Aller au contenu principal
Par Carenews INFO - Publié le 10 septembre 2020 - 08:00 - Mise à jour le 10 septembre 2020 - 14:20
Recevoir les news Tous les articles de l'acteur

Romain Troublé (Tara Océan): «L’océan est un des milieux les plus résilients de la planète »

Créée en 2003, Tara Océan est une fondation reconnue d’utilité publique consacrée à l’océan. Grâce à sa goélette Tara, elle mène des missions scientifiques en mer pour prédire et mieux anticiper l’impact du réchauffement climatique. Son directeur général Romain Troublé nous en dit plus sur ses ambitions.

Romain Troublé, à bord de la goélette Tara. Crédit photo : Noëlie Pansiot.
  • Quelles sont les activités de Tara Océan ?

Notre fondation a pour objet de mener des recherches sur les écosystèmes marins et de les faire connaître : dans les classes avec l’éducation nationale, au grand public grâce aux médias, et aux décideurs grâce à notre poste d’Observateur spécial à l'ONU sur les océans. Pour ce faire, nous disposons d’un bateau à voile depuis 17 ans, le Tara, qui a appartenu à Jean-Louis Etienne et Sir Peter Blake. Quatre ans après la mort du commandant Cousteau, les deux fondateurs que sont Agnès b. et Etienne Bourgois, ainsi que moi-même, avons voulu réenchanter la mer et continuer à en parler. 

  • Quelles sont vos principales découvertes scientifiques ?

En 2006, nous avons dérivé pendant 507 jours au milieu de la banquise au Pôle Nord et constaté qu’elle fondait quatre fois plus vite qu’un siècle plus tôt. Au cours d'une autre mission de quatre ans, nous avons également découvert 150 000 nouvelles espèces de microbes dans l'océan, indispensables à la vie, et près de 180 millions nouveaux gènes (un humain compte 20 000 gènes). Avec nos chercheurs associés, nous avons aussi répertorié 95 % des virus marins connus à ce jour. Nous travaillons avec des scientifiques du CNRS et 25 laboratoires dans 12 pays. Toute notre recherche est produite en open source. Notre fondation est financée grâce au mécénat de particuliers, d’entreprises et reçoit quelques subventions.

  • Comment choisissez-vous les entreprises mécènes ?

Je suis un fervent défenseur de l’objectif de développement durable numéro 17 (Partenariats pour la réalisation des objectifs), car si on ne met pas tout le monde autour de la table, on avancera pas. Nous travaillons avec des PME et des grosses entreprises qui ont une stratégie RSE ambitieuse et/ou qui développent des produits durables et excluons par principe le monde du gaz et du pétrole à cause des marées noires. Mais nous-mêmes ne sommes pas parfaits : même si Tara est un bateau à voile, nous y mettons aussi du fioul, par exemple. Il faut se challenger les uns les autres. Cela peut se faire en dénonçant les mauvaises pratiques mais aussi en les accompagnant et en mesurant les impacts. 

  • Vous souhaitez convaincre les décideurs de faire de l’océan une responsabilité commune. Comment ?

Cela nécessite beaucoup de pédagogie. En 2019, nous avons monté une expédition sur dix fleuves d’Europe pour remonter aux origines de la pollution plastique en mer et avons proposé notre expertise aux députés pour l’examen de la loi sur l'économie circulaire. Certains de nos amendements, tels que l’obligation pour les producteurs de communiquer le pourcentage de matières recyclées dans leurs produits, ont été adoptés.

Nous avons la chance d’être Observateur spécial à l’ONU. Nous participons aux négociations depuis 12 ans sur le traité pour protéger la biodiversité en haute mer. Il vise à partager les découvertes scientifiques et assurer un partage équitable des richesses de l'océan. Cela nécessite beaucoup de pédagogie, car beaucoup de pays du Sud n’ont pas les connaissances que nous avons nous, pays du Nord, sur les océans et ses ressources génétiques, par exemple. Nous avons donc mis en place des formations auprès des négociateurs.   

Je suis de nature optimiste, sinon je ferais pas ce métier ! L’océan est un des milieux les plus résilients de la planète : 80 % de la biomasse, des micro-organismes, se renouvelle tous les 15 jours. Dès qu'on lâche la pression sur la mer, elle reprend ses droits. En ce qui concerne les projections sur la quantité de plastiques dans l’océan, cela pose question en effet. Ce qu'on a réussi à faire pour réglementer les gaz CFC pour prévenir la destruction de la couche d’ozone, il faut le faire sur le plastique.

Propos recueillis par Hélène Fargues 

Fermer

Inscription à la newsletter

Cliquez pour vous inscrire à nos Newsletters

La quotidienne
L'hebdo entreprise, fondation, partenaire
L'hebdo association
L'hebdo grand public

Fermer