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Par Carenews INFO - Publié le 26 novembre 2020 - 08:00 - Mise à jour le 26 novembre 2020 - 08:00
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Françoise Brié : « Pour certaines femmes, le confinement a été un révélateur des violences conjugales »

Cette année, la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes s’est déroulée en plein reconfinement. Françoise Brié, directrice générale de la Fédération Nationale Solidarité Femmes, nous a détaillé comment les associations du réseau s’étaient réorganisées pour continuer d’accompagner les victimes de violences, et pourquoi la mise en concurrence du 39 19 risque de les desservir.

Crédit photo : Françoise Brié / Fédération Nationale Solidarité Femmes.

 

Créée il y a plus de 30 ans, la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) regroupe 73 associations réparties sur tout le territoire et gère, depuis qu’elle l’a lancé en 1992, le 39 19,  la ligne nationale d’écoute Violences Femmes Info. Les associations du réseau accompagnent chaque année plus de 35 000 femmes victimes de violences, à qui elles proposent un accompagnement spécialisé et complet au plus près de chez elles, et hébergent des milliers de femmes et d’enfants. Les femmes accompagnées par le réseau sont, en grande majorité, victimes de violences conjugales. 

Françoise Brié, directrice générale de la FNSF, nous a détaillé les effets des confinements sur le 3919 et le réseau d’associations de la fédération, et nous a expliqué, alors que s’est tenue ce 25 novembre la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, l’enjeu de taille qui mobilise actuellement la FNSF. 

 

  • Quels bilan avez-vous tiré du premier confinement au sein de la Fédération Nationale Solidarité Femmes ? 

Au niveau du 3919 comme des associations du réseau, les 15 premiers jours ont été relativement calmes. Puis nous avons observé une explosion des appels sur la ligne d’écoute : nous avons reçu jusqu’à 1 000 appels entrants par jour, alors que nous en comptabilisions entre 300 et 400 les mois précédents.

Pendant le confinement, certaines femmes se sont senties encore plus en danger qu’auparavant, avec des violences qui se sont exacerbées, aggravées. D’autres femmes se sont rendu compte, avec le confinement, que ce qu’elles vivaient étaient des violences conjugales — ce qu’elles avaient peut-être pressenti, sans mettre des mots dessus. Pour certaines femmes, le confinement a été un révélateur des violences conjugales.

Comme beaucoup d’associations, nous avons réorganisé nos équipes et fait beaucoup de télétravail. Nous avons demandé l’appui des associations de notre réseau pour répondre aux appels passés au 3919, et une vingtaine de professionnel·le·s ont donc aussi télétravaillé pour le numéro. Il n’y a pas eu de difficulté majeure avec ce renfort, puisqu’il s’agissait de salarié·e·s ayant de l’expérience dans l'accompagnement et l’écoute des femmes. Les associations locales se sont réorganisées pour faire moins d’entretiens collectifs, ou sous d’autres formes, et davantage d’écoute et d’entretiens téléphoniques. Les accompagnements physiques ont été réservés aux situations les plus graves, et des nuitées hôtelières ont été organisées de façon à mettre un maximum de femmes en sécurité lorsqu’elles souhaitaient sortir. C’était d’autant plus important que les femmes qui sont restées confinées avec leurs conjoints agresseurs ont subi de graves violences, et qu’il fallait donc pouvoir leur proposer une sortie du domicile rapide et adéquate.   

 

  • Comment le réseau fait-il face à ce reconfinement ?

Le nombre d’appels au 3919 est resté assez élevé après le premier confinement, mais le deuxième n’a pas entraîné de hausse aussi importante qu’en avril. Ce reconfinement est moins stricte, les femmes ont des portes de sorties plus aisées : elles peuvent se rendre dans une association, contacter un·e avocat·e, peut-être organiser plus facilement la sortie du domicile.

Les associations locales avaient quant à elles déjà mis en place le télétravail et réorganisé leurs locaux lors du déconfinement pour que les entretiens puissent se dérouler en toute sécurité pour les salarié·e·s et les femmes. Nous avons mis à profit l’expérience du premier confinement et ces réorganisations pour le deuxième. Il est donc bien plus facile de travailler aujourd’hui que lors du premier confinement, qui est arrivé très brutalement et a été complet.

L’accompagnement des femmes victimes de violences continue, avec moins de monde dans les locaux, mais tout de même des entretiens physiques en plus de ceux téléphoniques.  

 

  • La FNSF est en activité depuis plus de 30 ans. Quelle(s) évolution(s) constatez-vous dans la lutte contre les violences faites aux femmes ?

Les lois ont évolué depuis les années 90, les politiques publiques prennent de plus en plus en compte les violences faites aux femmes. Mais nous devons encore progresser pour faire en sorte que toutes les femmes aient un parcours judiciaire qui soit le plus facile possible, qui ne les revictimise pas. La question de l’hébergement, du logement, est également centrale, tout comme l’accompagnement spécialisé nécessaire aux femmes pour qu'elles puissent être accompagnées dans la durée. Les violences ne s'arrêtent en effet pas à la séparation. Si nous n’apportons pas les réponses les plus pertinentes possibles dès le début du parcours de la sortie des violences, les situations se complexifient. 

Il est important que les femmes puissent être adressées à des structures spécialisées pour que les articulations se fassent au mieux dès le départ, mais aussi pour réfléchir à la stratégie de l’agresseur, qui est à long terme et inclut les enfants. Il faut considérer l’exercice de l’autorité parentale, les conditions de la séparation, travailler avec les femmes sur leur propre sécurité à long terme… Tout cela demande du temps, d’autant plus que les démarches judiciaires prennent plusieurs mois, voire plusieurs années quand les conjoints sont également harcelants sur le plan juridique.

Il faut donc continuer à penser aux moyens donnés aux associations spécialisées, qui sont souvent au plus près de la population, travaillent sur l’égalité femmes-hommes, sur la déconstruction des stéréotypes, et qui ont aussi un rôle de conscientisation. S’il n’est pas forcément mesurable, il est toujours à l’œuvre.   

 

  • Ce 25 novembre 2020 s’est tenue la 21e Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. Quel en a été l’enjeu principal pour la FNSF ?

Cette année, pour nous, le but est de ne pas passer à la mise en concurrence du 3919 comme le prévoit le gouvernement, et de conserver une convention annuelle d’objectifs et de moyens. Nous avons créé cette ligne d’écoute nationale en 1992. La mettre en concurrence, c’est risquer d’ébranler tout un système qui s’appuie à la fois sur une écoute au plus près des besoins des femmes, et sur les orientations vers des associations partenaires. L’expérience de la FNSF s’est construite en 40 années de travaux auprès des femmes. L’écoute téléphonique de victimes de violences demande une expertise, des professionnels très bien formés, et, surtout, une véritable organisation avec tout un réseau d’associations afin d’orienter les femmes. Devoir répondre aux appels avec des critères d’écoute beaucoup plus stricts, et sans réseau derrière, c’est séparer, disperser tous ces éléments constitutifs d’une véritable réponse aux femmes. 

 

Propos recueillis par Mélissa Perraudeau 

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