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Par Carenews INFO - Publié le 8 avril 2026 - 11:20 - Mise à jour le 8 avril 2026 - 11:30
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Le réemploi des contenants, une « piste sérieuse » pour l’environnement, les consommateurs et les entreprises

Une coalition d’entreprises de la cosmétique a mené une expérimentation de réemploi des contenants de produits d’hygiène et de soin. Ce dispositif est possible sur le plan économique et logistique, vertueux pour l’environnement et semble valorisé par les consommateurs, dans certaines conditions.

Une expérimentation a été menée sur 7 à 12 mois selon les enseignes commercialisant des cosmétiques. Crédit : iStock.
Une expérimentation a été menée sur 7 à 12 mois selon les enseignes commercialisant des cosmétiques. Crédit : iStock.

 

Rapporter les contenants de vos produits cosmétiques à la pharmacie ou dans les enseignes spécialisées une fois que vous les avez utilisés, pour qu’il soit réemployés : il s’agit d’une « piste sérieuse », vertueuse pour l’environnement, mais aussi faisable sur le plan économique et logistique pour les entreprises. 

C’est ce que nous apprend un livre blanc diffusé le 7 avril, à partir d'une expérimentation pilotée par le cabinet Circul’R et menée par la « coalition » d’entreprises de la cosmétique ReCosm. Pendant 7 à 12 mois, dans 45 points de ventes, les clients pouvaient rapporter le contenant vide de 200 références de 13 marques, dont Clarins, La Rosée, L’Oréal ou Pierre Fabre, pour qu’il soit collecté, trié, lavé, reconditionné et en théorie remis sur le marché, bien que cette dernière étape n’ait pas été mise en œuvre lors de l’expérimentation. 

Outre l’urgence environnementale, ce dispositif répond à une contrainte légale. La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, dite Agec, fixe un objectif de 10 % d’emballages réemployés mis sur le marché d’ici à 2027, avec un premier seuil à 5 % en 2023. Or, le taux de réemploi dans la filière hygiène-beauté n’atteint que 0,42 % en 2024, selon les données de l’Ademe

Une profitabilité à horizon 2030 

 

Premier enseignement : la « viabilité économique » du réemploi des contenants est possible mais « dépend directement de la montée en maturité du système et de la mise en place de la consigne ». En clair, au lancement du réemploi, les coûts sont élevés en raison de « volumes limités, d’une faible mutualisation des flux et de processus encore peu optimisés ». Ils diminuent ensuite à mesure que les volumes augmentent.  

« Le surcoût logistique induit par le réemploi est partiellement compensé par la réduction des coûts d’approvisionnement liés aux emballages neufs », précisent les auteurs. Plus les volumes augmentent et plus l’emballage est cher, plus les gains sont élevés.  

La consigne permet aux entreprises de limiter les coûts au début du processus. Elle devient un « levier d’incitation » pour les consommateurs avec l’accroissement des retours. Pour toutes ces raisons, le préemballé réemployable pourrait devenir viable, « voire profitable », à horizon 2030. 

Un impact environnemental lié au transport 

 

Sur le plan environnemental, «le préemballé réemployable devient plus performant que l’usage unique dès la deuxième utilisation », mais là encore, à condition d’atteindre des taux de retour importants, de 60 % au moins, et de limiter les pertes et le déclassement. 

La majorité de l’impact environnemental du réemploi des contenants dépend du transport. Ainsi, la « régionalisation » et la « mutualisation » des différentes étapes du processus est souhaitable. La réduction de cet impact passe également par « le déclenchement des trajets au remplissage maximal des véhicules », le fait de favoriser des motorisations électriques ou avec des biocarburants et l’organisation collective d’acteurs du secteur pour massifier les flux.  

Des dispositifs à mettre en place sur le temps long 

 

Mais cette démarche suscite-t-elle l’intérêt des consommateurs ? Oui, selon les auteurs de l’étude, qui s’appuient sur différents sondages. Par exemple, 9 répondants à un questionnaire sur 10 se déclarent favorables au développement de la consigne pour réemploi en France, selon des données CSA pour Citeo en 2025.  Pourtant, les taux de retour observés au cours de l’expérimentation restent limités : 11,9 à 18,6 % dans les magasins Aroma-Zone et Yves Rocher, 8,4 % en pharmacie, 1,1 % dans les Nocibé et Sephora. Les auteurs expliquent d’abord ces chiffres par le manque de visibilité du dispositif dans les magasins.  

Plusieurs éléments sont en outre corrélés à des taux de retour supérieurs. C’est le cas pour la formation et le suivi du personnel de vente, y compris pour « lever les freins psychologiques des consommateurs ». L’aspect visuel des emballages compte également. « De la pédagogie sur l’état des décors et un travail sur leur résistance des décors seront nécessaires pour ne pas freiner l’adhésion à l’avenir », peut-on lire dans le document, notamment en raison d’une « crainte concernant l’hygiène ».  

« Il est également possible que le mode de rétribution ait influencé le taux de retour », avancent les auteurs. En effet, les consommateurs bénéficiaient de bons d’achat d’un euro, de points de fidélité ou d’une « gratification financière » d’un ou deux euros, selon les types d’enseigne. Enfin, le réemploi « a besoin de temps pour s’ancrer », soutiennent les auteurs.  

Une faisabilité technique  

 

 « La faisabilité technique et sanitaire du préemballé réemployable », elle, « est possible, à condition que les emballages soient conçus dès l’amont pour résister à la boucle de réemploi ».   

« L’expérimentation a montré que les procédés de lavage industriel utilisés sont efficaces et pertinents », sur les plans sanitaire et esthétique. De plus, « les étapes de collecte, de tri, de transport et de lavage ont pu être déployées sans rupture majeure », détaillent les auteurs.  

« L’enjeu désormais est de transformer ces apprentissages en solutions opérationnelles pour structurer une véritable filière de réemploi dans la cosmétique », a commenté Jules Coignard, co-fondateur de Circul’R.  

 

Célia Szymczak 

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