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Par Carenews INFO - Publié le 26 mars 2026 - 19:59 - Mise à jour le 26 mars 2026 - 20:34 - Ecrit par : Elisabeth Crépin-Leblond
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Avec l'association Studhelp, des particuliers font les courses d'étudiants en situation de précarité

Créée par trois amis d’enfance en 2021, l’association Studhelp a mis en place un principe de parrainage entre particuliers prêts à s’impliquer et étudiants en difficulté. Ce modèle permet de tisser du lien au-delà de l’aide alimentaire mais fait face à des besoins croissants.

Depuis sa création, l’association a rassemblé plus de 10 000 donateurs. Crédit : iStock / Vera_Petrunina
Depuis sa création, l’association a rassemblé plus de 10 000 donateurs. Crédit : iStock / Vera_Petrunina

 

23 % des étudiants affirment renoncer à des repas plusieurs fois par mois, rapporte une étude, publiée en janvier par l’Union étudiante et compilant les chiffres d'un questionnaire rempli par 5 282 étudiants fin 20255. De son côté, l’Insee fait état de « l’ancrage durable de la précarité alimentaire chez les étudiants » dans la troisième édition de son baromètre sur la situation des étudiants en partenariat avec l’association COP1, publié en septembre 2025.  

C’est pour apporter une réponse à cette situation que Florian Rippert a créé avec deux amis d’enfance l’association Studhelp, il y a cinq ans. À l’époque, en pleine sortie de confinement, il est marqué par les reportages du journaliste Rémy Buisine montrant des files interminables d’étudiants se rendant à des distributions alimentaires. Dans l’école de commerce où il travaille, Florian Rippert découvre également que certains étudiants font face à des situations financières difficiles mais n’osent pas en parler.  

 


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Un principe de parrainage pour l’aide alimentaire 

  

« Nous avons commencé par créer des comptes sur les réseaux sociaux avec lesquels nous relayions des initiatives solidaires. Puis nous avons l’idée de créer un site pour mettre en relation des étudiants dans le besoin et des personnes prêtes à aider », raconte-t-il lors d’une soirée organisée pour fêter les cinq ans de l’association. À peine lancée, la plateforme reçoit plus de 400 demandes d’étudiants de différentes villes de France. 

Le principe de Studhelp est simple : mettre en relation une personne prête à donner avec un étudiant ou une étudiante en difficulté. Elle devient alors son parrain ou sa marraine, en lui apportant un aide alimentaire régulière. En pratique, l’étudiant lui transmet ses besoins et le donateur réalise des courses pour lui. « Nous ne sommes pas forcément rendu compte en la lançant, mais cette initiative permet de créer du lien. L’aide alimentaire est un point d’entrée », observe Florian Rippert.  

  

Des relations privilégiées 

  

« C’est comme si j’avais une famille en France. Je sais que je ne suis pas seul », partage ainsi Lionel Dawe. Cet étudiant en urbanisme originaire du Cameroun est arrivé dans le pays il y a plus d’un an et demi. À son arrivée, une connaissance lui a parlé de l’association. « Je ne pouvais pas m’en sortir avec mes revenus », témoigne-t-il.  

Mis en relation avec une donatrice, une femme de moins de 35 ans travaillant dans l’informatique, il rencontre cette dernière toutes les deux semaines à mi-chemin entre le domicile de cette dernière et Chelles (77), où il habite. « Je lui donne une liste avec mes besoins de denrées alimentaires et de produits d’hygiène. Elle me fait des courses mais pas seulement. À Noël, j’ai reçu des cadeaux par exemple. C’est aussi une aide psychologique, elle me remonte le moral », met-il en avant.  

De son côté, Maïmouna Tibago habite à Levallois-Perret (92). Étudiante en management des organisations médico-sociales, elle est à la fois bénévole et bénéficiaire de l’association. Son parrain, « monsieur Nicolas », âgé entre 40 et 45 ans et père de plusieurs enfants, vit à Levallois. Chaque semaine depuis novembre, il lui fournit un panier de courses. « Je ne manque de rien. C’est un panier avec un peu de tout : des céréales, des œufs, du lait, des légumes, des produits secs… », détaille-t-elle. Plus tard, quand sa situation se sera améliorée, elle espère à son tour devenir marraine. 

 


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Des besoins supérieurs aux dons  

  

« Le parrainage offre une forme d’aide différente. Il permet d’éviter les files et le regard des autres étudiants. Il offre aussi l’accès à un réseau », souligne Fabien Rippert. 

Depuis sa création, l’association a rassemblé plus de 10 000 donateurs. Mais le nombre d’étudiants en difficulté, dont une part importante sont des étudiants internationaux comme Lionel Dawe et Maïmouna Tibago, reste supérieure au nombre de parrains et marraines disponibles. Tandis qu’au moins 2 000 étudiants sont parrainés chaque année, plus de 5 000 étudiants demandeurs se sont inscrits sur la plateforme en 2025. 

En complément Studhelp organise donc des distributions alimentaires à travers ses différentes antennes locales à Aix-en-Provence, Montpellier, Nantes, Lyon, Avignon et en Île-de-France. Ces entités sont animées par des bénévoles – l’association en compte 650 - chargés d’organiser au moins deux distributions par mois. À Nantes, Marc-André Forest est responsable de l’antenne depuis son ouverture en octobre. « Chaque distribution permet de distribuer des colis à 40-50 étudiants. Ils sont 210 sur le groupe WhatsApp. Dès qu’on ouvre les inscriptions pour une distribution, c’est complet en un quart d’heure », décrit-il.  

 

La précarité étudiante, un facteur d’inégalités

Dans un baromètre publié récemment et réalisée auprès de 617 étudiants répondants, l’association souligne les effets de la précarité étudiante sur les trajectoires des personnes concernées. Selon cette enquête, les renoncements les plus fréquents en cas de précarité sont d’abord les sorties sociales et les loisirs (62,2 %), puis l’alimentation et les repas (58,5 %) et les produits d’hygiène (43,6%).

44, 8 % des répondants déclarent également avoir renoncé à une aide par peur du regard/ honte, tandis que 62, 9 % ont raté une opportunité d’études faute d’argent. « La précarité fabrique de l’inégalité des chances. Manquer un concours, une mobilité, un réseau, un stage ou une alternance, ce n’est pas un “détail” : c’est une bifurcation de parcours », alerte l’association.

  

Des repas solidaires pour Noël 

  

Pour ses distributions, l'association achète directement des produits alimentaire grâce à au mécénat d’entreprises. Elle reçoit également des produits d’hygiène collectés par des associations, comme Les Hôtels solidaires. Depuis sa création, elle aidé plus de 20 000 étudiants.

« Nous sommes financés à 80 % par les entreprises, à 10 % par les dons des particuliers et le reste provient de subventions publiques », explique Florian Rippert. Un modèle qui permet à l’association d’être épargnée par les effets des baisses des subventions publiques. Les partenariats avec les fondations d'entreprises, comme Deloitte, Carrefour, BNP Paribas ou encore le Paris Saint-Germain permettent également de réaliser des actions de mentorat comme des conseils pour les CV ou les lettres de motivation.  

« Nous essayons d’apporter une réponse à 360 degrés aux problématiques rencontrées par les étudiants », argumente le cofondateur. Logement, recherche de stage, lien social… Pour y parvenir, Studhelp décline son modèle. Elle a ainsi créé StudAIDE, un guide pour aider les étudiants dans la demande d’aides et StudLabel, destiné à valoriser les structures engagées dans le bien-être étudiant. En 2024, elle a également lancé les RepaSolidaires, une initiative visant à accueillir des étudiants isolés pendant les fêtes de Noël.  

 

Élisabeth Crépin-Leblond 

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