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Par Carenews PRO - Publié le 19 novembre 2020 - 08:00 - Mise à jour le 19 novembre 2020 - 08:00
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Consuelo Bénicourt : « L’accès à l’enseignement supérieur des personnes handicapées constitue un frein à l’embauche »

A l’occasion de la semaine européenne de l’emploi des personnes handicapées, qui se déroule du 16 au 22 novembre, nous avons rencontré Consuelo Bénicourt, directrice Responsabilité sociale d’entreprise et chargée de la Mission Handicap chez Sopra Steria, un des leaders européens du conseil, des services numériques et de l’édition de logiciels, qui compte 46 000 collaborateurs dans 25 pays. Consuelo Bénicourt nous explique comment les personnes sont accueillies et incluses dans les projets professionnels aux côtés de leurs collègues.

Consuelo Bénicourt , directrice RSE de Sopra Steria. Crédit : Beauregard

 

  • Quelle est votre mission en matière de handicap chez Sopra Steria ?

Consuelo Bénicourt : Je suis la directrice Responsabilité sociale d’entreprise et chargée de Mission Handicap chez Sopra Steria depuis 2004. Au sein de Sopra Steria, nous sommes engagés en faveur de l’égalité des chances. Nous sommes mobilisés pour faciliter l’insertion professionnelle et le maintien dans l’emploi de personnes en situation de handicap en menant des actions innovantes de recrutement, d’adaptation de poste, de formation et de sensibilisation. Nous sommes convaincus qu’en tant qu’acteur du numérique, nous avons un rôle à jouer pour favoriser l’indépendance et l’autonomie des personnes handicapées.

 

  • Que représente l’emploi des personnes handicapées chez Sopra Steria ? 

C.B. : L’intégration professionnelle des personnes en situation de handicap est un enjeu sociétal majeur. Recruter une personne en situation de handicap, c’est avant tout recruter un collaborateur ayant les compétences répondant aux besoins de l’entreprise. C’est en partant de ce postulat et de notre capacité à innover que Sopra Steria a vu croître son taux d’emploi de travailleurs en situation de handicap en 2019 : 3,06 % versus 2,72 % en 2018 (France). Dans le détail, cela correspond à 40 % de femmes (30 % de femmes dans l’effectif global), et les types de postes occupés par les salariés handicapés représentent les différents métiers du groupe et reflètent leur diversité. Par exemple, pour 90 % des personnes handicapées en mission chez Sopra Steria (92 % sur l’effectif global), ce sont des cadres occupant des postes d’ingénieurs études et de développement, des chefs de projet, des directeurs de projets, des gestionnaires de paie, etc.  

 

  • Comment cela se passe concrètement ? Pouvez-vous me donner un exemple de personnes intégrées ?

C.B. : Un accompagnement personnalisé est mis en place pour les collaborateurs en situation de handicap sous formes de solutions individualisées de compensations techniques, organisationnelles, de formation et de tutorat.  Comme exemple, je peux vous parler de Thomas, ingénieur monétique, qui utilise, lors de formations techniques en ligne, Messag’in, un outil de retranscription en langue des signes, qui permet la traduction d’un vocabulaire technique en simultané. 

 

  • Comment les collaborateurs sont-ils sensibilisés ? 

C.B. : Sopra Steria mène de nombreuses actions et projets tout au long de l’année pour sensibiliser les collaborateurs et partenaires afin de faciliter l’intégration des personnes en situation de handicap. L’entreprise lance des challenges internes et externes pour encourager la créativité et soutenir la concrétisation d’initiatives innovantes afin de mieux compenser les situations de handicap.  Par exemple, nous organisons le Handi’tutorat, dont l’objectif est d’aider des jeunes en situation de handicap à se projeter dans les études et des filières d’excellence. Sopra Steria permet de mobiliser des étudiants et managers de l’entreprise pour accompagner des lycéens handicapés, en proposant notamment du soutien scolaire.  Trois campagnes de sensibilisation internes ont lieu chaque année. Il y a le Handi’Tour, un Tour de France en présentiel organisé sur 15 sites avec des conférences et des animations ludiques (escape game). Autre moment clé, la Handigital Week, à l’occasion de la SEEPH. Ce sont des temps forts 100 % en digital, pendant une semaine, pour sensibiliser nos collaborateurs au handicap à travers des actions ludiques, de formation, de mise en situation. Et enfin, nous suivons la Journée internationale du handicap, avec l’organisation d’une campagne de sensibilisation au niveau du groupe.

 

  • Quels sont, pour vous, les principaux freins aujourd'hui quant à l'emploi des personnes handicapées ? 

C.B. : La complexité technique des projets de transformation numérique menés par les ESN (entreprises du secteur numérique) nécessite des recrutements de niveau BAC +5.  Or, le niveau d’études des personnes en situation de handicap est assez faible (80 % ont un niveau inférieur au niveau bac), donc le contingent des personnes en situation de handicap diplômées de l’enseignement supérieur également. L’accès à l’enseignement supérieur des personnes handicapées constitue un frein à l’embauche.  

 

  • Y a-t-il eu un impact de la crise sanitaire sur l'accueil des personnes handicapées au sein de Sopra Steria ? 

C.B. : Nous avons déployé plusieurs initiatives et mis en place des mesures pendant la crise sanitaire. En effet, la crise sanitaire a amené des questionnements inédits sur l’accompagnement des collaborateurs en situation de handicap. Très vite, la mission handicap s’est mise en ordre de marche pour accompagner les salariés vers une transition au 100 % en télétravail, en se rapprochant des services de santé au travail, infirmières de l’entreprise et médecine du travail. La première phase a consisté à repérer les situations potentiellement problématiques et à trouver des réponses adaptées à chacune. Par exemple, la sensibilisation des managers concernés sur les collaborateurs atteints de troubles du spectre autistique nécessitant une attention particulière. Et la mise en place de certains équipements ou services, comme la télétranscription de dernière génération.

D’autres dispositifs se sont rapidement mis en place par la suite afin de faciliter le quotidien des collaborateurs handicapés pendant la première période de confinement : des études ergonomiques, un renforcement des tutorats et de l’accompagnement psychologique, ainsi que des webinaires sur l’aménagement du poste de travail à la maison.

 La période de déconfinement progressif a, elle aussi, nécessité de nouvelles mesures et initiatives afin d’accompagner au mieux les collaborateurs en situation de handicap : l’organisation de rendez-vous médicaux, en lien avec les managers, pour tous les travailleurs handicapés afin de sécuriser leur retour au bureau sur la base du volontariat, la mise en place d’une solution temporaire de transport adapté pour répondre à la crainte des transports collectifs, et l’approvisionnement en masques transparents au sein des équipes pour ne pas pénaliser les personnes malentendantes.

Globalement,  la crise sanitaire nous a amenés à faire évoluer le pilotage des actions de la mission handicap, en associant plus étroitement les infirmières de chaque site dans le repérage de situations problématiques et l’identification de solutions.

 

  • Quels sont les projets du service RSE pour 2021 ?

C.B. : Nous souhaitons inscrire l’ensemble des projets dans la durée, tirer des enseignements de cette crise sanitaire, renforcer tous les dispositifs d’écoute et déployer notre nouvel accord en 2021 sur l’ensemble du territoire. Le groupe continuera à se mobiliser en soutenant de nombreux projets externes mais aussi en engageant ses propres collaborateurs pour continuer à faire émerger des projets « citoyens » au service des personnes en situation de handicap. En 2021, nous soutenons trois projets en Norvège, en Pologne et en France : une application pour aider et motiver les personnes atteintes d'infirmité motrice cérébrale à se déplacer, un projet qui allie IA et robotique pour permettre une meilleure prise en charge de soins apportés aux adultes autistes, et une application qui utilise la réalité augmentée et la réalité virtuelle pour aider les personnes malvoyantes à acquérir une plus grande autonomie dans leurs déplacements.

 

 

Christina Diego 

 

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