Engagement des entreprises : Impact France croit à une prise de conscience en cours
Les Universités d’été de l’économie de demain ont eu lieu le 29 août à Paris. Elles sont organisées par le mouvement Impact France, qui réunit 30 000 entreprises se déclarant engagées. Malgré les reculs environnementaux de ces derniers mois, ses co-présidents Pascal Demurger et Julia Faure disent observer un changement positif dans la prise de conscience par les entreprises des sujets sociaux et environnementaux qu’ils défendent.

Les 7e Universités d’été de l’économie de demain du mouvement Impact France, une réunion annuelle d’entreprises se déclarant engagées sur les plans sociaux et environnementaux, se sont ouvertes le 29 août à Paris dans un contexte compliqué pour la transition écologique. Les retours en arrière s’accumulent depuis 2024, à l’échelle française et européenne. C’est un « temps de backlash écologique sans précédent », reconnaît en introduction Julia Faure, co-présidente du mouvement.
Et pourtant, le mouvement Impact France pense qu’il peut mobiliser sur les sujets sociaux et environnementaux. « Après quelques mois de backlash, de reculs (...), il y a un ressaisissement », certifie Pascal Demurger, l’autre co-président d’Impact France, devant la presse. « Il y a des signaux faibles qui nous montrent que les choses sont en train de changer », estime-t-il. Il en veut pour preuve l’augmentation du nombre de membres se son mouvement, passé de 8 000 à 30 000 en deux ans. « Une croissance aussi forte, c’est à la fois inattendu et inespéré (...). De plus en plus de dirigeants d’entreprises sont conscients des enjeux », se félicite-t-il, mentionnant l’adhésion de « très grandes entreprises ». Impact France a « quelque chose » d’un « Medef du XXIe siècle », indique encore celui qui est aussi patron de la Maif.
Des propositions qui divisent
Impact France ne ressemble pas vraiment au Medef. Les désaccords avec le syndicat patronal aux 200 000 adhérents, absent de la rencontre, sont nombreux. Julia Faure s’en est même amusée en ouvrant la journée, lorsqu’elle a demandé aux personnes présentes ayant « peur pour l’avenir » de lever la main. À la rencontre annuelle du Medef, la Ref, « il n’y aurait pas eu ça », s’est-elle exclamée devant le nombre important de mains levées.
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Les propositions sur le fond diffèrent aussi. Ainsi, Pascal Demurger a appelé au cours d’une table ronde à un « rééquilibrage de la fiscalité » pour « [valoriser] le travail », en mentionnant le capital et l’héritage. « La stabilité politique et la construction d'un budget pour 2026 ne peuvent se faire au prix d'une hausse de la fiscalité sur les entreprises », a pour sa part affirmé Patrick Martin, le président du Medef, aux Echos.
Le mouvement Impact France défend certaines réglementations contraignantes pour les entreprises : le devoir de vigilance, par exemple, une directive européenne qui rend les entreprises responsables des impacts sociaux et environnementaux sur toute leur chaîne de valeur. Julia Faure y voit un « excellent moyen d’améliorer les conditions sociales et environnementales » de production. Le Medef, lui, craint une « menace pour la compétitivité ». Il appelle régulièrement à la « simplification » des normes auxquelles doivent se conformer les entreprises.
« Pourquoi les autres organisations patronales ne mènent pas de combat ? », s’interroge encore Julia Faure à propos de la proposition de loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile, qu’Impact France promeut.
Un débat avec la CPME
Dans ce contexte, le mouvement alternatif peut-il convaincre au-delà de sa base actuelle ? Pascal Demurger estime que oui. « Dans certains mouvements patronaux, le discours officiel reste très ancré sur deux sujets exclusifs » : la réduction des « réglementations » et des « charges ». Mais « il y a un décalage, toujours, entre les institutions elles-mêmes et certains adhérents (...), en train de changer de logiciel », croit-il.
À l’occasion d’un débat avec Amélie de Montchalin, la ministre des Comptes publics, et Amir Reza-Tofighi, le nouveau président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), il a pu montrer que des points de convergence existent, en tout cas avec cet autre mouvement patronal. Sur les impôts, par exemple : « si derrière, il y a un vrai projet, je vous garantis qu’on peut parler de fiscalité du capital », a déclaré le président de la CPME
Un autre point a réuni les deux dirigeants. « Évidemment, nous sommes dans un pays dans lequel il y a une réglementation qui est considérable, oui, il y a un sujet d’excès de normes », a répondu Pascal Demurger quand Amir Reza-Tofighi a parlé d’un « sentiment » chez les entreprises de faire face à « toujours plus de contraintes ». Et en retour, celui-ci s’est déclaré favorable à la proposition de Pascal Demurger d’appliquer aux entreprises qui souhaitent exporter en Europe les mêmes normes qu’aux sociétés européennes, plutôt que de réduire systématiquement les obligations. « J’allais dire la même chose, a-t-il abondé. Le vrai sujet, c’est comment l’Europe nous protège. »
25 propositions pour faire évoluer les entreprises
« Sous prétexte de vouloir simplifier, réduire un peu les normes excessives ou bien inutiles, on en vient à détricoter des pans entiers, notamment sur la transition écologique », a regretté Pascal Demurger. « C’est dramatique sur le long terme », a-t-il commenté, appelant les responsables politiques à porter vision « stratégique » de cette transition.
Pour l’engager, Impact France a publié un manifeste portant 25 propositions pour un « nouveau modèle », comme une réforme des aides publiques destinées à « renforcer les entreprises françaises prenant des engagements écologiques et sociaux », une « [réorientation de] l’épargne des Français et des Européens » vers le financement de la transition écologique ou des « taux de TVA réduits sur les produits et services verts ». Le mouvement « va continuer à faire ce que les autres négligent parfois : penser long terme », a prévenu Julia Faure. De quoi ouvrir le débat.
Célia Szymczak