[ENTRETIEN] Sophie Faujour, EVPA France Country Representative

[ENTRETIEN] Sophie Faujour, EVPA France Country Representative
Alors que s'est récemment tenue la conférence annuelle de l'EVPA (European Venture Philanthropy Association) à Oslo (Norvège), nous avons rencontré Sophie Faujour, qui représente l'association en France depuis 2016. Après un parcours au sein de grandes banques, Sophie Faujour contribue à développer la Venture Philanthropy au sein d'un réseau de fondations et d'entreprises. De plus en plus d'acteurs s'intéressent à ce mode de gestion mêlant philanthropie et esprit d'investissement.


 

 

Quel est votre parcours ?

 

J'ai travaillé chez BNP Paribas pendant plus de 20 ans. J’ai occupé plusieurs postes du côté de la banque d'investissement en particulier dans le domaine du fundraising sur les marches de capitaux pour de grands institutionnels et de grands clients entreprises stratégiques de la banque, en Europe, en Asie et en Amérique latine. Puis, j’ai rejoint les équipes de Wealth Management pour revoir la stratégie globale de la banque sur l'offre de produits et services en Philanthropie et Investissements Socialement Responsables destinée. C’est là que j'ai identifié que je voulais m'orienter vers ce secteur. Je pouvais ainsi exploiter mes compétences financières, ma connaissance du monde des investisseurs en ajoutant la dimension de ‘sens’ à cette nouvelle évolution professionnelle, en me sentant davantage ‘utile’ à la société. J'ai ainsi rejoint l'EVPA il y a 18 mois.

 

L’EVPA compte une quinzaine de personnes à Bruxelles (nous sommes mandatés par la Commission Européenne) avec 4 représentants de pays : en France, en Grande Bretagne, en Allemagne et en Europe de l'Est qui travaillons main dans la main avec l'équipe à Bruxelles.

 

L'EVPA a été créée en 2004 à Bruxelles pour promouvoir la méthodologie de Venture Philanthropy et de Social Investment dans différents pays en Europe. Néanmoins, il n'y a que deux ans qu'elle a décidé d'installer quatre représentants locaux pour mieux répondre aux besoins des investisseurs localement, dans un esprit « think global, act local ».

 

En France, quel est votre rôle ?

 

En France, il y a trois grands axes.

 

Premièrement, promouvoir la méthodologie à travers de la formation et faire en sorte que les différentes catégories d'investisseurs travaillent de plus en plus avec cette approche et partage les best practices. On organise régulièrement des sessions de formation au sein de notre Training Academy sur ce qu’est cette méthologie, comment mesurer l'impact, comment utiliser le mécénat de compétences… J'ai organisé cette année une session sur la Venture Philanthropy pour les fondations à Paris, un webinar présentant notre ‘Corporate initiative’ pour les entreprises, une session sur ‘Financing for social impact’ présentant avec des praticiens notre dernière publication…

 

Deuxièmement, mettre les membres en relation les uns avec les autres et faire en sorte que plus d’organisations profitent des ressources de l'EVPA ; j'ai parlé de la formation, nous avons aussi différentes activités, conférences, workshops … dans le réseau de l'EVPA déjà riche de plus de 200 praticiens en Europe (plus de 30 pays). Ainsi, les fondations, les fonds d’impact investing, les corporates, de grandes universités/écoles et consultants peuvent s’inspirer les uns les autres, apprendre des succès mais aussi des échecs des autres membres.

 

Nous avons actuellement en France, plus de 30 membres (lorsque je suis arrivée, il y en avait environ 20) :

-       des fondations et fonds de dotations comme Fondation de France, Fondation Alpha et Oméga, Fondation Chartreuse de Neuville...

-       des fonds d'impact investing comme Investir et +, Investisseurs et Partenaires, Phitrust...

-       des entreprises, de plus en plus engagées sur la création d’impact sociétal qui fait sens pour le business, avec une posture de plus plus orientée vers le social investment. Ces entreprises sont engagées sur ces sujets à travers leurs fondations, leurs équipes RSE, des incubateurs sociaux, parfois des fonds d’impact. En plus des fondations, ce sont donc autant d'équipes en interne qui cherchent à avoir un réel impact social à l'intérieur de leur groupe. Je pense par exemple à Danone, Renault, Engie RE, Schneider Electric... En outre, les banques, les compagnies d'assurances, les fonds de pension sont très actives aussi (Axa, BNP Paribas, Crédit Agricole... ) au sein de l’EVPA.

 

Enfin, il est essentiel de contribuer à construire le marché en se tenant très proche des réseaux existants (Centre Français des Fonds et Fondations, Admical, Ashoka...) et du comité consultatif français qui poursuit les travaux démarrés en 2014 avec le G8 dans le cadre de la Task Force du Social Impact investing. On se tient proche de ces responsables qui font évoluer le cadre légal, réglementaire, fiscal, pour que les investisseurs travaillent plus efficacement, aillent plus loin et soient plus impactant dans leurs initiatives philanthropiques ou de social investment.

 

Quel est votre regard sur la Venture Philanthropy ?

 

Cette approche s'est bien développée ces 5 dernieres années.

 

Du côté des fondations, certaines développent vraiment cette approche dans leur portefeuille. Ce mouvement est suivi par un deuxième cercle de fondations, de plus en plus nombreuses, en marche pour en faire de même et réaliser un accompagnement non financier auprès des associations, ou un engagement en terme de mesure d'impact. Enfin, un troisième groupe est en train de s'y intéresser et opère une de prise de conscience de conduire les projets philantropiques autrement.

 

Le cadre législatif et fiscal en France ne contribue pas à avoir des fondations aussi engagées qu'on aimerait dans le financement des social investments. Espérons que le Social Business Act annoncé par Emmanuel Macron assouplisse le cadre réglementaire et permette aux associations et entrepreneurs d'avoir accès à davantage de produits financiers pour financer leur développement. Il existe encore des freins culturels.

 

Du côté des entreprises, quand on benchmarke le dynamisme des entreprises françaises par rapport aux autres pays en Europe, on remarque que la France est assez pionnière. Certaines ont une vraie approche de création de valeur sociétale qui fait du sens aussi pour le business à travers leur fondation, leur RSE, parfois leurs fonds d’impact.

 

Enfin, les fonds d’impact ont vu leurs encours multipliés par 5 ces 5 dernières années pour atteindre 1,2 milliards d'euros en 2017. Ça progresse bien !

 

Quel sont les pays les plus pionniers en Europe ? Pourquoi ?

 

L’Europe du Nord (en particulier la Belgique et la Hollande), la Suisse, la Grande-Bretagne sont assez pionniers.

 

La culture française humaniste très forte (depuis le XVIIIe, le siècle des Lumières et de la Révolution) a donné à l’État un rôle important qu'il a de plus en plus de mal à tenir du fait des contraintes économiques. Compte tenu de ces difficultés économiques qui persistent depuis 2008 (avec un taux de chômage important), un pays comme la France a dû être plus créatif que l’Allemagne par exemple pour apporter des solutions à nos défis sociétaux.

 

La France a aussi la densité associative par habitant la plus forte en Europe. Cela pousse le secteur privé à prendre ses responsabilités, cela incite de plus en plus de responsables d'entreprises à la prise de conscience.

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