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Par Carenews PRO - Publié le 5 novembre 2020 - 12:00 - Mise à jour le 6 novembre 2020 - 10:06
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Témoignages : comment les entrepreneurs de l’ESS font-ils face à la crise ?

La crise de la Covid-19 est non seulement sanitaire, mais également sociale et économique. Les mesures de restrictions sanitaires annoncées depuis mars, et à nouveau en ce début de mois de novembre, ont des conséquences sur toutes les activités économiques. Et le secteur de l’ESS est également touché de plein fouet. Comment les entrepreneurs, qui font de l’intérêt général leur leitmotiv, vivent-ils cette période de crise ? Quelles incidences sur leurs business, organisations, projets ? Témoignages de quatre entrepreneurs : Hélène de La Moureyre, fondatrice de bilum, Lucie Basch, CEO de Too Good To go, Nathalie Yves fondatrice du Comptoir de l’Hirondelle et Alexis Krycève, CEO de Gifts for Change.

Témoignages d'entrepreneurs face à la crise. Crédit photo : anyaberkut

 

Les entrepreneur·e·s du secteur de l’ESS ne sont pas épargnés par la crise sanitaire. Leurs startups sociales sont fortement impactées par les mesures de restrictions. Les secteurs de leur activité sont ceux qui ont dû mettre la clé sous la porte les premiers à l’annonce des confinements. Commerces, restaurateurs, Ehpads, événements, les entreprises sociales que nous avons rencontrées connaissent des turbulences inédites. Ce second confinement, inattendu pour beaucoup, plonge les entrepreneur·e·s dans une incertitude à plus long terme.  

Des secteurs d’activité très touchés par les mesures de confinement

 

C’est ce que nous explique tout d'abord Hélène de la Moureyre, fondatrice de bilum :

« bilum est une maison de création qui donne une seconde vie aux matières normalement mises au rebut. Près de 30 % de notre chiffre d’affaires vient de la transformation des outils de communication (toiles publicitaires géantes, affiches d’abribus, kakémonos, toiles d'évènements) en sacs et accessoires. Nos clients annonceurs utilisent ces produits pour un usage de dotations internes, VIP, presse. Avec le confinement, il n’y a plus d’évènements, donc oui, il y a un impact direct sur notre activité. »

 

Même constat pour le fondateur de Gifts for change, Alexis Krycève : « Notre activité est très impactée. Nos objets engagés sont distribués, d’une part, dans des commerces, et offerts comme goodies lors d’événements internes ou externes. Actuellement, le retail et l'événementiel sont à l’arrêt. Nous avions repris notre activité en septembre dernier, avec de beaux projets qui venaient d’être lancés, notamment un partenariat avec la marque Bessons chaussures et nos tote-bags engagés comme emballages personnalisés avec une illustration artistique de soutien à une cause. Tout s’est donc arrêté. Et pour nos autres projets, tout est reporté. »

 

« Nous avons près de 700 employés dans différents pays, avec des mesures sanitaires différentes d’un pays à l’autre. Depuis le début de la crise, nous apportons un soutien fort à nos équipes étant donné la situation très compliquée. Nous devons réagir vite, en organisant des réponses en très peu de temps. Les mesures de confinement sont annoncées 24h à l'avance. C’est court pour s’organiser, mettre en place des procédures claires. Nos commerçants sont très impactés par les mesures de couvre-feu et de confinement. Ils ont dû gérer, et nous avec, les stocks d’invendus alimentaires avant le reconfinement en très peu de temps, et en plein milieu des vacances de la Toussaint, dans des délais hypertendus », nous explique Lucie Basch de Too Good To Go.

« Mon activité est en lien avec les résidants des Ehpads. Je propose un concept d'animation via une boutique éphémère de prêt-à-porter dans les halls d'accueil. Tout allait bien. La pandémie est venue mettre un coup d'arrêt à cette belle dynamique. Comment continuer à amener de la fantaisie dans les Ehpad, à créer des moments de vie, de l'interaction sociale, quand toutes les portes se ferment ? », nous relate Nathalie Yves, fondatrice du Comptoir de l’Hirondelle.

 

Un alignement entre les raisons d’être des entreprises sociales et la crise  

Pour les quatre entrepreneur·e·s, un même constat a éclos : un alignement entre l’engagement social de leur activité et les incidences de la crise.   

« Il y a un point très important qui nous porte. Nous pratiquons depuis 15 ans l’upcycling (donner une seconde vie avec une valeur supérieure en termes d’usage et d’esthétique), en circuit court, local, 100 % made in France et inclusif. Nous sentions depuis quelques années que ces mots commençaient à avoir une réelle résonance. Et il semblerait que cette crise ait accéléré cette volonté de consommer différemment. Tant pour le grand public que pour les entreprises. Notre boutique en ligne, qui propose nos collections aux particuliers, est d’ailleurs de plus en plus visitée », détaille Hélène de la Moureyre. 

 

« Je pense que cette crise est aussi révélatrice de la pertinence de notre modèle, de ce que nous proposons. Avec Gifts for Change, nous sommes dans un secteur qui a du sens et qui fait sens dans cette crise sociale. Nous devons faire preuve de résilience et continuer à être présent. Tous les signes de la reprise étaient là en octobre. C’est que tout est prêt à repartir. Ce qui est très important en tant que chef d’entreprise, c’est de savoir que ce n’est pas de notre fait, et que notre modèle, ou ce que nous proposons, n’est pas en cause. Notre stratégie est la bonne. C'est rassurant avant tout de savoir qu’on ne s’est pas trompé, qu’on est sur la bonne voie », souligne Alexis Krycève.

« Nous sommes convaincus que la crise actuelle amène une prise de conscience. Le gaspillage alimentaire est encore présent et pour un bout de temps. Le côté positif, si je peux dire, c’est que la crise matérialise le besoin de changement de nos sociétés, nos mentalités, nos habitudes. Et nos entreprises à impact font preuve de beaucoup de résilience pour accompagner cette transition », nous livre Lucie Basch.

 

« Je me rends compte que j’avais un lien important avec les résidents, certains m’ont téléphoné depuis le début du confinement. Mais également avec les soignants. Les établissements, les familles et les résidents ont besoin de liens sociaux et de considération. En attendant, j’ai aussi eu la possibilité de continuer à être au plus près des Ehpad avec qui je travaillais. Grâce au soutien notamment de partenaires solides comme Malakoff Humanis. j’ai pu faire imprimer des catalogues en papier pour les déposer dans les Ehpad et essayer de proposer une autre formule de commande », relate Nathalie Yves. 

 

Préparer 2021 avant tout  

Anticiper, prévoir et gérer des crises font partis des aléas des entrepreneur·e·s. Même si aucun·e n’avait imaginé vivre une telle expérience en si peu de temps et d’une telle intensité, ils avouent déjà se projeter sur les prochains mois.   

« Le retard sera irrattrapable fin 2020. Mais pour 2021, nous espérons retrouver notre rythme de croissance « d’avant », et continuer à déployer nos ailes. Cela se concrétise par un agrandissement, et donc déménager plus près ou à Paris, dans un grand espace qui nous permettra d’accompagner nos nouveaux projets, comme l'étude de nouvelles matières et le déploiement de l'offre aux particuliers. Nous avons quelques idées amusantes. En bref, continuer à innover » nous confie Hélène de la Moureyre.

 

« Nous vivons au rythme des annonces du gouvernement depuis des mois. C’est un véritable ascenseur émotionnel, on passe d’une difficulté à une autre. Je comprends bien entendu tout à fait les mesures sanitaires prises. En tant qu'entrepreneur, je reste optimiste. C’est aussi très important de pouvoir se reposer sur ses équipes. Il faut absolument que la reprise soit au rendez-vous en 2021. Je travaille sur une projection des cinq prochaines années en lien avec les actionnaires. Nous réfléchissons à de nouvelles offres, c’est aussi l'occasion d’imaginer une nouvelle communication, un nouveau site par exemple », ajoute Alexis Krycève.

 

« Malheureusement, la situation se durcit de nouveau. Mon entreprise poursuit sa route, en réfléchissant à de nouveaux formats. Mais rien ne viendra se substituer à la relation et à l'interaction. Je prépare donc l’après, les six prochains mois qui vont être décisifs. Et je vais réfléchir avec les soignants des Ehpad partenaires à la préparation des fêtes de Noël. On a tous besoin de penser à Noël, surtout les résidents, coupés de leur famille », nous explique la fondatrice du Comptoir de l’Hirondelle. 

 

« Chez Too Good To Go, nous sommes sur une valeur forte du We care pour nos employés. Nous sommes très attentifs à ce point. Et on se prépare déjà pour 2021. Depuis le début de cette crise, nous avons pris l’habitude de prévoir plusieurs scénarios. Un cas de figure où dans le meilleur des cas nous serions déconfinés le 1er décembre. Un autre, plus pessimiste, où des périodes de confinement et de reconfinement se succèderont. Pour le moment, mon objectif est de prendre soin de mes employés », conclut Lucie Basch.

 

 

Christina Diego 

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