Échanges internationaux : comment Erasmus + peut bénéficier aux acteurs de l’ESS
Depuis quelques années, le programme de l’Union européenne Erasmus + permet à des acteurs de l’économie sociale et solidaire d’organiser des séjours et des mobilités à l’étranger. Le Corps européen de solidarité permet quant à lui de réaliser des missions de volontariats à travers l’Europe.
Antonia et Marlène, 18 ans et l’Abitur (équivalent du bac en Allemagne) en poche, sont en France pour une durée de dix mois. Accueillies dans l’association d’éducation populaire nantaise Accoord, les deux jeunes allemandes s’occupent chacune de missions différentes dans les centres d’actions culturelles et sociales : animation auprès d’enfants, de parents ou de personnes âgées mais aussi ateliers linguistiques, partage de leur culture et création de diverses projets autour de l’Europe.
« L’interculturalité est bénéfique pour nos publics », argumente Zoé Fouquet, chargée de projet européen au sein d’Accoord. « Le vivre ensemble passe aussi par là », défend-elle. L’association, qui agit auprès de populations de tous âges, développe divers programmes pour favoriser les échanges internationaux. Séjours de vacances interculturels, accompagnement pour bénéficier du dispositif « Discovery EU Inclusion » à destination des jeunes de 18 ans, accueils de volontaires étrangers comme Antonia et Marlène ou encore mobilités de quelques jours pour les professionnels. « Le but est de permettre au plus grand nombre de partir à l’étranger au moins une fois par an », explique Zoé Fouquet.
Des appels à propositions annuels à destination des acteurs de l’ESS
Pour financer ces projets, Accoord bénéficie des fonds Erasmus +. Largement connu pour les mobilités étudiantes, ce programme européen qui fêtera ses 40 ans l’année prochaine s’adresse depuis 2014 à un panel plus large : apprentis, demandeurs d’emploi, adultes en activité, jeunes diplômés, etc.
Dans ce cadre, les acteurs de l’économie sociale et solidaire peuvent bénéficier de fonds européens afin de mener des échanges internationaux. Des appels à proposition annuels, dans le volet « éducation des adultes », permettent notamment d’organiser des coopérations entre acteurs de l’ESS de différents pays et des séjours de deux jours à deux mois.
En France, l’APF France Handicap a par exemple développé un projet de mobilité à destination d’aidants professionnels, de bénévoles et de personnes en situation de handicap. ESS France a de son côté déployé le dispositif Capse (pour « collective action for parity in social economy »), visant à améliorer l’accès des femmes aux postes de direction au sein des fédérations de l’économie sociale et solidaire, à travers des rencontres et des échanges de pratiques. Le Secours populaire de Roubaix coopère quant à lui avec des structures de Roumanie et de Belgique pour mieux identifier et valoriser les compétences des bénévoles.
Pour son volet adulte, Accoord propose des séjours de cinq jours, voyage inclus, aux professionnels employés par l’association. Animateurs, professeurs, personnels de ménage ou d’accueil… « Pour la plupart, ils ont très peu voyagé », met en avant Zoé Fouquet.
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« Prendre en confiance en soi » et « s’ouvrir au monde »
« L’un des programmes les plus aboutis est le Corps européen de solidarité », argumente par ailleurs Nadia Bellaoui, présidente de l’Agence du service civique française. Le groupement d’intérêt public intègre l’Agence Erasmus + France Jeunesse et Sport, en charge de développer ce programme.
Accessible aux jeunes de 18 à 30 ans et financé par la Commission européenne, le Corps européen de solidarité (CES), permet de réaliser des missions de deux semaines à douze mois au sein de projets d’intérêt général, de solidarité ou humanitaires. Ces missions sont indemnisées à hauteur de 500 euros par mois.
« Cela permet de prendre confiance en soi, de s’ouvrir au monde », met en avant Antonia, la jeune allemande, qui bénéficie justement du dispositif. Ses activités auprès des enfants lui permettent en outre de mieux prendre conscience des différentes réalités sociales. « Cela montre l’arrière-plan de leurs vies, leurs difficultés », pointe-t-elle. « C’est intéressant de voir les différences entre la France et l’Italie », considère quant à elle Valentina, une étudiante de 23 ans dans le secteur du service social et également volontaire au sein d’Accoord, pour une durée de six mois.
Il y a un phénomène de non-recours car certaines personnes ne se sentent pas légitimes.
Zoé Fouquet, chargé de projet européen chez Accoord.
Des freins à lever
« J’espère qu’à leur retour, ils reviennent plus ouverts d’esprit », lance de son côté Zoé Fouquet, à propos des différents publics ayant bénéficié d’un séjour interculturel. Le déploiement des programmes de mobilité n’est cependant pas exempt de freins à lever. « Il y a un phénomène de non-recours car certaines personnes ne se sentent pas légitimes », relève la chargée de projet. La non-connaissance des dispositifs, la perspective du transport ou encore la barrière de la langue peuvent freiner des potentiels bénéficiaires des programmes, estime-t-elle.
« Il y a une censure culturelle qui se fait », abonde Nadia Bellaoui qui pointe un budget encore insuffisant. « Nous recevons en moyenne dix candidatures pour une offre de volontariat », souligne-t-elle à propos du Corps européen de solidarité.
Pour lever les freins, Zoé Fouquet cherche donc à « accompagner l’interculturalité en amont » via diverses activités et formations et grâce au contact des jeunes volontaires étrangers. « Erasmus + est un des programmes de l’Union européenne qui fonctionne le mieux et reçoit très peu de critiques », argumente-t-elle, espérant que les montants alloués aux missions pour l’ESS seront maintenus pour la période à venir.
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Le budget 2028-2035 en cours de discussion
Le prochain budget pluriannuel de l’Union européenne, pour la période 2028-2034, est en effet en train d’être discuté. En 2021-2027, le programme Erasmus + était doté de 26,6 milliards d’euros et le Corps européen de solidarité, porté jusqu’à présent dans un programme distinct, d’un budget de 1 milliard d’euros.
En juillet 2025, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a présenté une proposition de budget prévoyant une enveloppe allouée à Erasmus + de 40,8 milliards d’euros pour la période 2028-2034. Une augmentation de 55 %, tempérée par l’inflation et par l’intégration du Corps européen de solidarité dans le programme Erasmus + à partir de 2028. Alors que le Royaume-Uni et la Suisse vont prochainement réintégrer Erasmus +, les fonds alloués au projet de mobilité pour l’éducation des adultes ont quant à eux progressé de 230 % entre 2021 et 2025, passant de 6,3 à 20,8 millions pour la France, met en avant l’agence Erasmus + France.
Élisabeth Crépin-Leblond 