Pour 2027, les patrons « engagés » d’Impact France demandent un autre modèle économique, social et environnemental
Les dirigeants d’entreprises « engagées » sur les questions écologiques et sociales appartenant au Mouvement Impact France se sont réunis à Paris le 28 août. L’occasion de défendre leurs propositions, présentées comme alternatives à celles du Medef, en particulier face aux candidats à l’élection présidentielle présents.
Il existe des patrons en désaccord avec le Medef, ou en tous cas, ne partageant pas complètement sa vision de l’économie et de la société. C’est le message que souhaite porter Impact France, un mouvement réunissant 30 000 entreprises se définissant comme « engagées » sur les questions écologiques et sociales. Il organise le 28 août, pour la 8e année consécutive, les Universités de l’économie de demain, une journée de débat à Parise.
« Il y a une voix de l’entrepreneuriat français qui n’est pas représentée », dénonce Julia Faure, la co-présidente du mouvement, lors d’un point presse. « La seule parole qui émerge en haut est celle d’une minorité », indique-t-elle, en référence au Medef.
« Pour nous, la compétitivité, ce n’est pas seulement la compétitivité coût », détaille Pascal Demurger, l’autre co-président du mouvement. « Nous n’avons pas un plaidoyer exclusivement centré sur “il faut baisser les charges, baisser les contraintes, il faut alléger la réglementation” », poursuit-il. « Il y a des endroits où nous avons besoin de plus de protection et de plus de normes », abonde Julia Faure.
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« Partager les richesses »
Concrètement, Impact France demande d’imposer aux entreprises produisant en dehors de l’Union européenne les mêmes standards environnementaux, sociaux et sanitaires qu’à celles du continent. « La protection juste pour rétablir une compétition loyale », résume Pascal Demurger au cours d’une table ronde. Le mouvement appelle également à conditionner les aides publiques aux entreprises – évaluées à 211 milliards d’euros en 2023 par une commission d’enquête sénatoriale – à des actions sociales et environnementales. Et propose aussi une modulation de la fiscalité en fonction de ces engagements.
À court terme, pour le budget 2027, Pascal Demurger considère que « les entreprises doivent aussi prendre leur part à l’effort » de réduction du déficit public. Ainsi, il se prononce en faveur du maintien de la surtaxe visant les grandes entreprises, mise en œuvre depuis deux ans. Ce à quoi s’oppose Patrick Martin, le président du Medef.
Plus généralement, « il va falloir renforcer les solidarités et les services publics », ajoute Julia Faure, appelant à « partager les richesses » afin de « faire face aux chocs climatique et écologique ».
LFI et le RN volontairement exclus
Au-delà des débats budgétaires, les propositions visent directement les candidats à l’élection présidentielle. Édouard Philippe, Marine Tondelier, Raphaël Glucksmann, François Ruffin, François Hollande, Gabriel Attal, candidats déclarés ou potentiels, participaient à des tables-rondes, sans être réunis pour un débat. « Nous sommes dans un contexte de journée de travail, avec des élus ou des dirigeants politiques avec lesquels, effectivement, nous pouvons construire des solutions, comment dirais-je, crédibles », justifie Pascal Demurger. « Notre objectif aujourd’hui c’est évidemment de convaincre le plus grand nombre d’entre eux ».
Le plus grand nombre, en dehors de La France insoumise (LFI) ou du Rassemblement national (RN), qui n’ont pas été conviés. Pour autant, Impact France ne prendra pas position contre l’extrême droite, contrairement aux choix effectués aux élections présidentielles de 2022 et législatives de 2024. « Il y a aussi, au sein de notre organisation, des entreprises qui ont des salariés qui votent pour l’extrême droite », explique Julia Faure. « Nous subissons aussi ce glissement de la fenêtre d’Overton [l’évolution de ce qui est jugé acceptable par le plus grand nombre dans la société, concept fréquemment utilisé pour évoquer la normalisation du Rassemblement national]. Je le déplore, mais je suis aussi présidente d’un mouvement qui est divers ». Pascal Demurger, en tant que directeur général de la Maif, a néanmoins affirmé publiquement son opposition au RN.
Concernant le mouvement de Jean-Luc Mélanchon, « nous assumons tout à fait [le] choix » de ne pas l’avoir invité, a déclaré Pascal Demurger. Tout en précisant que « cela ne veut pas dire que nous les mettons dans le même panier, c’est important ».
Célia Szymczak 