« Trop de touristes en France ? » : la stratégie touristique française sous un prisme social et environnemental
Le Réseau action climat publie le 8 septembre un rapport sur la stratégie touristique de la France. Pour l’ONG environnementale, celle-ci est trop focalisée sur le tourisme international, avec des conséquences écologiques et moins de retombées économiques.
« Pourquoi l’accueil de touristes lointains est-il si valorisé en France, alors qu’il bénéficie à très peu de territoires et contribue à réchauffer le climat ? », s’interroge le Réseau action climat (RAC) dans un rapport publié le 8 septembre. Il critique notamment l’ambition affichée par le gouvernement d’atteindre 100 milliards d’euros de recettes touristiques provenant de voyageurs internationaux en 2030.
La contribution à l’économie du tourisme des résidents français est plus importante que celle des résidents étrangers, fait d’abord valoir l’ONG environnementale, citant des chiffres de l’Insee. En 2023, les premiers ont dépensé 135 milliards pour le tourisme en voyageant sur le territoire national, sur un total de 211 milliards d’euros dépensés en France.
Les touristes européens, en outre, ont dépensé 53,5 milliards d’euros en France en 2025, contre 24 milliards pour ceux issus du reste du monde, argumentent encore les auteurs. « Le tourisme de proximité est, de loin, le premier pilier de l'économie touristique française, et celui qui contribue le moins au réchauffement climatique », écrivent-ils.
Un impact climatique lié à l’avion
En effet, ils rappellent l’impact écologique des voyages en dehors de l’Europe. « Un touriste non-européen en France aura un impact 10 fois plus important sur le climat que le séjour d’un touriste français sur place. Un touriste européen se rapproche bien plus d’un touriste français, avec des émissions 1,7 fois supérieures », peut-on lire dans le rapport, qui s’appuie sur des données de l’Ademe, l’Agence de la transition écologique.
« Ces écarts s’expliquent en grande partie par le poids des émissions du transport aérien », celui des vols long-courriers étant particulièrement important. Par exemple, un Paris-New-York émet 1,038 tonnes de CO2 par passager, contre 204 kg pour un Paris-Rome. En train, le voyage émettra 2,26 kg de CO2. En voiture à deux, il en émettra 102 kg par passager, selon la calculateur de l'Ademe, Impact CO2.
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En outre, les retombées économiques du tourisme « lointain » sont restreintes à « quelques territoires », notamment l’Île-de-France et la Côte d’Azur, estiment les auteurs. Tandis que les touristes européens de pays frontaliers, qui « viennent plus souvent en voiture » d’après l’Ademe, fréquentent des destinations de nature « plus variée » avec des visites culturelles « plus diversifiées », selon le ministère de la Culture, cité dans le rapport. Ainsi, ils « se répartissent mieux sur l’intégralité du territoire hexagonal ».
Une montée en gamme critiquée
Par ailleurs, pour le RAC, une stratégie trop focalisée sur le tourisme international « dégrade aussi le cadre de vie », puisque « les besoins en hébergement touristique alimentent la pression sur le foncier et contribuent à l’augmentation des loyers » et que « les touristes français ont recours à parts égales aux hébergements marchands et non-marchands ».
Autre effet : « [renchérir] le coût des séjours touristiques en France ». Les auteurs citent Atout France, l’agence nationale en charge du développement touristique, qui observe que « la croissance du secteur touristique en France est de plus en plus portée par une montée en gamme de l’offre d’hébergement et des services ». Selon le RAC, elle est liée à une volonté d’attirer la clientèle internationale. Mais elle rend les vacances à l’étranger « comparativement moins chères » pour les résidents français, notamment avec l’offre aérienne low-cost.
Développer les vacances des Français
Les auteurs recommandent donc d’utiliser une « grille d’analyse des politiques publiques » dans leur élaboration, qui combinerait quatre indicateurs relatifs à l’impact carbone, l’impact économique local, l’impact sur le cadre de vie et l’accessibilité tarifaire.
Pour améliorer les effets écologiques et sociaux du tourisme, ils invitent à privilégier « les clientèles internationales proches aux clientèles lointaines », dans les stratégies et objectifs officiels et à travers les campagnes de promotion. Mais aussi à développer les connexions ferroviaires entre la France et l’Europe et à « limiter l’essor du trafic aérien et des croisières ». Cela passerait, entre autres, par l’arrêt des subventions et exonérations fiscales profitables au secteur aérien, par l’instauration d’un moratoire « sur les projets d’extension d’aéroport » ou encore par la limitation du nombre de bateaux et de passagers débarqués « dans les principaux ports d’escales de croisière ».
Enfin, le Réseau action climat appelle à « développer les vacances des résidents en France ». Parmi les propositions : créer un « billet de congé annuel » en train « automatique » et « plus avantageux » que le dispositif existant, puisqu’il est aujourd’hui « compliqué à activer ». Les auteurs suggèrent également de « reprendre le soutien à l’investissement dans les infrastructures de tourisme social et solidaire » et de « renforcer l’ambition des politiques de tourisme social », comme les chèques vacances ou les colonies de vacances. « En 2025, 19 millions de Français ne sont pas partis en vacances, et pour environ la moitié 9,5 millions d'entre eux, ce non-départ résulte d'une contrainte financière », appuie l’ONG.
Célia Szymczak 