L'engagement social et environnemental des entreprises permet d'éviter des coûts pour la société, selon une étude
Réduction des émissions de gaz à effet de serre ou de l’usage de l’eau, emploi des jeunes, des seniors et des personnes handicapées : une étude estime les bénéfices économiques pour la société de l'action de six grandes entreprises. Elle a été publiée le 29 janvier par le mouvement d’entreprises Impact France et le cabinet de conseil Wavestone.
Les actions des’entreprises, visant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, à économiser l’eau ou à embaucher des jeunes, des seniors et des personnes en situation de handicap, réduisent les coûts « pour la puissance publique, les individus, les territoires et les économies nationales ». C’est ce que cherchent à prouver le mouvement d’entreprises Impact France et le cabinet de conseil Wavestone, dans une étude publiée le 29 janvier.
Pour y parvenir, les auteurs ont identifié les effets positifs d’actions environnementales et sociales de six entreprises françaises : Bel, Harmonie mutuelle, L’Occitane en Provence, La Poste, Sogaris et Veolia. Ils ont en partie calculé les coûts qui pourraient être évités par la société grâce à leurs actions, puis les coûts évités par la société si ces pratiques étaient généralisés à l’échelle sectorielle, territoriale ou nationale, et pas seulement adoptées par une seule entreprise.
Les bénéfices de la limitation du réchauffement climatique
Ainsi, la mise en place d’une chaufferie biomasse pour produire de la chaleur renouvelable à la place d’une chaudière au gaz sur un site industriel par le groupe Bel a permis à la collectivité d’éviter 1,7 million d’euros de coûts en 2024 grâce à la réduction des émissions de CO2, estiment-ils. Des effets positifs sont aussi mentionnés en termes de « maintien et [de] création d’activité économique locale », notamment pour fournir du bois et des déchets destinés à la production de chaleur, mais ces impacts ne sont pas monétarisés dans l’étude.
À l’échelle des entreprises de l’industrie agroalimentaire en France, l’augmentation de la part de la chaleur renouvelable de 29,6 % à 38 % – en s’appuyant sur un objectif fixé par la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte – aurait permis d’éviter 51 millions d’euros de coûts en 2024, peut-on lire dans l’étude.
Pour calculer les économies réalisées, il a fallu attribuer une valeur monétaire aux émissions de gaz à effet de serre. Pour cela, les auteurs se sont référés à un « prix théorique » élaboré par l'Agence de protection de l'environnement (EPA) des États-Unis en fonction de « la valeur monétaire des dommages futurs » causés par le réchauffement climatique.
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Des avantages liés à la santé
Autre exemple : le captage du méthane produit par la décomposition de déchets dans un centre de traitement de Veolia, au Brésil, et sa valorisation en électricité pour approvisionner des clients, a permis une économie pour la société de 29 euros par habitant en 2024, poursuivent les auteurs.
De la même manière, l’électrification de 13 % des véhicules logistiques sur le site de l’entreprise Sogaris à Rungis en 2030 permettrait à la société d’économiser 0,3 million d’euros en 2030, grâce à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et des nuisances sonores. Le chiffre de 13 % pour 2030 est choisi à partir d’un scénario élaboré par le ministère de la Transition écologique.
L’électrification de l’ensemble des flottes logistiques sur le territoire du Grand-Orly Seine Bièvre, réunissant 24 communes dont Rungis, permettrait d’éviter 2,5 millions d’euros de coûts pour la société en 2030. Au-delà de la réduction des émissions de gaz à effet de serre et des nuisances sonores, d’autres bénéfices, non monétarisés, sont identifiés en termes de santé, d’attractivité et de développement économiques du territoire (limitation de la baisse des rendements agricoles ou de la dépréciation des biens immobiliers causées par la pollution atmosphérique par exemple).
Un calcul au niveau territorial et collectif
Pour ce qui est de l’eau, le recyclage des eaux usées industrielles pour les opérations de nettoyage doit permettre à l’un des sites de production de L’Occitane en Provence de réduire de 60 % ses consommations en eau. Cela doit conduire à éviter 0,1 million d’euros de coûts pour la société en 2026.
À l’échelle de l’Ardèche, si les prélèvements en eau sont réduits de 20 %, conformément à la cible du département, 45 millions d’euros pourraient être économisés par la société en 2030. En effet, si la raréfaction de l’eau est moins importante, cela limite le surcoût de l’eau pour les riverains en période estivale, mais aussi la perte de valeur ajoutée pour le tourisme et l’agriculture ou le coût des infrastructures et de l’assainissement, peut-on lire dans l’étude.
3,7 milliards d'euros pourraient être évités
Pour ce qui est de l’emploi, les économies réalisées sont calculées à partir des coûts financiers directs liés au chômage, en termes d’allocations par exemple, et des manques à gagner liés aux cotisations sociales et à la fiscalité. Mais les auteurs mentionnent également les effets positifs de l’emploi sur la santé physique et mentale, le bien-être, ou encore l’employabilité, qui ne sont pas monétarisés.
Ainsi, l’embauche de 433 personnes en situation de handicap, ainsi que des achats auprès de structures employant également des personnes en situation de handicap par Harmonie mutuelle a permis à la société d’éviter 12,4 millions d’euros de coûts en 2024. Si toutes les entreprises respectaient l’objectif d'emploi de 6 % des salariés en situation de handicap fixé par la loi, 2,4 milliards d’euros auraient été économisés.
L’emploi de 15 000 jeunes par La Poste permet à la société d’éviter 354 millions d’euros de coûts en 2024, par rapport à leur non-emploi. Si le taux de chômage des jeunes atteignait le niveau moyen de celui de l’Union européenne, les sommes évités s’élèveraient à 3,7 milliards d’euros à l’échelle de la France, évaluent les auteurs. Pour les seniors, les chiffres s'élèvent à 1,5 milliard d’euros de coûts évités en 2024 pour la société par rapport à leur non-emploi grâce à l'action de La Poste, et à 96 milliards d’euros si le taux d'emploi des seniors en France atteignait la moyenne de l'Union européenne.
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Des chiffres à interpréter comme « des ordres de grandeur »
Au-delà des effets positifs sur la société, les entreprises elles-mêmes tirent des bénéfices de ces démarches, insistent les auteurs. Sogaris peut par exemple « assurer la résilience de son modèle économique » en limitant les émissions de gaz à effet de serre de son parc logistique de Rungis. L’Occitane « [sécurise] sa production sur le long terme » grâce à l'économie d'eau et La Poste « [améliore sa] compétitivité et [son] image de marque ».
Le tout a été réalisé « à partir de données partagées par les entreprises, complétées par des sources externes publiques ou issues de la littérature ». « Les résultats présentés (...) doivent (...) être interprétés non comme des valeurs exactes, mais comme des ordres de grandeur destinés à éclairer la décision et nourrir le débat public », précisent cependant les auteurs.
Célia Szymczak 