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Par Carenews INFO - Publié le 28 avril 2026 - 08:45 - Mise à jour le 28 avril 2026 - 08:45 - Ecrit par : Camille Dorival
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EXCLUSIF - « En nous rassemblant, nous serons plus forts » : le CFF et Admical annoncent leur projet de fusion

Le Centre français des fonds et fondations (CFF) et Admical ont annoncé à leurs adhérents, en janvier dernier, leur projet de fusionner leurs deux structures en une seule entité. Marion Lelouvier et François Debiesse, leurs président·e·s respectifs, expliquent en exclusivité à Carenews, les motivations et les étapes de cette démarche.

Marion Lelouvier est la présidente du Centre français des fonds et fondation, François Debiesse président d'Admical. Crédit : Frédéric Vuillod, Mediatico.
Marion Lelouvier est la présidente du Centre français des fonds et fondation, François Debiesse président d'Admical. Crédit : Frédéric Vuillod, Mediatico.

 

 

Le Centre français des fonds et fondations (CFF), qui rassemble toutes les formes juridiques de fondations et fonds de dotation en France, et Admical, qui regroupe les entreprises mécènes, ont annoncé à leurs membres, en janvier dernier, un processus de rapprochement entre les deux structures. S’il est validé par les assemblées générales des deux structures, en juin, il pourrait aboutir au début de l’année 2027.

Marion Lelouvier, présidente du CFF, et François Debiesse, président d’Admical, expliquent à Carenews le sens de cette démarche, les étapes à venir, et la forme que pourrait prendre la nouvelle structure qui remplacerait les deux associations actuelles.

 

  • Carenews : Vous avez annoncé auprès de vos membres un processus de rapprochement entre vos deux structures. De quoi s’agira-t-il et selon quel calendrier ?

 

François Debiesse : Pour ma part, j’avais en tête un rapprochement entre le CFF et Admical depuis plusieurs années, avec une approche très ouverte sur la manière dont cela pouvait se faire. Mais nous avons commencé à réellement travailler sur cette perspective il y a deux ans, en nous réunissant régulièrement, Marion Lelouvier et moi-même, ainsi que nos deux délégués généraux, Yann Queinnec et Benjamin Blavier, pour en discuter. 

À la fin 2025, nous avons présenté notre projet à nos deux conseils d’administration (CA), et en janvier de cette année, nous avons procédé à un vote en réunissant nos deux CA respectifs, en « Congrès », où le projet a été adopté à l’unanimité.

 

Marion Lelouvier : Depuis janvier, nous avançons donc sur la manière dont ce rapprochement pourrait se faire. La prochaine étape, c’est de présenter notre projet à nos assemblées générales (AG) respectives à la fin juin et et de leur demander de se prononcer sur l’ambition et le schéma proposés. Si le projet est validé par nos deux AG, nous pouvons envisager une mise en œuvre opérationnelle pour le début de l’année 2027.

 

Le mécénat et la philanthropie ont besoin de se faire entendre davantage. »

François Debiesse, président d'Admical

 

  • Qu’est-ce qui a motivé ce projet ? Pourquoi ce rapprochement, alors que vos ADN respectifs sont assez différents : le CFF rassemble toutes les formes juridiques de fondations et fonds de dotation, aussi bien opérateurs que redistributeurs, tandis qu’Admical regroupe les entreprises mécènes, qu’elles interviennent à travers des véhicules juridiques dédiés du type fondation ou fonds de dotation, ou en régie directe ?

 

F.D. : Cette idée part du fait que le mécénat et la philanthropie ont besoin de se faire entendre davantage. Nous pourrions être plus efficaces encore dans notre dialogue avec la puissance publique, et notamment avec Bercy sur les questions fiscales. Certes, nous sommes différents, mais nous avons beaucoup de points communs. Ce qui nous rassemble avant tout, c’est la notion d’intérêt général.

Notre secteur a besoin d’être plus lisible et plus efficace, pour ses composantes et pour nos parties prenantes. C’est ce qui motive principalement notre démarche. En nous rassemblant, nous serons plus forts et nous nous ferons mieux entendre.

 

M.L. : De manière générale, les différents acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) et de l’intérêt général travaillent mieux ensemble, développent des coopérations, pour plus de visibilité et d’efficacité. C’est avec cette perspective que, depuis quelques années, nous travaillons très bien tous ensemble dans le cadre de la Coalition Générosité, qui rassemble le CFF, Admical, mais aussi Le Mouvement associatif, France générosités, l’Association française des fundraisers, l’Institut Ideas, Un esprit de famille, Les Entreprises pour la cité, Don en confiance et l’Institut des dirigeants d’associations et fondations. C’est aussi dans cette perspective que les différentes têtes de réseau de l’ESS, avec les chambres régionales de l’ESS, coopèrent de mieux en mieux au sein d’ESS France.

Le rapprochement entre le CFF et Admical est une continuité directe de cette tendance de fond.

 

  • Concrètement, s’agira-t-il d’une fusion de vos deux structures ?

 

F.D. : Oui, mais qui pourrait se traduire par la création d’une nouvelle structure. Une des difficultés est qu’Admical est une association reconnue d’utilité publique (Arup), tandis que le CFF est une association loi 1901. Dans une volonté d’avancer sur un an, les délais de fusion seraient peu compatibles. L’idée serait donc de créer une nouvelle structure, qui serait une association elle aussi, dans laquelle nos deux organisations seraient réunies. 

 

Les fondations et fonds de dotation garderont une place majoritaire dans la nouvelle gouvernance. »

Marion Lelouvier, présidente du CFF

 

  • Comment cela se traduira-t-il en termes de gouvernance ?

 

M.L. : Nous souhaitons à la fois de la continuité, en proposant aux membres de nos CA actuels de poursuivre leur mandat, et une ouverture progressive, en intégrant de nouveaux administrateurs. Nous aurons probablement une organisation en collèges, pour tenir compte du fait que les adhérents d’Admical ont des statuts plus diversifiés, puisque l’association compte aussi comme membres des entreprises qui interviennent en mécénat direct, ainsi que d’autres types de structures (associations, collectivités…).

Mais ce qui est acté, c’est que les fondations et fonds de dotation garderont une place majoritaire dans cette gouvernance, et que nous resterons une organisation strictement désintéressée au service de l’intérêt général. Les fonds et fondations disposent déjà de larges majorités dans la gouvernance de nos deux structures, et ce sera aussi le cas pour la nouvelle organisation.

 

  • Envisagez-vous de réduire vos effectifs salariés une fois les équipes réunies, pour éviter les doublons ?

 

F.D. : Nous ne prévoyons aucune suppression de poste. Notre rapprochement n’est pas, au départ, un projet visant à faire des économies. Nos équipes sont complémentaires, elles travailleront désormais ensemble, ce qui permettra de répondre encore mieux aux demandes de nos adhérents.

Nous n’avons pas encore de proposition précise sur le modèle économique de la structure, car la réflexion est en cours. Mais les économies ne porteront pas sur le personnel. Elles porteront plutôt sur des frais généraux comme les dépenses informatiques ou le loyer.

 

M.L. : Ce qui est sûr, c’est que chaque euro de cotisation apportera beaucoup plus à nos adhérents demain, grâce à l’apport de compétences de nos deux équipes. Nous pensons aussi que nous arriverons probablement à compter davantage d’adhérents. Aujourd’hui, le CFF et Admical n’ont qu’une quarantaine d’adhérents en commun, qui n’auront plus qu’une adhésion à payer au lieu de deux. Mais la création de la nouvelle structure, avec une force de frappe supérieure, devrait attirer de nouveaux membres. C’est aussi le sens de notre initiative : nous devons dépasser nos frontières actuelles et amener des nouveaux publics vers la philanthropie en action.

 

F.D. : De fait, depuis que nous avons annoncé en interne notre projet de fusion, les adhésions à nos deux structures sont en hausse…

 

  • Certaines voix dans le secteur ont exprimé des craintes quant à votre démarche, notamment sur deux points. D’une part, la peur que la spécificité des fondations se dilue au sein de la nouvelle structure, où des entreprises et d’autres organisations seront représentées au CA. D’autre part, le coût que représente ce type de processus de rapprochement, dont certains disent qu’il n’est pas raisonnable dans un contexte où le secteur de l’intérêt général ne se porte pas très bien. Qu’avez-vous à répondre à ces critiques ?

 

M.L. : Sur le premier point, comme nous le disions, les fonds et fondations continueront à avoir une voix majoritaire dans le CA et l’AG de la nouvelle structure.

Sur le deuxième point, il est certain qu’un rapprochement, qui demande beaucoup de travail, surtout dans un calendrier aussi resserré, a un coût, car nous avons besoin des services de cabinets de conseil sur les aspects juridiques et organisationnels. Et cela ne peut pas reposer seulement sur du pro bono vus l’ampleur et le calendrier des chantiers. Mais nous sommes très vigilants sur les dépenses, nous avions évalué un scénario maximaliste par prudence et nous serons loin des sommes dont la rumeur a parlé [NDLR : entre 300 000 et 500 000 euros]. En tout état de cause, nous travaillons sur un modèle en mesure d’absorber le coût de la fusion dans les trois années à venir.

Nous sommes dans une démarche ouverte, et nous avons la volonté de dialoguer et de prendre en compte les interrogations sur notre démarche. Nous menons une série de consultations avec celles et ceux qui ont émis des réserves, mais aussi avec celles et ceux ou qui ont des idées, des envies pour s’inscrire dans la dynamique. Nous avons aussi ouvert des formulaires auprès de nos adhérents pour qu’ils puissent nous faire remonter leurs critiques ou questionnements, afin que nous puissions en tenir compte. 

Rappelons quand même qu’au-delà de ces quelques voix inquiètes qu’il faut écouter, notre rapprochement est salué par l’immense majorité de nos adhérents et de notre écosystème.

 

  • Certains craignent aussi que votre fusion ait pour conséquence une baisse des adhésions pour d’autres structures du secteur de l’intérêt général.

 

M.L. : Je ne pense pas que cela sera le cas. Au contraire, notre objectif est de développer la philanthropie et le mécénat, qui n’ont pas encore atteint leur plein potentiel. Nous devons être plus forts et plus nombreux, dans toutes les organisations qui animent le secteur. Par ailleurs, nous n’avons pas la même typologie d’adhérents que les autres membres de la Coalition Générosité et/ou nos adhérents respectifs n’ont pas les mêmes attentes vis-à-vis des uns ou des autres. 

 

Nous militons pour renforcer l’exigence éthique dans le mécénat et la philanthropie. »

François Debiesse

 

  • Quels seront vos sujets de plaidoyer communs dans les années à venir ?

 

F.D. : Tout d’abord nous militons pour renforcer l’exigence éthique dans le mécénat et la philanthropie. Il est nécessaire que la notion de désintéressement soit au cœur de notre secteur. Nous sommes très loin, en France, du modèle américain de philanthropie où il existe des structures avec des moyens colossaux qui ont pu faire de l’ingérence dans le fonctionnement de la démocratie. Cependant il y a eu des dérives, et nous devons absolument les combattre, comme Marion Lelouvier et moi l’avons fait valoir lors de nos auditions devant la commission sénatoriale en cours sur ce sujet. C’est la condition pour être inattaquables, notamment par les pouvoirs publics.

 


Lire également : La transparence du mécénat au cœur d’une commission d’enquête sénatoriale 


 

Dans le contexte actuel, le gouvernement va chercher à faire des économies sur tout ce qu’il peut. Plus nous aurons de données à faire valoir, plus nous produirons et renforcerons la confiance, mieux nous pourrons encourager la philanthropie et le mécénat. »

Marion Lelouvier

 

M.L. : Certains sujets nécessitent notre attention immédiate (projet de loi de finances 2027, taxe sur les salaires, taxe d’apprentissage) et nous travaillons déjà dessus avec le gouvernement et les parlementaires. Plus largement, nous devons  travailler à développer une vision positive du mécénat et de la philanthropie. Il s’agit de promouvoir le rôle de l’initiative privée non lucrative sur le fond, entre l’offre marchande et le service public, face aux défis. Cela se fera grâce à des exigences fortes en matière d’éthique, mais aussi grâce à un travail sur les données et la mesure de notre impact, afin notamment de mesurer les coûts évités et la valeur créée grâce à notre action. Dans le contexte actuel, le gouvernement va chercher à faire des économies sur tout ce qu’il peut. Plus nous aurons de données à faire valoir, plus nous produirons et renforcerons la confiance, mieux nous pourrons encourager la philanthropie et le mécénat.

Nous voulons aussi contribuer à renforcer le rôle de la société civile dans le fonctionnement de la démocratie. C’est pour cela notamment que nous nous engageons derrière la candidature de Claire Thoury, la présidente du Mouvement associatif, à la présidence du Conseil économique, social et environnemental.

 

  • Comment voyez-vous la place du mécénat et de la philanthropie par rapport aux financements publics de l’intérêt général ?

 

F.D. : Nous avons un enjeu à développer le mécénat et la philanthropie. Le dernier baromètre d’Admical indiquait que seules 9 % des entreprises en France font du mécénat. Cela veut dire que 91 % d’entre elles n’en font pas, et qu’il existe un énorme potentiel de développement, notamment en étant plus présents dans les territoires, et en développant une approche plus collective et mutualisée du mécénat, comme Admical a pu le faire avec ses incubateurs de mécénat collectif territorial.

Les jeunes générations sont demandeuses de sens, et la démarche de mécénat est une des manières d’en donner aux collaborateurs d’une entreprise. Nous sommes donc dans un momentum favorable pour le développement du mécénat, quelle que soit la taille de l’entreprise.

Cependant, il est évident que le mécénat et la philanthropie ne peuvent pas remplacer le financement public de l’intérêt général. Ils doivent être envisagés comme un complément intéressant à ce financement public.

 

Propos recueillis par Camille Dorival 

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