Sans-abrisme : les programmes des candidats à la mairie de Paris évalués par le collectif Le Revers
Les ONG membres de ce collectif de lutte contre la précarité et l’exclusion ont dévoilé un « solidarité-score » attribué aux candidats à la mairie de Paris, lors d’un événement organisé le 11 mars dans la capitale.
Sous un stand installé place de la Bastille, au cœur de Paris, les passants peuvent lancer des anneaux sur des cônes situés en face d’eux, au son de la musique qui résonne dans les enceintes. C’est une kermesse, mais une kermesse un peu particulière. Sur les cerceaux sont inscrites des propositions de politiques municipales : « garantir l’accès à la domiciliation », « transports gratuits pour les personnes sans domicile » ou « centre premier accueil inconditionnel », par exemple. Sur les cônes sont collées les affiches de quatre candidats à la mairie de Paris. Le jeu : associer les propositions aux programmes. Des représentantes du collectif Le Revers expliquent aux participants les points de vue des candidats et celui de l’organisation de lutte contre la précarité et l’exclusion.
« Nous voulons rendre visibles les invisibles », explique Paul Alauzy, porte-parole du collectif et coordinateur chez Médecins du monde. Les invisibles, ce sont les personnes sans domicile. « Nous nous appelons Le Revers parce qu’elles sont toujours les oubliées de notre société », dénonce-t-il.

Des notes allant de A à E
Les associations, fédérations et organisations membres du collectif – dont Action contre la faim, ATD Quart monde Paris ou Utopia 56 – ont élaboré un « Plan de prise en charge des personnes sans domicile ». Il se décline en 12 axes « allant de l’urgence à l’insertion » et concernant « tous les pans de l’action solidaire, juridique et médico-sociale ». Pour chaque axe, plusieurs mesures sont présentées, pour un coût total de « 110 millions d’euros, soit seulement 1 % [du] budget total de fonctionnement » de la ville de Paris, peut-on lire sur le site du Revers.
En s’appuyant sur ce plan, ses membres ont révélé leur « solidarité-score » le jour de l’événement à Bastille, quatre jours avant les élections municipales. Sur le principe du « nutri-score », il évalue de A à E les engagements de Sophia Chikirou (La France insoumise), Emmanuel Grégoire (union de partis de gauche), Pierre-Yves Bournazel (Horizons et Renaissance) et Rachida Dati (Les Républicains) à partir de leurs programmes, prises de position publiques et de leurs « engagements exprimés directement devant les membres du collectif ». Sur 3, ces candidats obtiennent respectivement 2,53 (A), 2,14 (B), 1,15 (D) et 0,08 (E).
Ceux appartenant à des partis d’extrême droite « ne font pas partie du solidarité-score car ils s’inscrivent dans une logique hostile aux politiques de solidarité et d’accueil inconditionnel défendues par le collectif. Ils ne reprennent aucune des recommandations formulées », peut-on lire dans le document détaillant la notation des candidats.
Dans une République, même les partis de droite ou centriste devraient avoir des politiques sociales, aider ceux qui perdent pied dans la société »
Paul Alauzy, porte-parole du collectif Le Revers
Une volonté de faire évoluer les programmes
Le Revers se veut apartisan et affirme ne favoriser aucun candidat. « Nous déplorons le fait que les notes soient bien meilleures à gauche qu’à droite. Dans une République, même les partis de droite ou centriste devraient avoir des politiques sociales, aider ceux qui perdent pied dans la société », indique Paul Alauzy.
« Mon téléphone n’arrête pas de sonner. C’est positif. Nous voulons informer les votants et faire bouger les partis », poursuit-il. Il déclare notamment avoir reçu des appels venant de la liste d’Emmanuel Grégoire.

Mobiliser sur le sujet
Cet après-midi-là, sur la place de la Bastille, les passants ne sont pas si nombreux. Mais les jeux sont propices à « beaucoup d’échanges » sur les propositions avec ceux qui s’arrêtent, qu’ils soient eux-mêmes des personnes sans domicile ou des passants, affirme Blandine Maltese, chargée de mission à la Fédération des acteurs de la solidarité Île-de-France. Elle se tient devant une piscine gonflable pour enfant, remplie de balles colorées et des propositions du Revers. Les participants sont invités à les pêcher pour les découvrir. Sous le stand d’en face, ils peuvent réaliser un « chamboule-tout des idées reçues », inscrites sur des boîtes cylindriques, comme la croyance que « les mineurs non-accompagnés mentent sur leur âge ».
Tous ces sujets ne suscitent pas vraiment de débats houleux. Les quelques personnes croisées sont plutôt convaincues de la nécessité d’agir. « La situation m’inquiète. Je vois des personnes sans abri depuis des années dans la rue, et de plus en plus. Personne ne choisit d’être dans ces conditions. Je suis venue voir comment aider », témoigne par exemple Monica, une économiste de 35 ans.
Pour poursuivre la sensibilisation, le collectif a mis à disposition des stickers à coller sur les affiches des candidats, indiquant leur « solidarité-score ». De quoi influencer le scrutin ? À la fin de leur événement, des représentants du Revers ont déposé, en musique et sous des confettis, les 12 recommandations dans une urne géante. « Nous votons pour les personnes sans domicile. Nous voulons dire : il est possible de faire quelque chose », martèle Paul Alauzy.

Célia Szymczak 
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