France tiers-lieux disparaît : la fin de la politique publique de soutien aux tiers-lieux ?
L’organisme, chargé d’appuyer le développement et le maintien des 3 500 tiers-lieux français, a été dissout le 29 juin, dans un contexte budgétaire très contraint. Le ministère de l’aménagement des territoires insiste sur l’importance pour ces organisations de « trouver leur modèle économique ».
France tiers-lieux, l’organisation chargée de soutenir la création, le développement et la pérennisation des tiers-lieux en France, est dissoute. La décision a été actée en assemblée générale le 29 juin dernier. France tiers-lieux est un groupement d’intérêt public : il exerce des activités d’intérêt général à but non lucratif et réunit pour cela plusieurs acteurs publics et privés, dans ce cas cinq ministères, l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) et l’Association nationale des tiers-lieux (ANTL). Les pouvoirs publics n’ont pas effectué d’annonce officielle.
Parmi les missions de France tiers-lieux : accompagner les tiers-lieux dans leur développement et leurs actions, mais aussi produire et diffuser des publications à destination des porteurs de projets et organiser des rencontres entre eux. « Pour structurer et professionnaliser la filière ou améliorer les conditions de travail par exemple, il faut pouvoir faire de la formation et de l’accompagnement. C’était le rôle du marché d’accompagnement des tiers-lieux, géré par France tiers-lieux. Ce programme ne va plus exister », indique Akira Lavault, co-présidente de l’Association nationale des tiers-lieux.
Il existe 3 500 tiers-lieux en France, selon le dernier recensement effectué par France tiers-lieux, conformément à ses obligations, en 2023. 34 % se situent en milieu rural. Ce sont des bureaux partagés, des ateliers d’artisans, des espaces culturels, des structures de formation ou encore proposant des activités d’économie circulaire. La moitié de leur chiffre d’affaires provient de subventions publiques.
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Un soutien financier drastiquement réduit
Pour Akira Lavault, la suppression du GIP est ainsi « l’arbuste qui cache la forêt » : la baisse drastique des financements publics. Le soutien accordé par l’État au développement des tiers-lieux est passé de 13 millions d’euros en loi de finances 2025 à 1,2 million au maximum dans le texte adopté pour 2026 avec l’article 49.3 de la Constitution. Et pour l’instant, pas de trace de ce financement pourtant prévu.
« Les efforts portés par le GIP et tous les partenaires ont permis de donner aux tiers-lieux une visibilité, un ancrage territorial et une légitimité reconnue. Ils peuvent désormais être considérés comme naturellement insérés dans les outils et dispositifs de droit commun de soutien aux projets de territoire », a justifié le ministère de l’aménagement du territoire le 30 avril, en réponse à une question du sénateur centriste Hervé Maurey sur le soutien financier de l’État. Une mission d’évaluation de l’inspection générale de l’administration a formulé des recommandations sur l’avenir de France tiers-lieux en janvier, sans que celles-ci aient été communiquées au-delà du ministère de l’aménagement du territoire.
« À compter de l’exercice 2026, [les tiers-lieux] doivent, après un appui initial décisif, trouver leur modèle économique en développant autant que possible leurs ressources propres et mobilisant des financements de droit commun », a également estimé le ministère.
L’État se retirant, il y a fort à parier que les autres financeurs publics s’en aillent »
Akira Lavault, co-présidente de l’Association nationale des tiers-lieux
Des effets en cascade
« Mélanger les ressources publiques et privées, nous le faisons déjà », assène Akira Lauvault. « Aller chercher un modèle économique, ce n’est pas possible quand on travaille sur la question de l’intérêt territorial. Les tiers-lieux sont généralement des structures non lucratives, avec un budget nul voire déficitaire », poursuit la co-présidente de l’Association nationale des tiers-lieux, en réponse aux injonctions du ministère. Certains travaillent pour « l’accueil des exilés », « contre les violences faites aux femmes ou aux enfants » ou encore sur « l’insertion des jeunes dans les territoires ruraux », illustre celle qui est également co-fondatrice d’un tiers-lieu breton. Leur demander de trouver des financements privés revient selon elle à « se dédouaner de la responsabilité des pouvoirs publics », sur des sujets concernant pourtant les politiques publiques.
Elle s’inquiète de l’impact des coupes étatiques sur les programmes proposés par les tiers-lieux eux-mêmes, mais aussi sur l’action de leurs partenaires, les associations ou coopératives hébergées en leur sein par exemple. « Les tiers-lieux sont des espaces de coopération, de co-construction de projets, de financement, qui fonctionnent en consortium », détaille-t-elle. En outre, « l’État se retirant, il y a fort à parier que les autres financeurs publics s’en aillent », craint-elle.
Huit salariés concernés
L’ANTL déplore « le dernier signe visible d’un retrait massif et silencieux de l’État des territoires et du lien social », dans un communiqué. « Nous sommes en train d’abandonner une réflexion à moyen ou long terme sur la manière dont l’action publique peut s’appuyer sur des communautés de citoyens et citoyennes actifs dans les territoires. C’est un retour en arrière sur la co-construction », affirme de son côté une source en lien avec le dossier.
Cet interlocuteur regrette une décision « opaque et brutale », notamment pour les huit salariés du GIP, dont 3 CDI.
Contactés, l’Agence nationale de la cohésion des territoires et le ministère de l’aménagement des territoires n’ont pas répondu à nos sollicitations.
Célia Szymczak 