Portrait de Sarah Huisman-Coridian, Présidente d'Equanity
Présidente et fondatrice d'Equanity, Sarah Huisman-Coridian a bâti en quinze ans une référence du conseil en levée de fonds privés (philanthropie et mécénat), et engagement sociétal de l’entreprise. Passionnée, déterminée, convaincue que profit et intérêt général ne s'opposent pas — elle défend une vision du monde économique où l’engagement crée de la valeur pour tous et doit constituer un choix stratégique pleinement assumé par les organisations.
Comment avez-vous construit votre parcours d'entrepreneur ?
Quand je suis sortie de Sciences Po, je voulais changer le monde par la culture, en travaillant d’abord au musée du Louvre, le plus grand musée du monde, puis au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme. C'est en oeuvrant concrètement aux projets de l’auditorium que j’ai découvert le mécénat : un moyen de financer des projets d’envergure en complément de l’apport des fonds publics. C’est aussi ce qui m’a conduit indirectement à découvrir le fundraising “à l'américaine”, s’appuyant sur de grandes campagnes ciblées en fonction de la typologie des donateurs, et qui a véritablement attisé ma curiosité pour ce secteur particulier.
J'ai ensuite collaboré avec différentes agences de collecte, notamment en créant leur département dédié à la collecte “grands donateurs” — mais je ne m’y sentais jamais tout à fait à ma place.
L'envie d'entreprendre est venue de deux mouvements. D'abord, une réalité que beaucoup de jeunes femmes connaissent autour de 35 ans : le fameux “plafond de verre” rendant difficile l’accession à des postes à responsabilité dans les structures où j’évoluais. Ensuite, une conviction de plus en plus claire et précise, fondée sur une expertise façonné sur le terrain, au contact des donateurs. Avec sans doute un peu d’audace — je pensais avoir quelque chose de neuf à apporter à ce secteur. C'est de là qu'est née Equanity, ainsi que de la rencontre avec celui qui est devenu mon associé, Augustin Debiesse.
Entreprendre a aussi été pour moi un moyen de fédérer autour d'un projet des expertises et des personnalités qui partageaient cette envie d'une nouvelle façon de conjuguer intérêt général et engagement des entreprises.
Quelle vision de l'engagement défendez-vous ?
Quand on crée une entreprise de conseil spécialisée dans l’engagement par le mécénat et la philanthropie, on ne peut pas se contenter d'accompagner l'engagement des autres. Equanity se devait d'être elle-même une entreprise vertueuse — c'est une question de cohérence. Notre expertise, c'est précisément d'aider le secteur privé à s'engager de façon cohérente et stratégique en faveur de l'intérêt général. C’est pourquoi nous avons fait le choix, en 2019, de candidater pour obtenir la certification B Corp, une des plus exigeantes en matière d’impact social et environnemental, et existant à l’échelle internationale. Equanity a été dans les 100 premières entreprises B Corp en France, ce dont nous sommes très fiers. Mais ce n’est pas tout, l’obligation de se recertifier tous les trois ans et la montée en difficulté des standards à atteindre, nous permet d'évaluer et de faire progresser nos pratiques de façon continue.
À titre personnel, mes convictions se déclinent sur plusieurs fronts. Je me suis aussi beaucoup impliquée dans la question de l'entrepreneuriat féminin : confrontée moi-même à ce parcours du combattant que connait toute entrepreneure, j'ai accompagné Willa, le premier incubateur de start-up porté par des femmes, en tant que vice-présidente pendant une dizaine d'années. Je me suis plus récemment engagée aux côtés des Guerrières de la paix, fondée par Hanna Assouline, parce que les femmes sont les premières victimes des conflits dans le monde — et potentiellement les premières à pouvoir aussi contribuer à les résoudre, si on leur donne l’espace et les moyens de s’y exprimer.
En relation plus directe avec mon métier et mon expertise, je me suis engagée il y a quatre ans au sein du conseil d’administration de B Lab France, la représentation nationale du mouvement mondial derrière la certification B Corp — qui fédère une communauté d'entreprises partageant la conviction que performance économique et impact positif ne s'opposent pas mais se construisent ensemble. Je suis aussi activement impliquée en tant qu’administratrice d’Admical et membre du comité Label de l’Institut IDEAS, deux écosystèmes essentiels pour structurer et professionnaliser le secteur de l’intérêt général : par la promotion de pratiques responsables, éthiques et ambitieuses du mécénat des entreprises d’une part, par la certification des bonnes pratiques de gestion et de gouvernance des structures d’intérêt général d’autre part.
Parmi toutes les missions menées par Equanity, pouvez-vous nous parler de projets dont vous êtes particulièrement fière ?
En quinze ans, nous avons accompagné plus de 200 projets. Si je devais en citer quelques-uns qui illustrent ce qu'Equanity cherche vraiment à transformer, je commencerais par notre accompagnement de l’établissement public Voies navigables de France. On pourrait penser qu'une telle organisation n'a pas besoin du mécénat des entreprises. Mais c'est justement là que réside tout l'intérêt : c'est le signe que l'État ne peut pas tout, et que les entreprises ont un rôle à jouer aux côtés d'acteurs publics qui bénéficient à l'ensemble de la population. Assurer la résilience climatique des canaux et des rivières, préserver un patrimoine naturel et culturel exceptionnel — c'est l'affaire de tous, pas la seule affaire de l'État.
Je citerais aussi Laforêt Immobilier, réseau de plus de 700 franchisés en France. Laforêt avait déjà une initiative en mécénat autour de la replantation d'arbres, mais l’entreprise et son dirigeant souhaitaient aller plus loin afin de matérialiser plus précisément ses engagements pour ses collaborateurs, ses franchisés et ses clients. Equanity a accompagné cet alignement et la mise en cohérence de l'ensemble des engagements du groupe : responsabilité sociale qui s’exprime dans l’accompagnement et la formation de jeunes sans diplôme en dehors et dans l’entreprise, responsabilité éthique dans le conseil et l’accompagnement des clients pour choisir leur logement en tenant compte des transitions en cours, responsabilité territoriale enfin en étant un acteur pleinement actif du vivre-ensemble et de la prospérité locale. Faire en sorte que tout cela forme un projet cohérent, pleinement intégré à la stratégie de l'entreprise — et pas simplement une dynamique RSE “pour faire joli”.
Et puis il y a Astrolabe, le programme que nous avons co-construit avec Sciences Po Paris, aujourd'hui intégré dans l'Impact Studio. Depuis quatre ans, nous accompagnons des étudiants dans le développement de leurs projets d'entrepreneuriat social — du soin en santé mentale à la préservation des zones humides. Voir ces jeunes s'accomplir, penser leur projet avec à la fois un modèle économique et un modèle social solides, c'est un vrai bonheur. Et une fierté supplémentaire : tous les collaborateurs d'Equanity s'y impliquent à titre personnel, en plus de leurs missions auprès de nos clients.
Quelles sont vos ambitions pour le monde de demain et quel rôle Equanity jouera-t-elle dans cette perspective ?
Le monde est aujourd'hui troublé, éclaté, instable. Dans ce contexte, je crois profondément que le mécénat a un rôle de ressoudage à jouer — montrer qu'il n'y a pas d'un côté le profit et de l'autre l'intérêt général, mais deux forces qui se cumulent et produisent ensemble des perspectives nouvelles. On le voit déjà sur des sujets très concrets comme la mobilité ou la santé mentale : ces enjeux ne pourront être adressés que collectivement, par des acteurs économiques, publics, associatifs et fondations réunis. C'est précisément là qu'Equanity entend jouer son rôle d'avant-garde.
Ce que je souhaite aussi, c'est que l'engagement occupe demain dans l'entreprise la même place que le numérique il y a vingt-cinq ans : non plus un supplément d'âme ou une fondation en périphérie, mais une dimension pleinement intégrée au cœur de l'activité. C'est la vision que je veux continuer à porter — et le pari qu'Equanity fait, chaque jour, avec ses clients.