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Par Carenews INFO - Publié le 28 janvier 2026 - 18:11 - Mise à jour le 28 janvier 2026 - 18:34 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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République centrafricaine, Namibie, Honduras… L’ONG Care recense dix crises humanitaires oubliées des médias

L’association de solidarité internationale Care a publié son dixième rapport annuel sur les crises humanitaires « oubliées » dans le monde. Le document montre une surreprésentation du continent africain parmi les situations les moins médiatisées et alerte sur la baisse des soutiens étatiques à l’action humanitaire.

Ce désintérêt a pour conséquence de laisser ces crises humanitaires s’enraciner dans la durée, avertit l’association. Crédit : iStock / Jo Raphael
Ce désintérêt a pour conséquence de laisser ces crises humanitaires s’enraciner dans la durée, avertit l’association. Crédit : iStock / Jo Raphael

  

43 millions de personnes ont été touchées par dix « crises humanitaires oubliées » en 2025, rapporte Care dans une étude publiée mercredi 28 janvier. 

Depuis dix ans, l’association de solidarité internationale recense chaque année les dix crises humanitaires les moins documentées par les médias. Cette enquête est réalisée par la plateforme de veille médiatique Meltwater, à partir de la liste de l’ensemble des crises et catastrophes mondiales affectant plus d’un million de personnes établie par Care.  

En 2025, 43 crises humanitaires ont été ainsi recensées. Leur couverture médiatique entre le 1er janvier et le 30 septembre 2025 a été analysée, sur un échantillon de 345 000 médias en ligne à travers le monde et concernant des publications en anglais, français, allemand, espagnol et arabe. 

  

L’Afrique, le continent le plus concerné par l’oubli 

  

Selon le rapport, la crise humanitaire la moins documentée se trouve en République centrafricaine, causée par la guerre et les déplacements de population. 1 532 articles en ligne ont été recensés sur le sujet par Meltwater, contre, à titre d’exemple, 445 342 sur la fermeture de Tiktok aux États-Unis ou 96 927 sur le mariage de Jeff Bezos à Venise. 

Viennent ensuite les crises en Namibie (2 379 articles), en Zambie (2 980 articles), au Malawi (3 436), au Honduras (3 533 articles), en Corée du Nord (4 075 articles), en Angola (4 132 articles), au Burundi (5 879 articles), au Zimbabwe (5 905 articles) et à Madagascar (6 210 articles). 

À l’inverse les crises humanitaires les plus mentionnées en ligne en 2025 se situent en Palestine, en Syrie, au Venezuela, en Ukraine et en Afghanistan. 

 

 

Sécheresses prolongées, inondations, insécurité alimentaire chronique : le dérèglement climatique agit comme un multiplicateur de crises ». Care.

Des crises qui s’enracinent  

  

« Au fil des ans, des constats se répètent avec une constance troublante », relève Care dans son rapport. Tout d’abord, alors même qu’elles affectent des millions de personnes, la majorité des crises les moins médiatisées se trouvent sur le continent africain 

En outre, le changement climatique touche aujourd’hui « l’ensemble des pays du classement 2025 ». « Sécheresses prolongées, inondations, insécurité alimentaire chronique : le dérèglement climatique agit comme un multiplicateur de crises », alerte-t-elle. 

Les catastrophes soudaines, comme les séismes, les tsunamis ou les conflits éclatant brutalement, attirent davantage l’attention et suscitent des mobilisations rapides. Les crises humanitaires causées par des facteurs plus complexe et imbriqués entre eux, qui se développent dans la durée, sont quant à elles davantage oubliées. « Elles sont souvent jugées d’un intérêt géopolitique moindre, comparés à des crises très couvertes dans les médias européens comme l’Ukraine », analyse Care. 

Ce désintérêt a pour conséquence de laisser ces crises humanitaires s’enraciner dans la durée, avertit l’association. La République centrafricaine, par exemple, figure chaque année depuis dix ans dans le top 10 des crises oubliées. Le Burundi est, lui, apparu neuf fois et la Zambie sept fois en dix ans.  

 

Les plans humanitaires des Nations unies pour le Zimbabwe ou le Malawi n’étaient financés qu’à 14 %. La République centrafricaine atteignait 36 %, un "record" dans ce classement mais toujours à peine un tiers des besoins couverts ». Care.

  

Un impact direct sur les financements  

  

Le désintérêt médiatique a un impact concret sur les financements attribués à l’aide humanitaire, pointe l’association. « Les crises humanitaires oubliées ne reçoivent qu’une fraction des fonds de soutien nécessaires. Toutes ne font pas l’objet d’un appel de fonds de la part des Nations unies. Et pour celles qui en bénéficient, les montant sont loin d’être à la hauteur des enjeux », rapporte Care.  

Par exemple, « les plans humanitaires des Nations unies pour le Zimbabwe ou le Malawi n’étaient financés qu’à 14 %. La République centrafricaine atteignait 36 %, un "record" dans ce classement mais toujours à peine un tiers des besoins couverts », illustre l’association. 

 


Lire également : Crise dans la solidarité internationale : comment les ONG peuvent-elles s’adapter ?


 

Ce constat est partagé par le service de l’Union européenne à l’aide humanitaire et à la protection civile (Echo), qui définit une « crise oubliée » comme « une crise humanitaire grave et longue dans laquelle l’aide internationale apportée est insuffisante, voire nulle ». Selon cet organe créé en 1992, « souvent l’implication politique est inexistante ou insuffisante pour que la situation puisse être résolue en raison, en partie, de l’absence d’intérêt médiatique ». Ces crises « concernent souvent les minorités d’un pays. Les conditions de vie de ces groupes ont tendance à être inférieures à la moyenne du pays », ajoute-t-il. 

  

L’aide humanitaire fragilisée par les réductions budgétaires 

  

Face à cette situation, Care appelle dans son rapport à raconter ces crises, notamment par « un travail journalistique direct, indépendant et de qualité » et par le « renforcement des organisations locales et de la diversité des voix ». L’association appelle également à rendre visible les contributions des femmes « systématiquement en première ligne des violences et injustices dans les crises humanitaires ». 

« Sans articles, pas de pression publique. Sans pression publique, pas de décisions politiques. Sans décisions politiques, pas de financements humanitaires », mettent en avant Emanuela Croce et Alexandre Morel, respectivement co-directrice et co-directeur de Care France. 

Dans un contexte de coupes budgétaires de grande ampleur de la part des États, notamment occidentaux, les deux représentants français de l’association, qui agit dans 121 pays, appellent à un « soutien public renouvelé à l’action humanitaire ». « Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, porter assistance à des personnes en danger n’est plus unanimement reconnu comme un impératif vital », dénoncent-t-ils. 

 


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Élisabeth Crépin-Leblond 

 

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