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Par Carenews INFO - Publié le 17 février 2021 - 17:00 - Mise à jour le 17 février 2021 - 17:00
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Précarité menstruelle : des « avancées très concrètes » mais encore insuffisantes

Alors qu’une étude a récemment montré l’ampleur de la précarité menstruelle chez les étudiant·e·s, Tara Heuzé-Sarmini, fondatrice et directrice générale de l’association Règles Élémentaires, nous a détaillé les avancées des dernières années et le chemin qu’il reste à parcourir pour abolir la précarité menstruelle.

Crédit photo : Daria Fomina.

« - Que feriez-vous avec l’argent dépensé dans les protections si vous n’aviez pas à en acheter ?

- Je mangerais à ma faim. »

Les constats de l’étude menée en France par la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes), l’Association nationale des étudiants sages-femmes (ANESF) et l’Association fédérative des étudiant·e·s picto-charentais·e·s (Afep) auprès de plus de 6 000 étudiant·e·s sont sans appel. Publiée le 8 février 2021, elle montre qu’un tiers des sondé·e·s (en majorité des femmes, mais aussi des minorités de genres menstruées comme des personnes non-binaires ou des hommes transgenres) estiment avoir besoin d’une aide financière pour se procurer des protections périodiques. 

Le coût des règles peut aller jusqu’à 20 euros pour la moitié des sondé·e·s à cause des dépenses liées — protections, mais aussi anti-douleurs ou encore linge de rechange. 13 % des répondant·e·s ont déclaré avoir déjà dû choisir entre des protections et un autre objet de première nécessité, et 7 % se disent en précarité menstruelle. 

De graves conséquences pour la santé physique, mentale et sociale

En 2019, un sondage de l’IFOP pour l’association Dons Solidaires montrait qu’1,7 million de Françaises ne disposaient pas de suffisamment de protections hygiéniques, avec tous les effets négatifs que cela implique. « Les conséquences de la précarité menstruelle sont graves et portent atteinte tant à la santé physique (démangeaisons, infections, chocs toxiques pouvant causer la mort) qu’à la santé mentale et sociale (sentiment fort de mal-être, de perte de confiance en soi, de difficultés de socialisation, etc) », soulignent dans leur étude commune Paul Mayaux, président de la FAGE, et Fanny Toussaint, présidente de l’ANESF. 

Tara Heuzé-Sarmini, fondatrice et directrice générale de Règles Élémentaires, la première association française de lutte contre la précarité menstruelle, constate toutefois « d’énormes avancées et de très grands progrès » depuis la création de sa structure en 2015. Il s’agissait à l’origine d’un projet étudiant dont l’idée lui est venue en Angleterre, après qu’on l’a invitée à participer à une collecte de produits d’hygiène intime organisée par son université. « En rentrant en France, je me suis dit que je n’avais jamais entendu parler de précarité menstruelle soit parce que le problème était déjà pris en charge par le gouvernement et les services sociaux, soit parce qu’il y avait un énorme tabou. Malheureusement, c’était la deuxième option. »

Tara Heuzé-Sarmini lance la toute première collecte de produits d’hygiène intime en novembre 2015, juste avant le vote de l’abaissement du taux de TVA appliqué aux produits de protection hygiénique féminine, en plein débat sur la « taxe tampon ». L’initiative trouve « un réel écho dans la société » française, explique Tara Heuzé-Sarmini, qui se souvient d’une « libération mondiale de la parole sur le sujet des règles et de la précarité menstruelle ».  

Des « avancées très concrètes » 

La mission de Règles Élémentaires est aujourd’hui double : collecter des produits d’hygiène intime à destination des femmes dans le besoin et briser le tabou des règles. L’association a créé une « plateforme de mobilisation citoyenne » mettant en relation les personnes souhaitant organiser des collectes (jeunes, retraités, chef·fe·s d’entreprises, collectivités, magasins…) avec sa centaine de partenaires assurant la redistribution des produits, comme la Croix-Rouge française ou Emmaüs

Depuis sa création, Règles Élémentaires a ainsi collecté et redistribué près de 5 millions de produits qui ont bénéficié à plus de 115 000 femmes, et a six antennes en France qui lui permettent « de mener un certain nombre d’actions de sensibilisation au plus près des territoires ». Pour « briser le tabou des règles », l’association organise des événements, intervient dans des écoles, des entreprises, sur les réseaux sociaux, donne la parole à des célébrités qui s’engagent sur le sujet… « On espère pouvoir éradiquer le fléau de la précarité menstruelle dans les quelques années qui arrivent », précise Tara Heuzé-Sarmini, qui liste des « avancées très concrètes » sur le sujet de la précarité menstruelle, qui est même discuté par le président de la République

« Nous travaillons notamment depuis plusieurs mois et années avec le ministère de la Justice, ce qui nous a permis d’obtenir la gratuité de cinq références de produits d’hygiène intime dans toutes les prisons et établissements pénitentiaires qui accueillent des femmes depuis la rentrée 2020. Ensuite, on a obtenu en février 2020 une expérimentation de gratuité de protections d’hygiène intime pour les plus démunies, qui a été reconduite pour 2021 avec un budget de 5 millions. »

Vers la gratuité des protections périodiques pour toutes et tous ?

A terme, faut-il, comme l’Écosse, proposer un accès gratuit pour toutes et tous à des protections périodiques ? Ce n’est pas la position de Règles Élémentaires, puisque « toutes les expérimentations de gratuité qui ont été faites concernaient des produits d’hygiène jetables », avec les risques que cela implique pour la santé, la planète, et l’industrie des produits d’hygiène réutilisables, détaille Tara Heuzé-Sarmini. 

« Aujourd’hui, ce que l’on demande, c’est vraiment la généralisation de la gratuité dans tous les lieux clés accueillant du public en situation de fragilité : les foyers d’hébergement, les hôpitaux, les établissements scolaires… Nous appelons également à une plus grande sensibilisation dès le plus jeune âge sur le sujet des règles et les risques d’une mauvaise hygiène menstruelle et de la précarité menstruelle. Enfin, nous souhaitons une massification de l’installation de distributeurs de protections périodiques dans les lieux privés (comme les bureaux, restaurants, aéroports...) et publics (dans la rue, le métro…), pour que les règles soient visibles et deviennent un non-sujet. »

En parallèle, Règles Élémentaires continue, aux côtés d’autres associations françaises et européennes, de militer au-delà de la France pour « tenter d’obtenir une plus grande transparence sur la composition des produits d’hygiène intime, également un sujet d’importance ».

 

Mélissa Perraudeau 

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