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Par IÉSEG School of Management - Publié le 19 janvier 2026 - 12:20 - Mise à jour le 19 janvier 2026 - 12:42
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« Éclaireurs » : le film qui valorise les professionnels qui réinventent leur métier face aux enjeux climatiques

Depuis sa sortie de l’IÉSEG en 2018, Hélène CLOITRE construit un parcours professionnel guidé par ses convictions écologiques. Passée par un grand groupe avant de se tourner vers l’entrepreneuriat social, elle co-fonde l’association “Séisme” et co-produit le documentaire “Ruptures” en 2021. Le 6 novembre 2025, elle présente en avant-première à Paris son nouveau film, « Éclaireurs », qu’elle a co-réalisé. Elle revient sur son cheminement, la création de ce film-documentaire et l’influence de sa formation sur ses choix de carrière.

L’écart entre convictions personnelles et réalité professionnelle

Quand Hélène CLOITRE termine son cursus académique à l’IÉSEG, elle entame son parcours professionnel, comme beaucoup de jeunes diplômés, au sein d’un grand groupe de la grande distribution. Une expérience formatrice, entourée d’une équipe bienveillante et d’un manager qu’elle appréciait particulièrement. Mais malgré ce contexte positif, un malaise profond s’installe. Hélène ressent un conflit éthique : difficulté à impulser des initiatives environnementales, frustration face à une industrie qui “accentue les inégalités sociales”, scènes du quotidien qui l’interpellent. « Je me suis demandé si je souhaitais réellement contribuer à tout cela, » explique-t-elle.

Cette prise de conscience la pousse à démissionner et à co-fonder «28% conserverie anti-gaspillage», une structure qui valorise des fruits et légumes destinés à être jetés, en partenariat avec des banques alimentaires. C’est à ce moment-là que le réalisateur Arthur GOSSET décide de suivre son parcours pour alimenter le documentaire “Ruptures”.

« Le film Ruptures a eu un succès national que l’on n’avait pas imaginé ! Il y a eu plus de 900 projections au total, » explique Hélène. 

«A l’époque, nous navions pas dentité juridique pour gérer les droits de diffusion, nous avons donc dû créer lassociation Séisme pour pouvoir répondre à la demande croissante de projections.» Avec les fonds récoltés, l’équipe lance alors un événement inédit : le Forum Séisme, dédié à l’orientation durable. Chaque année et depuis trois ans, le forum réunit à Rennes environ 6 000 participants, dont 4 000 étudiants et plus de 100 organisations engagées.

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Et si s’engager ne voulait pas forcément dire tout quitter ?

Si le film “Ruptures” mettait en lumière de jeunes diplômés choisissant de “bifurquer”, Hélène explique qu’au fil des rencontres, une nuance essentielle est apparue : beaucoup de jeunes n’ont tout simplement pas les conditions financières ou sociales pour quitter leur emploi et réorienter radicalement leur trajectoire. « Ruptures, c’est notre histoire personnelle. Mais elle n’a jamais eu vocation à représenter tous les jeunes. »

Cette réflexion marque un tournant : l’équipe décide alors de s’intéresser à toutes les formes d’engagement, y compris au sein même des organisations, pour tous ceux qui ne peuvent pas créer de « rupture » avec leur métier mais veulent et peuvent agir là où ils sont déjà, dans leur quotidien professionnel.

« Éclaireurs » : ces professionnels qui font évoluer leur métier de l’intérieur

«Éclaireurs sinscrit dans la continuité de Ruptures. Tout le monde ne peut pas sengager en faisant une «rupture» avec son travail. Alors, on sest demandé: est-ce possible de sengager quand on est ouvrier, gendarme, vendeur, doctorant et quon a dautres réalités ? Est-ce possible de venir bousculer les entreprises et les organisations de lintérieur ? Na-t-on finalement pas plus dimpact quand on arrive à faire bouger les choses en interne ?», explique la jeune réalisatrice.

helene cloitre
Hélène Cloitre et Arthur Gosset

Toutes ces interrogations ont poussé Hélène et son équipe à suivre, pendant trois ans, un gendarme à Limoges, une vendeuse dans un magasin de bricolage à Quimper, un documentaliste dans le bâtiment à Saint-Brieuc et une cheffe d’entreprise à Paris. Le film explore leurs réussites, leurs doutes, leurs leviers d’action, mais aussi des secteurs déjà bousculés par les enjeux climatiques : bâtiment, automobile, agriculture, santé, assurances…

Hélène et son équipe ont pris conscience que le monde du travail allait faire face à de nombreuses transformations pour s’adapter aux risques et enjeux environnementaux (pénuries de ressources, accès à l’eau, conditions de travail face aux chaleurs, enjeux énergétiques, etc…) et que ce sujet concernait finalement tous les travailleurs dans tous les secteurs d’activité. Le sujet de leur enquête s’est alors élargi pour passer d’un sujet autour des engagements individuels à un vrai enjeu de société.

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Un processus de création singulier et atypique

Pour ce film, l’équipe de production revendique une méthode singulière : un tournage spontané, sans scénario prédéfini, nourri de scènes de vie et d’émotions brutes. Résultat : 150 heures de rush pour un film d’une heure, et plus de huit mois de montage à temps plein, en collaboration étroite avec TV5MONDE, co-producteur du film. 

« On fait les choses un peu différemment de ce qui est fait habituellement dans le monde de l’audiovisuel. Nous avons les codes du documentaire avec le fonctionnement du reportage. On a filmé des personnes sur du long terme, avec des émotions, de l’incarnation, du vécu, des scènes de vie du quotidien. On ne pouvait pas écrire le scénario à l’avance car chaque tournage était imprévisible et incertain pour rester le plus authentique possible, au plus près de nos protagonistes », ajoute Hélène.

Côté diffusion, Séisme Productions vise des publics variés pour susciter une réflexion collective. 

« Nos trois cibles sont l’enseignement supérieur, les entreprises – y compris les collectivités – et le grand public, à travers les cinémas », explique-t-elle.

 L’objectif est d’encourager chacun à questionner l’impact écologique de son métier et la manière de s’engager à travers sa pratique professionnelle.

« L’IÉSEG m’a donné les outils pour oser lancer un projet »

Quant à ses années passées à l’IÉSEG, Hélène CLOITRE explique que celles-ci sont loin d’avoir été vaines, malgré sa « rupture » avec son premier emploi. «Le diplôme de lIÉSEG me garantit, si jamais tout cela ne fonctionne pas, de pouvoir retrouver un travail derrière Cest sécurisant et rassurant pour prendre certaines décisions qui seraient plus risquées si je navais aucun diplôme. Ensuite, j’ai fait un master en entrepreneuriat. Cela m’a beaucoup aidée pour le lancement de l’association car j’ai acquis des réflexes de gestion de projet.Mon master ma beaucoup aidée pour les sujets liés à la comptabilité, au juridique. Je suis maintenant cheffe dentreprise et je me rends compte que jai aussi acquis beaucoup de notions en termes de Ressources Humaines qui me sont utiles aujourdhui pour manager les équipes.»

Enfin, elle souligne l’importance des expériences à l’étranger qu’elle a eu pendant son cursus académique, et qui ont contribué à développer sa sensibilité environnementale en se confrontant à d’autres problématiques, d’autres réalités.

 

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