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Par Carenews INFO - Publié le 2 avril 2026 - 15:49 - Mise à jour le 2 avril 2026 - 15:59 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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« Ici, on est comme chez nous » : la Maison des familles, un soutien à la parentalité par l’accueil et l’entraide

La Maison des familles d’Ermont-Eaubonne (Val d'Oise) est un lieu de répit et de ressources pour les parents en situation de vulnérabilité, portée par la Fondation Apprentis d'Auteuil. Ouverte sans inscription, sans rendez-vous et sans conditions de ressources, elle accueille majoritairement des mères, qui y tissent des liens de solidarité. Reportage.

Une centaine de familles, habitant Eaubonne et les alentours, sont accueillies à la Maison des familles. Crédit : Carenews / Elisabeth Crépin-Leblond
Une centaine de familles, habitant Eaubonne et les alentours, sont accueillies à la Maison des familles. Crédit : Carenews / Elisabeth Crépin-Leblond

 

Les rires fusent jusqu’à la rue tranquille du centre de la ville d’Eaubonne (Val d’Oise). À l’intérieur de la maison, un petit groupe de femmes discutent joyeusement autour d’un jeu de société étalé sur la table. « Quelle carte vous fait penser à votre enfant, et pourquoi ? », lance une animatrice. Ouahida, une des mères présentes ce jour-là, en choisit une représentant une bulle. « Lors de ma première grossesse, j’avais beaucoup d’angoisses », raconte-t-elle.  

Ouahida a connu la Maison des familles d’Ermont-Eaubonne par le bouche-à-oreille. Dans ce lieu porté par la Fondation Apprentis d’Auteuil et le Secours catholique, des parents en situation de vulnérabilité disposent d’un espace pour se ressourcer au cours de la semaine, avec ou sans leurs enfants. 

Jeux, activités sportives, massages, ateliers manuels… « Tout ce qui se fait ici part des envies des familles », explique Gilles Lesueur, le responsable de la maison. Formé en tant qu’éducateur spécialisé, il accueille les familles, les accompagne dans leurs projets et cherche des financements pour les activités. Cette année par exemple, des parents souhaitent organiser des séances afin d’apprendre la natation et le vélo et pouvoir accompagner leurs enfants. Des groupes de travail ont été créés. 

 

Maison des familles Ermont-Eaubonne
Mères et bénévoles jouent ensemble au jeu de société Dixit. Crédit : Crédit : Carenews / Elisabeth Crépin-Leblond

 

  

Une centaine de familles accueillies, sans conditions 

  

« Ici, on est comme chez nous. Même si je n’ai rien de spécifique à faire, je viens. S’il fait beau, je profite du soleil », décrit Ouahida. 

Le pavillon, agrémenté d’une terrasse et d’un petit jardin, a des allures de maison familiale. Prêté par la mairie, il est ouvert tous les jours de la semaine de 9 à 17 heures aux parents qui le souhaitent, sans inscription et sans rendez-vous. Pour venir à la Maison des familles, pas besoin non plus d’adhésion, ni d’avoir été adressé par un service social. Aucune condition de ressources n’est fixée, même si les familles sont pour beaucoup en situation de précarité.  

Quand un nouvel arrivant se présente, Gilles Lesueur lui demande simplement son prénom et son numéro de téléphone, pour être intégré au groupe Whatsapp où s’échangent les informations. « Il n’y a quasiment aucune contrainte », souligne-t-il. 

En tout, une centaine de familles, habitant Eaubonne et les alentours, sont accueillies. Certaines d’entre elles, hébergées par le 115, disposent d’un congélateur pour stocker leurs courses et d’un espace buanderie pour laver leurs linges. Parmi les parents qui viennent régulièrement, une grande majorité de femmes.  

 

L’isolement entretient la précarité. Le but est de leur permettre d’en sortir ».

Gilles Lesueur, responsable de la maison 

  

Rompre l’isolement des mères 

  

« La maison leur apporte un vrai réconfort », assure Gaëlle, une des six bénévoles du lieu, présente plusieurs fois par semaine. « La plupart des mères sont arrivées dans le coin sans connaître personne. Beaucoup viennent également de l’étranger et sont isolées », souligne-t-elle. Ici, « les mamans » font des rencontres, échangent et se motivent entre elles à faire des projets. Après des parcours parfois compliqués, l’objectif est avant tout qu’elles se sentent bien et qu’elles reprennent confiance en elles. « L’isolement entretient la précarité. Le but est de leur permettre d’en sortir, notamment par l’entraide », appuie Gilles. 

« Je suis venue parce que je me sentais isolée », partage Ouahida. Ancienne animatrice et mère de deux filles de 16 et 20 ans, elle a vu sa vie bouleversée en 2021 par la découverte d’un cancer. Depuis deux ans, en incapacité de travailler, elle retrouve ici un peu de son ancien métier. « Je propose des activités et j’organise des ateliers manuels. Ça me permet de vivre ma passion », décrit la quinquagénaire. 

 


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Afin d’aider les mères allophones à pratiquer le français, Gaëlle organise quant à elle des « cafés papotage ». « Il y avaient une demande de mise à niveau. Celles qui avaient besoin ont été dirigées vers des cours plus structurés. De mon côté, je leur propose de s’entraîner à l’oral », explique-t-elle. 

   

On peut partager des choses par rapport à nos enfants. D’autres mamans avec des enfants plus grands nous conseillent ».

Ouardia, mère de deux enfants de 10 et 6 ans

  

Un soutien à la parentalité 

  

Au-delà du lien social, la Maison des familles a pour vocation d’apporter un soutien à la parentalité pour celles et ceux qui ont en besoin. « Certaines se sentent larguées dans leur rôle de maman. D’autres ont des enfants en situation de handicap et ne trouvent pas suffisamment d’appuis », illustre Gaëlle. « Nous sommes là pour les rassurer et les rediriger vers des solutions », explique-t-elle.  

Des formations sont également dispensées par des professionnels autour de l’enfance et de la parentalité. Enfin, le soutien s’exprime aussi par le partage d’expériences des familles entre-elles, toujours dans un esprit d’entraide et d’horizontalité. 

 


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« On peut partager des choses par rapport à nos enfants. D’autres mamans avec des enfants plus grands nous conseillent », témoigne Ouardia. Cette mère de 40 ans habite à Eaubonne depuis deux ans et fréquente la Maison des familles depuis un an. À son arrivée dans la ville, elle ne connaissait personne. « Le lieu est bien pour faire des rencontres et des activités. C’est chaleureux », décrit-t-elle.  

 

Maison des familles Eaubonne
L'entrée de la maison des familles. Crédit : Carenews / Élisabeth Crépin-Leblond

 

  

« La maison répond à un besoin auquel la société ne répond pas » 

  

Impliquée dans l’organisation de la maison, Ouardia emmène régulièrement ses deux enfants, âgés de dix et six ans, avec elle le mercredi. « Ils ont l’habitude. Maintenant, c’est eux qui me demandent de venir ! », s’amuse-t-elle. 

« La maison répond à un besoin auquel la société ne répond pas. Il y a un vrai besoin, un manque », estime Gaëlle. Implantée depuis 2018, la Maison des familles d’Ermont-Eaubonne est la seule développée par la Fondation Apprentis d’Auteuil en Île-de-France. 24 structures de ce type existent en France, dont les deux premières ont été lancées à Grenoble et à Marseille.  

Avec deux salariés à plein temps, son fonctionnement repose sur un budget de 150 000 euros par an. Une partie des financements proviennent directement de la fondation et, par elle, de certains financements privés fléchés. Une autre est fournie par la caisse d’allocations familiales, via le Fonds national parentalité, ainsi que par le département et par la mairie d’Eaubonne. 

Son succès pousse aujourd’hui le responsable de la maison à chercher un espace plus grand à proximité, pour répondre à la demande des familles. Le secret de la recette ?  À en croire les différentes personnes présentes ce jour-là, l’écoute et la bienveillance mais aussi la confiance dont disposent les personnes accueillies. « Les mamans sont libres de faire ce qu’elles veulent. Elles ne sont pas jugées et elles ne sentent pas pris au piège », résume Gaëlle. 

 

La Fondation Apprentis d’Auteuil, une mission d’accompagnement des jeunes et des familles

La Fondation Apprentis d’Auteuil a été créée il y a 160 ans, avec pour but originel l’accueil des orphelins. Aujourd’hui, ses missions s’élargissent à des champs variés : protection de l’enfance, lutte contre le décrochage scolaire, formation et insertion professionnelle des 16-30 ans, et depuis les années 2000, accompagnement des familles. « Ce travail vise à accompagner les familles fragilisées et à redonner confiance en leurs capacité aux parents. L’idée est de répondre à leurs attentes avant que la situation ne se dégrade », détaille Vanessa de Lauzainghein, directrice communication, relation bienfaiteurs et ressources de la fondation.

Pour répondre aux besoins, la fondation développe également de nouveaux modèles de structures. Des crèches à horaires atypiques visent par exemple à offrir des solutions de garde aux foyers monoparentaux, et permettre ainsi aux parents seuls de reprendre un emploi. Les « Toulines », au nombre de 16, sont quant à eux des dispositifs accueillant des jeunes sortants de l’Aide sociale à l’enfance. En tout, 40 000 jeunes et 9 000 familles sont accompagnés par la fondation, dans ses 430 établissements en métropole et en outre-mer.

La Fondation Apprentis d’Auteuil mène également un travail de plaidoyer, seule ou en collectif sur la protection des mineurs et des jeunes majeurs de l’Aide sociale à l’enfance.  « Les solutions existent mais elles doivent être soutenues par les pouvoirs publics », défend Vanessa de Lauzainghein. Aujourd’hui le budget de la fondation provient à 57 % de financements publics et à 43 % de financements privés.

 

Élisabeth Crépin-Leblond 

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