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Par Carenews INFO - Publié le 22 avril 2020 - 16:00 - Mise à jour le 22 avril 2020 - 16:00
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Cauchemars, flashbacks, hallucinations… Pour de nombreux migrants, le confinement est un enfer 

L’association Parcours d’Exil gère un centre de soins à Paris spécialisé dans la prise en charge des migrants souffrant de sévères troubles de stress post-traumatiques. Depuis peu, Dr Clémence Chamoin, médecin en chef de la structure, constate que le confinement aggrave leur état psychique. Voici son témoignage pour Carenews.

Crédit photo : KatarzynaBialasiewicz.

Les personnes souffrant de troubles psychiques ont dû s’adapter à la situation nouvelle qu’impose le confinement de la population face à la pandémie de Covid-19. À Paris, dans le XIe arrondissement, l’association Parcours d’Exil gère un centre de soins spécialisé dans la prise en charge des migrants souffrant de sévères troubles de stress post-traumatiques liés à des tortures politiques, des conflits armés, des persécutions religieuses mais aussi à l’orientation sexuelle, des mariages forcés, des mutilations sexuelles, etc.

Dans le respect des consignes dictées par les autorités sanitaires, Parcours d’Exil a choisi de privilégier les téléconsultations, avec et sans rendez-vous, mais cette alternative ne permet malheureusement pas toujours de maintenir un soin suffisant. Les patients perturbés psychiquement et ceux présentant des symptômes du coronavirus peuvent donc être accueillis dans nos locaux sans rendez-vous grâce à une présence médicale aux horaires habituels.

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Des migrants plongés dans l'angoisse

Alors que les deux premières semaines de confinement se sont bien passées pour la grande majorité des patients que nous suivons, nous constatons une nette aggravation de leur état psychique depuis peu. Cauchemars, flashbacks, hallucinations : le confinement commence à réactiver de sévères reviviscences de leur traumatisme, les plongeant dans une angoisse majeure et faisant de leur vie un enfer. L’impossibilité de présenter l’attestation de déplacement en raison de la barrière de la langue ou de leur extrême précarité les prive de toute sortie, y compris celle de faire quelques courses.

La multiplicité des contrôles policiers ravive chez eux un sentiment de surveillance et d’insécurité qu’ils ont pu connaître auparavant dans les pays d’où ils viennent. Elle exacerbe également la peur d’être placés en centre de rétention pour ceux qui ne possèdent pas de papiers en règle. Pour une partie de nos patients qui ne bénéficie pas de prise en charge sociale, le confinement pose également des problèmes beaucoup plus généraux : absence de logement et vie dans la rue majorant le risque de contrôle et de verbalisation et donc de décompensation psychique, difficultés à se nourrir car de nombreuses associations ont fermé, impossibilité de maintenir un minimum d’hygiène, etc.

Des idées suicidaires plus nombreuses

L’augmentation du stress chez nos patients peut déclencher chez eux des états de nervosité extrême : insomnies, sursauts, colères, etc. Le risque d’agressivité et d’addiction à l’alcool s'accroît. Les états dépressifs s’aggravent. Ils sont de plus en plus nombreux à présenter des idées suicidaires dont le risque de passage à l’acte augmente. 

Notre équipe essaie de s’adapter à ces problématiques nouvelles : suivis plus rapprochés, augmentation du nombre de consultations, majoration de l’accompagnement social pour les personnes les plus précaires. En lien avec les services de l’État, Parcours d'Exil met également en place une plateforme téléphonique de soutien et de conseil à destination des travailleurs sociaux confrontés à ces émergences et réactivations de troubles post-traumatiques.

Nos six thérapeutes sont actuellement très engagés pour répondre à cette situation inédite. Nos entretiens de débriefing nous permettent de nous soutenir mutuellement. Nous redoutons cependant la prolongation du confinement qui pourrait avoir des conséquences dramatiques chez nos patients. 

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