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Par Carenews INFO - Publié le 15 octobre 2026 - 16:48 - Mise à jour le 15 octobre 2026 - 16:50 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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Les associations confrontées à des freins financiers et politiques pour porter leur plaidoyer

68 % des répondants d’une enquête de The Good Lobby France jugent la capacité d’influence collective du secteur associatif en recul depuis trois à cinq ans. Face à cette situation, la majorité des associations attendent davantage de soutien de la part des mécènes, mais ces derniers sont encore frileux à l’idée de financer le plaidoyer, selon l’enquête.

 80 % des associations répondantes n’ont pas de budget dédié au plaidoyer. Crédit : iStock /  erhui1979.
80 % des associations répondantes n’ont pas de budget dédié au plaidoyer. Crédit : iStock / erhui1979.

 

Les associations ont-elles de plus en plus de mal à peser dans le débat public ? C’est ce qui semble ressortir d’une enquête menée par les cabinets de conseil Teriya et Koz pour l’association The Good Lobby France dont l’objet est d’accompagner les associations et les initiatives citoyennes à faire entendre leurs voix auprès des décideurs publics, publiée le 14 octobre. Menée auprès d’associations, de financeurs et d’acteurs de l’accompagnement du plaidoyer du 30 juin au 22 septembre 2026, cette étude a permis de recueillir 370 réponses à un questionnaire et a donné lieu à huit entretiens approfondis.  

Selon The Good Lobby France, 63 % des associations déclarent leurs activités de plaidoyer en progression sur les trois dernières années. Pourtant, dans le même temps, 68 % des répondants jugent la capacité d’influence collective du secteur en recul depuis trois à cinq ans. Seulement 15 % des répondants estiment qu’elle progresse. 

 

Des moyens contraints  

  

L’enquête montre aussi des capacités de plaidoyer contraintes. 80 % des associations répondantes n’ont pas de budget dédié au plaidoyer. Parmi les personnes qui y consacrent du temps au sein des associations, deux sur trois n’y travaillent pas à temps plein. 72 % des associations citent le manque de ressources humaines parmi les freins internes à leur plaidoyer, 66 % le manque de budget et 55 % le manque de temps.   

Pour renforcer leur capacité d’action, les associations développent donc de plus en plus des coalitions. Selon The Good Lobby France, 76 % des associations qui décrivent leurs actions de plaidoyer agissent en coalition ou en coordination et 62 % des associations qui envisagent de nouvelles modalités de plaidoyer souhaitent renforcer leur participation à des coalitions. L’intégration de coalitions reste cependant plus difficile pour les petites structures, qui manquent à la fois de temps et de moyens humains pour les concertations. Le manque de coordination entre acteurs est quant à lui cité par tous les groupes de répondants. 

Le contentieux prend également de l’importance, pointe Antoine de Clerck, membre de Koz, lors d’un évènement de présentation de l’étude organisé le 14 octobre au Philanthro Lab, à Paris. Illustration récente, l’association Oxfam France a par exemple annoncé attaquer l’État français en justice pour « rupture d’égalité face à l’impôt ». Présente lors de l’évènement, Laura Morin-Baudet, directrice générale de l’association L’Enfant bleu-Enfance maltraité, témoigne quant à elle de la plainte récente de sa structure contre l’ordre des médecins du Finistère dans le cadre de l’affaire Le Scouarnec. 

 


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Un contexte de plus en plus hostile  

  

En parallèle de ces conditions internes de plaidoyer, les associations font face à un contexte politique de plus en plus hostile. 72 % des associations disent ainsi assister à la montée de courants politiques qui remettent en cause le rôle des corps intermédiaires et 57 % anticipent un contexte défavorable au plaidoyer dans les 12 à 18 mois à venir. Ces déclarations interviennent alors que le Rassemblement national s’est exprimé à plusieurs reprises en faveur de l’imposition d’un principe de « neutralité » aux associations recevant des subventions ou dont les dons ouvrent droit à une déduction fiscale. 

Les difficultés financières pèsent aussi sur les structures. 78 % des associations citent ainsi la pression sur les financements comme premier phénomène affectant leur espace d’action. « Cette étude caractérise l’époque dans laquelle nous sommes, marquée par un phénomène global d’attrition des budgets, de l’espace démocratique et de la solidarité », déplore Pascal Brice, président de la Fédération des actions de la solidarité (FAS), lors d’une table ronde. « Les associations n’ont jamais passé autant de temps au plaidoyer et en même temps, elles ont l’impression de ne pas être entendues », abonde Laura Morin-Baudet. 

 


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Des craintes chez les financeurs  

  

Face à ce contexte, 64 % des associations attendent davantage de soutien de la part des fondations et de mécènes, rapporte The Good Lobby France. 56 % souhaitent davantage d’échanges entre pairs et 48 % une offre pro bono plus développée.  

Pourtant, le financement du plaidoyer par les fondations et mécènes reste difficile. « Il y a une frilosité de la philanthropie qui a parfois une mauvaise compréhension du plaidoyer », souligne Antoine de Clerck. Plus de la moitié des financeurs répondants à l’enquête, 12 sur 23, ne soutiennent pas le plaidoyer des associations. « Les fondations ont peur d’un plaidoyer qu’elles assimilent à une action militante, à de l’activisme », analyse Gaëtan de Royer, fondateur The Good Lobby France et de l’association de lutte contre la grande précarité et l’exclusion Les Oubliés de la république. La neutralité ne fait pourtant pas partie des conditions de l’intérêt général, notion définie uniquement dans le cadre fiscal en France, rappelle Charlotte Delobel, professionnelle du mécénat.  

  

Des stratégies pour peser dans le débat public  

  

D’un autre côté, « une des raisons pour lesquelles les Français continuent de faire confiance aux associations, c’est parce qu’elles ne se mêlent pas de politique partisane », pointe Pascal Brice en se référant à une étude publiée par le think tank Destin commun fin septembre. Selon ce document, 75 % des Français souhaitent que les associations soient davantage associées aux décisions politiques mais la majorité considèrent qu’elles doivent rester à l’écart des logiques partisanes.  

« C’est un chemin de crête. Nous devons poser des points fixes de valeur, comme la dignité humaine, mais sans tomber dans la position de moralisateur », estime le président de la FAS. Pour dépasser les peurs des financeurs et assoir la légitimité des associations, les intervenants présents appellent à ancrer les stratégies de plaidoyer dans les actions concrètes des associations. « Nous mettons de plus en plus l’accent sur les solutions que nous apportons à la société d’un point de vue de la dignité mais aussi de la tranquillité publique par exemple », illustre Pascal Brice. 

Laura Morin-Baudet appuie quant à elle sur la nécessité de parler fréquemment aux décideurs publics et de porter des propositions concrètes dans les médias. Face à la saturation des discours politiques, Gaëtan de Royer insiste de son côté sur la nécessité de se différencier et d’apporter des expériences sensibles, notamment en montrant à voir les réalités vécues par les personnes bénéficiaires, sans les surexposer. 

  

Élisabeth Crépin-Leblond 

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