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Par Carenews INFO - Publié le 7 avril 2026 - 16:44 - Mise à jour le 7 avril 2026 - 16:45
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TRIBUNE - Faisons de la précarité étudiante la prochaine grande cause nationale

22 % des étudiants déclarent sauter souvent des repas et 60 % présentent des signes de détresse psychologique. Face à cette situation, nous devons faire de la précarité étudiante une grande cause nationale, estime Florian Rippert, cofondateur de l'association Studhelp, dans cette tribune.

Florian Rippert est cofondateur de l'association Studhelp, qui lutte contre la précarité alimentaire des étudiants. Crédit : DR.
Florian Rippert est cofondateur de l'association Studhelp, qui lutte contre la précarité alimentaire des étudiants. Crédit : DR.

 

 

On demande à une génération de réussir, d’être « mobile » et « résiliente »… tout en vivant avec l’angoisse du frigo vide et la solitude comme horizon. La précarité étudiante n’est plus un angle mort : elle abîme les parcours, fragilise la santé mentale et fracture le lien social. Il est temps d’en faire une cause nationale.

 

manger ou étudier : Faut-il choisir ? 

 

La France aime dire qu’elle croit en sa jeunesse. Mais une société qui laisse ses étudiant·es choisir entre manger et étudier ne « croit » plus : elle s’habitue. À la faim. À la solitude. À la débrouille. À l’idée que « ça passera ». Or ça ne passe pas. Ça s’installe.

Les chiffres nationaux sont un signal d’alarme. 22 % des étudiant·es déclarent sauter souvent des repas ; 8 % le font souvent pour des raisons financières, selon l'Observatoire de la vie étudiante. Et ce que l’on ne met plus dans l’assiette finit par se voir dans la tête : moins d’un étudiant sur deux (45 %) se disent en bonne santé mentale, et 60 % présentent des signes de détresse psychologique (baromètre Ipsos pour Teale et l’Iéseg). 

On pourrait se rassurer en se disant que c’est marginal. Faux. Parce que la précarité étudiante abime la réussite, la confiance, l’employabilité. Quand on rogne sur l’alimentation, qu’on renonce à des soins, qu’on s’isole, ce sont des stages qu’on ne fait pas, des candidatures qu’on n’ose pas envoyer, des études qu’on abandonne en silence.

 

on soulage d’une main, on fragilise de l’autre

 

Dans ce paysage, Studhelp n’est pas « la » solution : c’est une loupe terrain. 57,7 % des étudiant·es accompagné·es vivent avec 100 € ou moins après charges ; 91,4 % mangent rarement équilibré ; 83,1 % se sentent isolé·es. Et quand arrivent les fêtes, la double peine : 81,6 % envisagent de passer Noël et/ou le Nouvel an seul·es. 

 


Lire également : Avec l'association Studhelp, des particuliers font les courses d'étudiants en situation de précarité 


 

Heureusement, la France solidaire existe. Elle tient même souvent debout quand le reste vacille. Banques alimentaires, Croix-Rouge, Secours populaire, épiceries solidaires : partout, des bénévoles distribuent, orientent, accompagnent. Mais cela ne peut pas être le plan A d’un pays pour sa jeunesse. 

Oui, l’État agit ; et il faut le dire. Le repas Crous à 1 € est maintenu, y compris pour des étudiant·es non-boursier·es reconnu·es en situation de précarité. Le dispositif Santé Psy Étudiant quant à lui a été porté à 12 séances par année universitaire. 

 

La précarité étudiante n’est pas un "dossier social". C’est une fracture qui attaque la promesse républicaine : celle d’une jeunesse qui peut étudier, se construire et s’élever sans avoir faim ni s’effondrer en silence. »

 

Mais ces mesures sont l’arbre qui cache la forêt. Car, dans le même temps, le cap envoyé est paradoxal : à partir du 1er juillet 2026, des étudiant·es internationaux extra-européens non boursiers ne seraient plus éligibles à l’APL. Et la hausse des frais d’inscription pour les étudiant·es extra-Union européenne dans le public, issue du dispositif « Bienvenue en France », continue d’alourdir la facture pour une partie d’entre eux. 

Résultat : on soulage d’une main, on fragilise de l’autre. Or la précarité étudiante n’est pas un « dossier social ». C’est une fracture qui attaque la promesse républicaine : celle d’une jeunesse qui peut étudier, se construire et s’élever sans avoir faim ni s’effondrer en silence.

 

La nécessité de se donner un cap 

 

C’est maintenant que ça se joue. Faisons-en une grande cause nationale. Pas en communication. En obligations : un cap, des moyens, des objectifs publics.

Premier engagement : garantir une alimentation digne, partout, tout le temps. Couvrir les angles morts (horaires, territoires, étudiant·es isolé·es, alternant·es), simplifier l’accès aux tarifs sociaux, et combattre le non-recours.

 

La précarité étudiante n’est pas une fatalité. C’est un choix collectif : fermer les yeux, ou faire nation autour de sa jeunesse. »

 

Deuxième engagement : traiter l’isolement comme une urgence nationale. Créer du lien n’est pas un « bonus » : c’est de la prévention. L’isolement doit devenir un sujet de politiques locales : lieux, partenariats écoles-associations, programmes de parrainage ; y compris intergénérationnels.

Troisième engagement : faire de la santé mentale un pilier de réussite, pas une rustine. Quand 60 % des étudiant·es montrent des signes de détresse psychologique, ce n’est pas un malaise individuel : c’est un risque collectif. 

La précarité étudiante n’est pas une fatalité. C’est un choix collectif : fermer les yeux, ou faire nation autour de sa jeunesse. Choisissons la seconde option. Maintenant.

 

Par Florian Rippert, cofondateur de l’association Studhelp

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