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Par Carenews INFO - Publié le 22 janvier 2026 - 07:45 - Mise à jour le 22 janvier 2026 - 07:45
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TRIBUNE – Et si, en 2026, ça débordait ?

Face aux récits anxiogènes et aux sombres prophéties, Nathalie Gatellier et Tarik Ghezali, cofondateurs de La Fabrique du Nous, nous invitent, dans cette tribune, à contribuer à une vague d'engagement, d'entraide et d'attention à l'autre en 2026.

Et si, en 2026, nous contribuions à un débordement de fraternité et de solidarité ? Crédit :Gwengoat /  iStock.
Et si, en 2026, nous contribuions à un débordement de fraternité et de solidarité ? Crédit :Gwengoat / iStock.

 

 

Attention, humeuses et humeurs de l’air du temps s’abstenir. Il ne sera pas question ici de débordement de violence, de lame de fond populiste ou de vague migratoire. Nous sommes déjà saturés de récits anxiogènes, d’alertes permanentes et de sombres prophéties.

Et si, pour une fois, cela débordait dans le bon sens du terme ? Et s’il y avait, en 2026, une vague d’engagement, d’entraide et d’attention à l’autre qui se libérait pour irriguer tout le pays ? Une vague aujourd’hui contenue par des digues solides : peurs diffuses, préjugés persistants, manque d’occasions de se rencontrer, vies cloisonnées en bulles sociales et numériques.

Poser cette hypothèse, c’est s’exposer au ricanement : « Bande de Bisounours, ne voyez-vous pas ce qui se passe autour de vous ? Vous êtes en contradiction avec le réel. »

 

Regarder ce qui fonctionne 

 

Justement. C’est bien notre expérience du réel qui nous conduit à cette vision. Depuis près de vingt ans, à travers des centaines d’initiatives de lien social montées, accompagnées ou simplement observées partout en France, le constat s’impose à nous : les gens sont prêts à plus de fraternité. Mais celle-ci ne va pas de soi. Elle ne se décrète pas. Il faut créer les conditions pour qu’elle se révèle.

Il ne s’agit évidemment pas de nier la montée des tensions, de la défiance et de la violence ordinaire. Elle est réelle. Oui, l’homme peut être un loup pour l’homme. Regardons le réel en face.

Mais regarder le réel en face, c’est aussi voir et nommer ce qui fonctionne. C’est reconnaître les innombrables gestes de générosité et de partage qui structurent trop silencieusement notre société. 

 

L’homme peut être un « chou » pour l’homme

 

Le dernier Baromètre de l’engagement citoyen et solidaire de HelloAsso et OpinionWay en témoigne : un Français sur deux est engagé dans au moins une activité associative ou collective (hors école et travail) ; un Français sur deux a effectué au moins un don à une association ; huit Français sur dix croient à l’impact positif de l’engagement sur la vie de ceux qui s’y investissent, un chiffre en hausse de six points par rapport à 2024.

 

Un Français sur deux est engagé dans au moins une activité associative ou collective (hors école et travail), selon le dernier baromètre de l'engagement citoyen et solidaire. 

 

L’homme peut donc aussi être un « chou » pour l’homme ! La fraternité n’a pas disparu : elle est entravée. C’est différent. Elle se libère lors des moments exceptionnels – crises, catastrophes, grandes célébrations collectives – comme les confinements hier ou les Jeux olympiques et paralympiques récemment. Puis elle se replie lorsque la vie ordinaire reprend ses droits, avec ses contraintes, son rythme effréné et son bruit de fond angoissant. Le même baromètre le souligne : seuls 13 % des répondants ont aujourd’hui le sentiment que la société tend à se souder davantage, soit neuf points de moins qu’en 2024.

Les digues sont bien là. Elles sont hautes : 73 % des Français jugent difficile de s’engager dans une nouvelle activité collective, invoquant le manque de temps, d’informations, la peur de l’inconnu ou le sentiment de ne pas avoir les compétences nécessaires. Ils sont aussi 64 % à peiner à tenir leur engagement dans la durée. Mais ces digues ne sont pas indestructibles.

 

Deux batailles à mener 

 

Encore faut-il mener, collectivement, deux batailles décisives.

La première est une bataille du réel. Elle consiste à soutenir beaucoup plus fortement les associations, ces véritables « ingénieurs du lien » qui rendent la fraternité possible, partout en France. Cela suppose de mieux les financer, de les aider à se structurer et à changer d’échelle. 

 

Les leviers pour engager efficacement les citoyens dans l’action existent aussi et ont fait leur preuve. 

 

Les leviers pour engager efficacement les citoyens dans l’action existent aussi et ont fait leur preuve : rituels d’engagements collectifs comme « Samedi bien » ou la « Journée citoyenne », solutions d’entraide de proximité comme L’Heure civique ou Bip Pop, plateforme nationale JeVeuxAider.gouv.fr… Encore faut-il les activer massivement, pour que l’engagement devienne un véritable réflexe, individuel et collectif.

La seconde est une bataille culturelle, qui se joue dans nos représentations. À rebours du climat morose ambiant, il s’agit de promouvoir bien davantage des récits positifs, sans naïveté mais sans cynisme. Les récits sont performatifs : le baromètre le montre, le succès des Jeux olympiques et paralympiques a stimulé l’engagement sportif, tandis que le backlash climato-sceptique actuel a contribué à l’essoufflement de l’engagement écologique. 

Ce que l’on raconte du monde façonne ce que l’on croit possible.

 

Devenir les caisses de résonance d'une France fraternelle

 

Et si chacun, à son échelle, valorisait davantage autour de lui – dans sa famille, son quartier, son entreprise, ses réseaux – celles et ceux qui œuvrent à recoudre le tissu social ? Si nous devenions collectivement les caisses de résonance d’une France fraternelle trop souvent ignorée et invisibilisée ?

Car oui, une révolution fraternelle est possible et à notre portée. Elle ne viendra pas d’un grand soir, mais d’une accumulation de belles rencontres, de « socio-gestes » et de projets justes. Progressivement, la confiance pourra se mettre à circuler plus vite que la peur...

Alors, à quand ce « grand débordement » ? 

 

Par Nathalie Gatellier et Tarik Ghezali,

cofondateurs de La Fabrique du Nous

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