà de leur poste de travail ? », poursuit-elle.  

Pour tenter de répondre à ces questions, Christelle Dijoux a participé avec trois collègues au parcours « dialogue social et environnemental » de la Convention des entreprises pour le climat (CEC), une organisation orchestrant des parcours d’accompagnement stratégique pour la transformation des entreprises.120 participants issus de 38 organisations publiques et privées - DRH, personnes en charge de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), dirigeants et représentants du personnel - se sont réunis pendant 150 heures, réparties sur plus d’un an. Et chaque structure participante a publié un agenda social et environnemental, exposant notamment sa vision du dialogue social et environnemental à 10 ans et des chantiers à engager. 

Au cours de cette expérience, les représentants de l’Aéroport de Bordeaux ont réfléchi à l’évolution de leur activité avec des températures plus élevées. « Demain, nous allons devoir poser des questions sur le droit du travail », pense Christelle Dijoux, le 8 octobre à Paris, lors de la cérémonie de clôture du parcours. Mais pas seulement, alors que leur cœur d’activité est particulièrement émetteur de gaz à effet de serre. « Nous avons forcément essayé de réfléchir à nos métiers. L’avion se décarbone. Si l’aviation se décarbone, l’aéroport de demain ne sera plus le même », met-elle en avant.  

 

Un « point aveugle du dialogue social » 

 

La situation impose d’agir. « Nous avons vu cet été des impacts majeurs sur la santé au travail, sur les conditions d’écoles, sur une crise agricole majeure (…), des impacts sanitaires directs et indirects (…) et bien sûr des impacts économiques qui vont être très coûteux », a résumé la climatologue, Valérie Masson-Delmotte, invitée à faire un point sur les conditions climatiques à l’événement de clôture.  

« Ce qui était rare deviendra fréquent. Le mois de juin de cette année sera le mois de juin moyen en 2050 », rappelle-t-elle. À côté d’une adaptation « indispensable », « pour éviter des risques intolérables, la réduction des émissions de gaz à effet de serre est très importante », alors que leur rythme de diminution a ralenti en France. « C’est très clair depuis longtemps que la transition pour la décarbonation, il faut la penser et la mettre en œuvre de manière juste », soutient-elle en outre.  

Il existe un « risque social très fort », celui d’une « transition écologique qui heurte de plein fouet les emplois, les conditions de travail des salariés, qui ne se fait pas avec eux et sans doute contre eux », affirme Ingrid Kandelman, « pilote » du parcours de la CEC. 

« Nous allons au-devant de situations de plus en plus complexes, d’arbitrages complexes, de dilemmes à instruire, prévient encore la spécialiste des questions environnementales. Le dialogue social est une condition sine qua none de la transition écologique », ajoute-t-elle. Or, aujourd’hui, dans les entreprises et les organisations publiques, les « plans de transition environnementaux ne regardent pas du tout la question sociale », estime-t-elle. D’un autre côté, les enjeux environnementaux constituent « souvent un point aveugle du dialogue social ». 

 

Nous n’avons pas inventé de nouveaux chantiers propres aux questions environnementales. Nous les avons regardés avec une nouvelle paire de lunettes »

Ingrid Kandelman, « pilote » du parcours 

 

Une nouvelle approche 

 

Les participants au parcours de la CEC ont suivi des ateliers sur les constats environnementaux et les changements à anticiper dans leurs structures. Ils ont réfléchi à l’articulation des questions sociales et environnementales, à l’avenir du dialogue social dans ces conditions et aux leviers de mobilisation au sein de leur organisation. « Nous n’avons pas inventé de nouveaux chantiers propres aux questions environnementales. Nous les avons regardés avec une nouvelle paire de lunettes », précise Ingrid Kandelman. 

« L’idée de prendre en compte la responsabilité du monde du travail sur l’environnement est importante », considère Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, dans une vidéo enregistrée et diffusée lors de l’événement. « Il y a de grands bouleversements qui arrivent dans l’entreprise. Ce sont des sujets où il n’y a pas de réponse déjà toute faite », fait-il valoir.  Il voit dans le dispositif de la CEC une « très bonne idée » et invite « tous les organismes à se lancer dans cette formation », revendiquant être un « ardent partisan de la démocratie sociale ».  Cet été, « nous nous sommes bien rendu compte, quand même, que par rapport à d’autres pays (…), nous étions peut-être encore en voie de préparation, d’apprentissage », reconnait-il par ailleurs. 

 

Notre responsabilité commune est de faire de cet agenda social et environnemental un outil d’amélioration du travail et non une contrainte de plus »

Riad Marzouki, secrétaire du comité social et économique (CSE) chez Keolis bus Lyon

 

Des commissions spécialisées dans les CSE 

 

« Les fortes chaleurs, les périodes météorologiques extrêmes et les risques d’inondations ont déjà des conséquences sur les équipes de conduite, la maintenance, les horaires et la santé des salariés », détaille Riad Marzouki, représentant syndical CGT, secrétaire du comité social et économique (CSE) chez Keolis bus Lyon, qui « porte la voix » de l’ensemble des organisations syndicales de son entreprise. Sans compter l’électrification progressive de la flotte de bus, qui a « énormément d’impact sur l’organisation du travail, les compétences et les emplois », selon Avrile Foras, directrice des ressources humaines (DRH) de cette société. « La mise en place [des] plans d’action dans l’entreprise (…) devra être concrète et progressive. Aujourd’hui, les salariés sont d’abord préoccupés par leurs salaires, leur pouvoir d’achat et leurs conditions de travail, insiste Riad Marzouki. Notre responsabilité commune est de faire de cet agenda social et environnemental un outil d’amélioration du travail et non une contrainte de plus ». Une commission paritaire transition écologique a été intégrée à Keolis bus Lyon.  

« Quand nous avons commencé le parcours, nous nous sommes focalisés sur l’impact de notre site », témoigne pour sa part Romain Monrozier, directeur données et ressources chez Danone research & innovation et représentant syndical. « À la troisième séance, nous avons réalisé que nous nous trompions de question, poursuit-il. Nous avons basculé d’une réflexion sur l’impact de notre site à une réflexion sur l’impact de notre production ». Autrement dit, passer de questions liées aux bâtiments, aux déplacements ou encore aux déchets à des interrogations sur les produits et services imaginés. « Plus nous avons avancé dans le programme, plus nous nous rendions compte que personne ne détenait seul la réponse, assure Augustin Cloix, DRH. Grâce à ce parcours, nous avons déjà commencé à appréhender le dialogue différemment. » Là encore, une commission environnementale a notamment été créée au sein du CSE. 

 


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Une coalition créée 

 

« J’ai lu tout ce que vous avez produit. Je dois dire que je suis extrêmement admirative devant l’énorme travail », salue Dominique Méda, sociologue, spécialiste du travail et de la transition écologique. « Je crois que nous vous devons des remerciements parce que vous avez rassemblé du matériel pour prendre à bras le corps ce défi, dans une démarche qui va être utile à tout le monde », croit-elle. 

Évoquant son « impression d’un grand backlash [retour de bâton] sur la question écologique comme la question sociale » et un « tournant autoritaire de l’entreprise » mis en évidence dans des articles de recherche, elle estime « rassurant que des dirigeants d’entreprise aient mis en place une réflexion sur le dialogue social et environnemental ». 

« Aujourd’hui, nous avez-vous dit dans vos rapports, ce dialogue est terriblement chargé. Il est aussi rigide, imposé, parfois trop formel, déclare-t-elle, face aux participants. Les formes actuelles du dialogue social ne permettent pas d’incarner le changement de modèle. » Aujourd’hui, le monde de l’entreprise « reste finalement très hiérarchique ».. « L’entreprise est un acteur majeur de la reconversion écologique, souligne encore la professeure des universités. Rien ne pourra se faire sans elle ». Son évolution « peut être un projet enthousiasmant, capable d’enfin redonner du sens au travail ».  

Les représentants de la Convention des entreprises pour le climat ont rencontré, le 8 octobre, « l’ensemble des organisations syndicales nationales en France », celles représentant le patronat comme les salariés, sauf Force ouvrière. Une coalition, la Fabrique du dialogue social et environnemental, a également été créée, réunissant des acteurs publics et privés, pour « se mettre au service du développement du dialogue social et environnemental ». Elle réunit des acteurs comme l’Agence de la transition écologique (Ademe), l’Association nationale des DRH (ANDRH) ou encore l’école de commerce EM Lyon. Un deuxième parcours sera lancé sous son égide en avril 2027. 

 

Célia Szymczak 

 

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