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Par Carenews PRO - Publié le 28 janvier 2021 - 08:00 - Mise à jour le 28 janvier 2021 - 12:42
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Patricia Benchenna (Schneider Electric) : « 3,5 millions de ménages pauvres et modestes ont eu des difficultés à payer leurs factures énergétiques en 2019 »

Rencontre avec Patricia Benchenna, directrice du pôle Philanthropie de Schneider Electric. En plein cœur de l’hiver, nous avons voulu en savoir plus sur les programmes de lutte contre la précarité énergétique.

Patricia Benchenna, directrice Philanthropie Schneider Electric. Crédit : SE
Patricia Benchenna, directrice Philanthropie Schneider Electric. Crédit : SE

 

Vous êtes la directrice du pôle Philanthropie. À quels engagements du groupe Schneider cela correspond-il ? 

 

Depuis quelques années, je coordonne les actions de la Fondation Schneider, sous l’égide de la Fondation de France, et aussi l’ensemble des actions de mécénat du groupe. Nous avons deux autres fondations ainsi que des soutiens dans un grand nombre de pays et mon rôle est de coordonner l’ensemble des initiatives philanthropiques du groupe Schneider. 

Avec mon équipe et les responsables de programmes, nous impulsons des actions de mécénat au sein du groupe, nous avons un réseau de délégués de la fondation qui sont nos représentants localement. Nous les formons et déployons, avec eux, nos engagements. Nous suivons et coordonnons toutes ces actions de mécénat en France et à l'international. Cela consiste à organiser et dynamiser l’engagement des collaborateurs au profit des partenaires de la fondation. 

 

Quelles sont actuellement les principales missions ? 

En réponse à la crise de la Covid-19, Schneider Electric a mis en place un fonds dédié coordonné par la fondation. Ce « Tomorrow Rising Fund » a une vocation internationale constituée de trois pôles. Un premier pôle « Response », pour apporter des réponses d’urgence dans les pays touchés par la pandémie. Un autre pôle « Recovery », sur des sujets de reconstruction où on s’attache à remettre en place le système éducatif et recréer des conditions favorables pour des jeunes qui auraient décroché pendant la crise d’un point de vue scolaire ou en formation professionnelle. Et un troisième pôle, « Resilience » qui propose aux collaborateurs de contribuer à nos actions notamment sous forme de mentorat, à distance, en faveur des jeunes, au sein des pays dans lesquels nos actions sont présentes. 

L’engagement des collaborateurs est un élément clé de notre contribution, cela va de quelques heures  de volontariat à des détachements d’un an renouvelable. Nous avons d’ailleurs pu constater que malgré la crise et le fait que toutes les missions se font à distance, le nombre de missions est resté stable en 2020. Nous avions un objectif, sur trois ans, de 15 000 jours de missions de volontariat, et fin décembre dernier, nous avons comptabilisé environ 18 000 jours de mission. Le nouvel objectif fixé d’ici à fin 2025 représente 50 000 jours. 

 

Schneider Electric s'est engagé à lutter contre la précarité énergétique. Comment cela se traduit-il ? 

Tout d'abord, regardons de plus près le manifeste qui précise la raison d’être de Schneider Electric, publié en décembre dernier. Il débute par ces mots : « La raison d’être de Schneider est d’offrir à chacun l’opportunité d’utiliser au mieux notre énergie, nos ressources, en conciliant progrès et développement durable pour tous, en étant convaincu que l’accès à l’énergie et au digital est un droit humain fondamental ». Cela confirme bien que les entreprises, par les solutions qu’elles proposent, peuvent concourir au bien commun et qu’elles doivent prendre en compte de nouvelles réalités. La mission de Schneider est d’être le partenaire digital au service de l’efficacité et du développement durable.  Dans la vie quotidienne, le groupe fournit concrètement des solutions pour améliorer l’efficacité énergétique des logements et également des outils pour mieux mesurer et piloter la consommation électrique. Finalement, si ces solutions concourent à améliorer les conditions de vie de nos clients, elles doivent aussi s’adresser aux personnes en précarité énergétique. C’est ce que nous essayons de faire dans le cadre de différents programmes dans lesquels la technologie est clé, mais où il est aussi nécessaire de collaborer et co-construire avec les bailleurs, nos partenaires, les constructeurs, des ONG et des élus pour bâtir des solutions coordonnées et des parcours pour les personnes en précarité énergétique. 

 

En quoi consiste le programme de lutte contre la précarité énergétique ?

Ce programme, commencé en 2015, est à portée européenne. Nous mêlons l’innovation, l’investissement par le fonds d’investissement solidaire Schneider Electric Energy Access qui gère l’épargne et l’intéressement des collaborateurs, et la contribution de la fondation, par un soutien financier ou par les compétences des collaborateurs. 

Nous accompagnons des projets sur le long terme selon les problématiques identifiées, grâce aux différents véhicules évoqués. C’est assez précieux, car nous travaillons avec nos ressources, mais aussi avec nos partenaires. Et nos partenaires associatifs nous apportent toute leur connaissance du terrain et des bénéficiaires. 

Je pense notamment au programme européen bâti avec Ashoka, Social Innovation to tackle Energy poverty. À travers trois appels à projets depuis 2015, nous avons identifié 41 solutions dans 13 pays. Une des premières solutions identifiées était l’initiative portée par le Réseau Eco Habitat, qui fait partie d'une structure associative du mouvement Caritas. Ce réseau permet d’identifier des personnes très démunies, bénéficiaires habituelles de Caritas, qui sont souvent propriétaires, mais sans moyens pour rénover leur habitat. Réseau Eco Habitat mixe de l’accompagnement social et technique, et a également mis en place une ingénierie financière pour être en capacité de produire des chantiers de rénovation d’un budget de 40 à 50 000 euros en moyenne. Cela démontre bien que les moyens financiers existent, mais que la problématique est dans l’accompagnement, l’identification et l’accès aux solutions de financement.   

C’est ce type de projet que nous aidons et accompagnons pour qu’ils passent à une autre échelle et se développent. Le réseau Eco Habitat est devenu une entreprise sociale, et le fonds d'investissement du groupe a pris des parts dans cette entreprise très récemment. 

Aujourd’hui, Réseau Eco Habitat est implanté en Picardie, il cherche des réseaux partenaires pour se déployer sur le territoire. Sur la thématique de la précarité énergétique, l’enjeu est énorme. Nous avons un rôle d'identification de pépites comme celle-ci, nous les aidons à déployer leurs solutions quand on voit que cela fonctionne. 

Si on regarde les chiffres publiés, début janvier, par l’Observatoire national de la Précarité énergétique, les résultats de son tableau de bord pour 2020 révèlent que 3,5 millions de ménages pauvres et modestes ont eu des difficultés à payer leurs factures énergétiques en 2019. L’indicateur du taux d’effort énergétique serait en léger recul, mais nous n’avons pas encore les chiffres de l’impact de la crise de la Covid-19 et des situations économiques qu’elle a engendrées. C’est ce qui s’est passé pour Réseau Eco Habitat, il y a une part de financement qui est laissée aux familles, et pour certains chantiers, certaines d’entre elles ont eu des difficultés financières. Des aides et un fonds dédiés ont été mis en place pour ne pas empêcher les travaux planifiés avec des artisans d’avancer. 

 

Avez-vous constaté une évolution de la problématique de la précarité énergétique ces dernières années ? 

 

Le sujet de la précarité énergétique est de plus en plus traité dans les médias, on en parle beaucoup plus aujourd’hui. Sur le terrain, il y a de très belles initiatives qui contribuent à la réduction de cette précarité. Le gouvernement soutient le sujet avec les nouveaux prêts dédiés à la rénovation, le déploiement de la campagne FAIRE, MaPrimRénov’, etc. 

Si les dernières données publiées par l’Ademe présentent un certain ralentissement de la précarité énergétique, il n’est pas à douter qu'avec la situation actuelle de la Covid-19 ce phénomène puisse s'amplifier. Aujourd’hui, certaines personnes doivent parfois choisir entre manger et payer leurs factures. 

Je remarque une volonté de simplifier les dispositifs d’aides. Réseau Eco Habitat explique par exemple que pour ficeler un financement de dossier, il faut l'intervention de cinq ou six organismes différents, qui chacun ont leurs propres critères. D’autre part, nous poussons dans l’ensemble de nos programmes une neutralité technologique dans le cadre des dispositifs d’aides et nous valorisons non seulement les solutions passives, mais également celles qui sont actives. Prendre conscience de son niveau de consommation, par exemple, la piloter et mesurer les économies réalisées, c’est déjà un grand pas pour un foyer. 

 

Que faudrait-il faire pour améliorer la situation d’après vous ?

 

Ce qui nous semble très important pour accélérer la rénovation des passoires énergétiques, c’est de multiplier les audits complets. Aujourd’hui, les études montrent que la précarité énergétique est indissociable des enjeux de santé et de sécurité. Parfois, les ménages vivent dans un contexte qui a un impact sur leur santé, mais aussi sur leur sécurité si leur installation n’est pas aux normes. 

Nous soutenons des initiatives de plaidoyer pour faire connaître davantage le phénomène. Pour ce faire, par exemple, nous sommes partenaire du scénario d’initiative Rénovons les passoires énergétiques, qui est un collectif assez innovant qui rassemble des acteurs associatifs et environnementaux, mais aussi des acteurs sociaux et des fondations comme les nôtres. Ils publient une étude qui est mise à jour très régulièrement et qui vise à montrer tous les bénéfices d’un plan de rénovation énergétique, pas seulement à propos des coûts, mais également sur d’autres critères intéressants comme la création d’emploi que génère le secteur de la rénovation énergétique ou sur la santé. 

Nous pensons que c’est par le collectif que nous pourrons trouver des solutions sur ce sujet en construisant des projets avec des acteurs d'écosystèmes différents et en valorisant les initiatives comme celles de Réseau Eco Habitat. 

La réduction de la précarité énergétique nécessite de combiner accompagnement, mise en œuvre de solutions nouvelles, soutien au passage à l’échelle d’initiatives, nouveaux modèles et plaidoyer auprès des autorités décisionnaires.

 

Quelles sont les actions de votre pôle pour les prochains mois ?

Pour la fondation et sa dynamique en Europe, notre enjeu est de continuer à suivre ces entrepreneurs, ces collectifs de savoir-faire contre la précarité énergétique, afin de bien les accompagner. Nous travaillons sur toutes les possibilités de dupliquer une solution qui fonctionne bien, d’un territoire ou d’un pays à l’autre. Nous sommes des facilitateurs pour aider les projets à émerger et s’essaimer. 

 

Christina Diego 

 

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